Il est de ces gens qui attirent l'attention dès le premier instant et
vous donnent l'envie d'en savoir plus à leur sujet. Quatre ans passés à embellir
notre existence à coups de remixes de tout premier ordre pour des artistes comme
Nuspirit Helsinki, Kyoto Jazz Massive et Fenomenon
ont définitivement contribué à mettre la paire norvégienne - Snorre Seim &
Øywind
Jakobsen – mieux connus sous le nom
de Butti 49 – dans une telle situation. La sortie récente de leur premier
album (Habit) nous donnant l'opportunité de réaliser notre vœu…
Waow, quelle
fluidité dans vos compositions ! Le fait que vous habitiez en bord de mer à
Stavanger y est-il pour quoi que ce soit ?
Je n'en suis
pas vraiment sûr. Cela étant, avoir grandi ici à Stavanger avec, d'un côté des
plages de sable et de l'autre, des montagnes enneigées offre un univers riche en
diversité. Un tel environnement a du exercer quelque effet sur ce que nous
sommes en tant qu'individus, mais la fluidité de notre son vient plus de notre
approche organique dans notre conception d'une musique pour les clubs…
Parle-nous de
votre environnement. De la scène locale…
Nous sommes
entourés par toutes sortes de gens, même si la scène est des plus réduites quand
on en vient à notre style de musique. Nous trouvons cela malgré tout positif. Il
y a beaucoup de talents ici dont beaucoup s'avèrent intéressés à l'idée de
passer d'un genre à l'autre. La scène norvégienne jouit d'une bonne réputation
quand on en vient à parler de pop music et beaucoup de ceux qui sont ici
participent d'une certaine manière à notre inspiration…
Première
confrontation avec la musique ? Background ? Enfance ? Etudes ?
Mes parents
ont commencé à m'emmener tous les samedi dans un club de jazz dès l'âge de 5
ans. Je m'installais invariablement le plus près possible du batteur, ce qui a
probablement suscité mon penchant pour le(s) rythme(s). Mon partenaire, Øyvind,
s'est joint très vite au groupe que nous avions formé à l'école. C'est le genre
de batteur qui était capable de lire une B.D. en pleine répétition ; c'est dire
de son talent ! Nous nous sommes tous deux intéressés à l'acid jazz au début des
années 80 sans pour autant devenir des adeptes du jazz sinon rien. D'ailleurs,
Øyvind a un temps joué au sein d'un groupe heavy metal, tandis que j'ai bossé
comme DJ dans un club rock pendant trois ans et demi. En fait, on aime un peu
tout. Je suis en ce moment à fond dans la country et le bluegrass, tandis
qu'Øyvind joue en ce moment aux côtés de la plus grande (et meilleure) star
norvégienne de rock (Thomas Dybdahl).
Votre
rencontre ? Qui fait quoi ?
J'ai
rencontré Øyvind alors qu'il jouait au sein d'un groupe nommé State of Mind.
J'ai pris contact avec eux dès leur première sur scène. Plus tard, ils ont
changé de nom pour s'appeler Quadraphonics avant d'aller dans les studios A
Touch Of Jazz pour enregistrer avec Jazzy Jeff. Malheureusement, l'histoire
s'est arrêtée là tout net avec la dissolution du groupe. C'est alors que j'ai
approché quelques-uns de ses membres pour enregistrer un morceau - "Brasilikum"
– dont il s'avère qu'il a été notre tout premier.Pour ce qui me concerne, je
dessine les contours des morceaux que je lui présente avant que nous les
développions ensemble, que ce soit Øyvind qui se charge de l'instrumentation ou
d'autres.
Pourquoi
Butti 49 ? Quelle en est la signification ?
