Ce second mois
de l'année voit le retour très attendu de Kenny Larkin's (sous le nom de
Dar K Com Edy) après quelque 7 ans de silence. Nous ne vous dirons jamais
assez combien l'attente aura été justifiée face à ce nouvel LP (notre
Album du Mois) dont on devrait, à n'en pas douter, se souvenir comme
d'un pur traité de musique (noire) moderne fait d'un mélange d'influences blues,
soul, funk et autres avec une touche des plus contemporaines. Ci après les
réponses aux questions que nous lui avons envoyées juste avant sa venue à Paris
derrière les platines de l'Amnésia ce vendredi 4 février…
Bonjour Kenny,
comment vas ? Une éternité depuis que nous n'avions plus entendu parler de toi.
Pourquoi tant de temps ?
J'ai fait un
break pour me consacrer plus particulièrement au DJing. Et puis, j'ai fini par
en avoir plein les bottes de ce "son" techno" tel qu'il est devenu. J'en étais
arrivé à un point où tout cela était trop sombre et rapide pour moi.
Qu'est-ce qui
t'a décidé à enregistrer ce nouvel album après 7 ans de silence ?
Je me suis
installé à L.A. il y a 3 ans, et j'ai trouvé l'inspiration de mon nouvel
environnement. Je suis parti là-bas avec l'idée de me refaire une virginité, de
refaire ma vie ou, à tout le moins, d'entamer un nouveau chapitre. Ce qui sous
entendait l'enregistrement d'un album suceptible de m'amener à un nouveau niveau
d'un point de vue musical.
La Côte Ouest
s'est-elle avérée fidèle à l'image que tu en avais ? Qu'est-ce qui t'a décidé à
t'y installer ?
L'endroit a
même dépassé mes espérances. Le climat ici est incroyable. Les gens ne sont
probablement pas aussi avenants qu'à Detroit mais, en même temps, je ne suis pas
venu ici avec l'idée première de me faire des amis. Je suis venu ici dans l'idée
d'y poursuivre une carrière dans la comédie de boulevard et le théâtre.
L'éventualité
de te voir retourner à Detroit est-elle envisageable ?
Y a-t-il quoi
que ce soit qui te manque de là-bas ?
Is
there anything that you currently miss from the (Motor)city ?
Je ne me vois
pas revenir à Detroit pour y vivre. Je ne regrette pas d'y avoir grandi, mais ce
n'est pas la ville qui peut m'apporter ce dont j'ai besoin pour réaliser les
objectifs que je me suis fixé, par opposition à Los Angeles.La seule chose qui
me manque vraiment, ce sont mes amis : Derrick May, Kevin Saunderson, Carl
Craig, et Stacey Pullen, que je n'ai plus du tout l'occasion de voir….
As-tu
ressenti quelque difficulté à l'idée de te remettre à l'ouvrage musicalement
parlant ?
Non. Au
contraire même. Je n'ai en fait jamais cessé de faire de la musique. Ce que j'ai
arrêté en revanche, c'est d'en sortir. Mais ce regain d'envie m'a amené à
enregistrer une tonne de nouveaux morceaux. D'ailleurs, je suis déjà sur le
point de finir un nouvel album !!!
Y a –t-il des
point commun entre le jeu de scène et la musique ?
Pas
vraiment....
Peut-on
parler d'une sorte de marque de favrique propre à Detroit/ un esprit/une
tournure ?
Il est très
difficile de mettre des mots sur le feeling ou l'émotion avec lesquels les
artistes de Detroit conçoivent leur musique. C'est plus que de la "soul". C'est
plus proche d'un véritable esprit. Et une fois que tu l'as, tu ne le perds plus
jamais…
Le public te
connaît en tant que membre de ce qu'il est convenu de considérer telle la
seconde génération des activistes de la scène techno. As-tu l'impression d'avoir
toujours ce label. Se pourrait-il que tu aies voulu t'en débarrasser en quelque
sorte en restant silencieux aussi longtemps ?
Je n'ai pas
de problème de labellisation, d'autant plus que c'est vrai. Je suis arrivé avec
la seconde vague…
Cet album
marque-t-il une sorte de renaissance ? Ou résulterait-il de ce que tu te vois
rattrapé par ton passé ?