Une fois
terminé l'enregistrement de "Brasilikum", je me suis rendu à Prague pour l'y
faire presser. J'étais en train de travailler les graphiques sur le centreur
quand je me suis aperçu que nous n'avions pas de nom. Il était 04H00 du matin et
j'étais explosé. Et comme je suis une bille en matière de typographie, je n'ai
rien trouvé de mieux que de prendre le nom de celui qui a inventé les caractères
Microgramme en 1949 (Roberto Butti). Ce 7" que nous avons fait presser n'avait
d'autre destination que les clubs. Nous ne doutions pas à l'époque que c'était
le point de départ de quelque chose qui irait plus loin.
Vos
influences semblent des plus diverses…
Ainsi que je
l'ai dit plus tôt, nous vivons ici dans un univers musical encore plus
éclectique que tu ne pourrais l'imaginer. Ce qui t'amène à suivre tout ce que
les autres font à côté. Nous n'avons pas ici une scène club très développée ; ce
qui nous évite en même temps de sombrer dans un format dominant…
Avez-vous été
influencés par ce jazz "shabada" développé par des gens comme Pharoah Sanders on
encore Brooklyn Funk Essentials dont il s'avère que le producteur (Lati Kronlund)
est aussi d'origine scandinave ?
Je ne sais
pas ce que tu veux dire lorsque tu parles de shabada jazz… Je suis arrivé sur le
tard au jazz spirituel. Lorsque j'ai mis la main sur "Spirits Known And Unknown"
de
Leon Thomas, j'ai eu le sentiment d'être tombé sur l'expérience ultime en la
matière. Cela dit et pour être honnête avec toi, je n'ai jamais été
particulièrement connaisseur s'agissant d'artistes comme Sun Ra ou Alice
Coltrane, bien que cela pourrait venir plus tard. C'est comme ça que je tends à
fonctionner. Quand on en vient à parler de jazz scandinave, le premier nom qui
me vient à l'esprit est Berndt Egerbladh
(pianiste classique suédois à qui l'on doit
la production de l'album Doris de Doris… Svensson à la fin des
années 70). On trouve beaucoup de clins d'œil folky et de spiritualité dans
ses travaux. Quant à la scène norvégienne, si elle compte une star pour moi,
c'est Karin Krogh dont le fameux "Karin's Kick" étonnant. Le reste de l'histoire
du jazz norvégien se retrouvant essentiellement sur ECM dans ce que j'aurai
tendance à appeler du "jazz de montagne", avec un impact certain sur le reste de
la scène, même si tout cela manque un peu de soul à mon sens. Des noms apparus
plus récemment comme Wibutee, Zanussi5 et Jaga Jazzist, ne manquent pas
d'intérêt non plus et en particuliers ces derniers.
Nik (Weston)
parle de nu jazz dans les notes du livret de votre album. Comment vous
sentez-vous par rapport à cette appellation ?
Je pense que
l'ensemble de la scène a besoin de points d'ancrage pour pouvoir se vendre. Si
elle ne prend pas plus conscience de la nécessité d'identification qui est
sienne, elle finira par se tarir, perdre à jamais son pouvoir d'attrait auprès
de nouveaux publics et mourir à la fin. Les scènes hip hop et drum & bass sont
bien mieux établies, si bien qu'il est plus facile pour les nouveaux auditeurs
d'approcher la musique et ceux qui la font. Si tu ne te donnes pas un nom,
d'autres se chargeront de le faire pour toi, avec le risque au final de voir un
grand album de jazz faussement catalogué electronica ou hip hop. Qu'importe la
manière dont on considère ma musique. Pour moi, ce n'est autre que de la soul,
du jazz et du funk. Et si le fait de l'appeler "nu" me permet d'atteindre de
nouveaux auditeurs, je ne vois pas pourquoi je m'en plaindrai.
Il y a
manifestement plusieurs approches au niveau du jazz contemporain en Scandinavie,
depuis Bugge Wesseltoft et ses partenaires de label, jusqu'à Koop, Hird et
Nuspirit Helsinki. De qui vous sentez-vous le plus proche et quelle est votre
perspective ?
Je dirais,
pour répondre à la première partie de la question : les Finlandais, Nuspirit
Helsinki. Ils opèrent le même type de mélange en matière de programmation et
d'enregistrement live. C'est sans doute ce que je connais de mieux dans le genre
soulful nu/jazz. Nous avons d'ailleurs joué avec eux à Copenhague et les DJ's
ont aussi de la partie. Des gens un rien fous mais super cools.
On a parlé du
Nordik Beat au début des nineties. Dirais-tu qu'il existe un état d'esprit/une
touche typiquement scandinave par différenciation avec d'autres pays européens ?
Pas
vraiment. Nous autres Norvégiens avons eu tendance à être considérés comme "arty",
mais nous ne le sommes pas et ne nous sentons pas comme tels pour ce qui me
concerne. Il y a certes des constellations alentour dont le son peut sembler
proche, mais cela pourrait tout aussi bien provenir d'Australie ou de n'importe
où ailleurs du reste.
Au fait,
pourquoi Habit (Habitude) comme intitulé de cet album ?
Parce que
les sons que nous y avons mélangés sont de l'ordre de nos habitudes. Soul, funk,
jazz, des fragments de rock et de pop, des sons world, qu'importe…
L'enregistrement de cet album vous a-t-il pris beaucoup de temps. ?
Trop...
Pratiquement deux ans et demi. Le prochain, on le bouclera en trois semaines !
Vous avez
brillammanet remixé "Release For Free" pour EMO sur le label allemand Stereo
Deluxe. Et l'on vous voit à nouveaux réunis sur le titre d'ouverture de cet
album. Cela signifie-t-il l'existence d'autres projets avec lui ?
Emil et nous
sommes devenus bons amis. Nous adorons son timbre de voix et devrions être
amenés à collaborer à nouveau dans un futur plus ou moins immédiat.
Mayia (James)
est-elle totalement intégrée au groupe ?
Nous
espérons l'avoir sur scène avec nous, tout comme Emo.
A en juger
par votre approche organique, on peut d'ores et déjà s'attendre à quelques
performances live de votre part. Combien serez-vous sur scène ? Et quand ?
Nous serons
neuf sur scène autour de ce projet. Une tournée est en effet en cours
d'organisation…
Qu'en est-il
de tes expériences en tant que DJ ? Ta/tes résidence(s) ?
J'ai eu une
résidence hebdomadaire pendant quelques années à Stavanger à laquelle j'ai mis
un terme. J'y ai reçu quelques-uns des plus grands DJ's. J'ai par ailleurs eu la
chance d'être demandé en Europe et je crois que cela ne va plus tarder ailleurs…
Plutôt
encourageant de voir tous ces gens comme Jazzanova, Trüby Trio, Magic Number,
dZihan & Kamien, Mark De Clive-Lowe ou encore Raw Deal produire une musique
d'une telle qualité, en dépit de l'état actuel du marché…
Il est grand
temps que l'industrie arrête de se plaindre de la situation. Tous ceux qui font
passer la musique avant l'argent finissent par y arriver à un moment ou un
autre. Je me souviens d'une période pas si lointaine où l'on se voyait proposer
des fortunes pour faire un remix, ce qui, pour moi, n'était pas justifié. Je
crois que nous sommes en train de revenir à la norme…
La prochaine
étape? Vos projets ?
Nous nous
préparons à partir en tournée. J'étudie aussi par ailleurs et j'ai quelques
morceaux à finir en solo pour le label norvégien Hi Fi Terapi qui pourraient
bien sortir d'ici la fin de l'année. Et puis, il y a aussi un album de remixes à
venir cette année sur lequel on retrouvera ce que nous avons fait de mieux à ce
jour sous le nom de Butti 49. Donc, autant d'affaires à suivre….
Y a—t-il
quelque chose que tu aimerais ajouter ?
Non, si ce
n'est merci de nous avoir invités.
BUTTI 49
Habit LP (Exceptional)