Les deux, je
dirais. C'est définitivement une renaissance, dans le sens où j'ai retrouvé
l'envie de faire de la musique, mais différemment. Je ne voulais pas reproduire
les mêmes schémas à l'infini, tant et si bien que j'ai voulu concevoir un album
qui soit le reflet de mon passé et de la musique qui a bercé mon enfance. En
d'autres termes, le jazz, le blues, la soul, etc. Dès lors que j'ai su où je
voulais aller, c'est devenu plus facile…
Tu te trouves
plutôt éloigné des formats attendus si je puis dire. Un commentaire ?
C'est
exactement ça !
Tu utilises
le terme 'house' d'entrée sur ton album. Qu'est-ce que la house représente pour
toi, comparée à la techno ?
Ma musique a
toujours eu un côté house d'une manière ou d'une autre…
Il est à bien
des égards surprenant de constater combien les gens ont une idée précise de ce
qu'est la techno alors qu'elle peut à mon sens prendre tant de directions
différentes… L'histoire tend à prétendre que Juan Atkins a été le premier à
faire un morceau de techno, bien que la première fois que ce terme ('techno') a
été officiellement utilisé remonte à 87/88 pour désigner la musique de Kevin (Saunderson)
et Inner City, au demeurant assez proche de ce qui pouvait se faire à New York
ou New Jersey au même moment. Un commentaire ?
Juan est LE
Parrain de la période qui a vu arriver ce son. J'écoutais sa musique en 1984
alors que j'étais à la fac. Sa musique était déjà très futuriste tout en étant
soulful à l'époque. Sa contribution à la techno est sans l'ombre d'un doute
fondamentale et je ne parle pas là de la musique électronique qui est arrivée
d'Europe au début des années 80. Elle n'avait pas du tout le même feeling que ce
qu'on appelait alors la 'techno'.
L'un des
morceau de ton nouvel album est intitulé "Telling Lies"… As-tu eu à souffrir du
mensonge de la part d'autrui ? Si oui, quel genre de mensonges ?
Les gens
travestissent toujours plus ou moins la vérité pour se rendre plus beaux aux
yeux de leurs congénères. Et puis, il y a aussi ceux qui manipulent carrément
l'histoire dans un processus destructeur…
Qu'en est-il
de ce "Dark Moment" ?
Une petite
pause comme ça entre deux chansons.
"Chicken
Blues" ?
Une chanson
un peu dingue à propos d'un mec qui s'appelle Chicken et qui n'a plus fait de
musique pendant un bout de temps…
Ton album
ressemble à ce que l'on pourrait prendre tel un traité de musique noire moderne,
repoussant les frontières comme peu l'ont fait à ce jour, à l'instar de Prince
par exemple. A-t-il jamais été pour toi tel un exemple ?
Oui, c'est
clair... Les artistes du calibre de Prince, Blancs comme Noirs, ne sont pas si
nombreux. J'en suis fan depuis mon enfance.
Certains
artistes comme Jeff Mills ou, plus récemment, Glenn Underground n'ont cessé de
me dire combien il était toujours aussi difficile d'être Noir aux Etats-Unis.
Comment te sens-tu opar rapport à cela ?
Ni plus dur
ni plus facile qu'il y a 10 ans. Je crois que le hip hop nous a permis d'avoir
plus d'exposition, mais cela n'a en rien aidés à être plus respectés. Au
contraire même tant beaucoup de gens détestent le hip hop et la position
dominante qui est sienne aujourd'hui…
Le blues
serait-il la transposition de ce sentiment ?
C'est
précisément ce qui a présidé à sa naissance. Il est le moyen de souligner toutes
ces merdes qui entourent nos vies…
Qu'en est-il
de ta nouvelle vie en tant que comédien ? Tes objectifs ?
Etre le
prochain Eddie Murphy!!!
Tes projets à
court terme ?
Je viens
juste de finir le prochain album de Kenny Larkin. Il devrait sortir dans les
mois qui viennent...
DAR K COM EDY Funkfather :
Music Saves My Soul LP (Art Of Dance Records/Poussez!)
Kenny Larkin @
Paris/l'Amnésia (04/02/2005)