Pas une femme ou
un homme à l’affiche cette semaine, mais un combo, et quel groupe. Celui à qui
l’on doit le très prisé ‘Portuguese Love’, dernier de leurs travaux en date
après une impressionnante série de ‘délicatesses’ sur le défunt label Estereo
Records. Et si tout cela ne suffisait pas, ce n’est pas un single qu’ils sortent
aujourd’hui, ni même un album, mais un double LP. Et comme une bonne nouvelle
n’arrive décidément jamais seule, Bah Samba nous a fait le plaisir de
venir au parloir…
Bonjour.
Quelques mots en guise d’introduction quant à qui vous êtes, d’où vous venez,
les circonstances de votre rencontre et les grandes lignes de votre histoire.
Bonjour, je
suis Julian Bendall de Bah Samba. Bah Samba est né en 1995. ‘Reach Inside’ est
notre premier succès majeur. Il est sorti en 1996 peu après ma rencontre avec
Alice Russell. Elle habitait la porte juste à côté à l’époque. Un jour, je suis
allé la voir pour lui emprunter des feuilles et nous sommes peu à peu devenus
amis. Je me souviens encore l’entendre jouer du violoncelle régulièrement avec
comme le murmure d’une voix ; ce qui était des plus plaisants. Nous avons
enregistré quelques singles ensemble, de 1996 à 1998, puis Alice est partie en
Afrique et moi au Brésil. Nous nous sommes revus autour d’un verre en 2000 et
nous sommes dit qu’il était temps d’enregistrer un album. Il allait s’en dire
que tout cela devrait se faire avec Estereo Records. On n’a pas eu un gros
budget si bien qu’on a tout bouclé en deux semaines ; ce qui en a étonné
beaucoup…
Les groupes
sont la plupart du temps emmené par un leader. De qui Bah Samba est-il le bébé ?
Je crois
pouvoir dire que c’est le mien. J’ai eu l’idée de mélanger un cocktail
d’instruments live avec des beats house. Cela a donné naissance à ‘Carnival’ et
cimenté ma relation avec Phil Asher. Je fais également office de tour manager
pour l’instant. J’organise les séances de répétition pour le groupe et supervise
le tout mais tout cela ne peut être que temporaire…
Comment le
groupe fonctionne-t-il ? Ses membres de base ?
Le groupe est
actuellement construit autour d’Alice, Mark Ralph qui est l’un de mes plus vieux
amis (nous nous connaissons depuis 13 ans et avons évolué au sein de diverses
formations) et Timmy Walker, un nouvel ami hyper motivé et aussi très
talentueux, tant dans le domaine de l’écriture que du jeu comme de la
production. Alice et moi nous occupons de 90% de l’écriture, tandis que Mark et
Timmy apportent leur contribution en studio et sur scène.
Cela fait
quelque temps déjà que vous êtes là, ayant signé nombre de singles sur Estereo,
mais jamais d’album finalement…
J’ai ressenti
une certaine frustration avec Estereo. C’était avant tout un label de deep
house, si bien que la priorité était le remixage de nos morceaux. J’aurais pu
investir dans la promo du groupe, l’organisation de concerts et l’enregistrement
de morceaux, mais je n’avais pratiquement aucune latitude dans les autres
domaines. J’avais pensé intituler ce premier album ‘The Last Pineapple’. L’idée
m’est venue lors d’une prise de son, alors que Mark jouait de la guitare avec
un… ananas en plastique ! C’est quelque chose qu’il a repris sur scène, si bien
que l’ananas (de vrais) a fini par être considéré comme une mascotte pour ce qui
nous concerne. Alice m’en a même offert un tout petit en argent, dont on se sert
généralement à table pour éviter que sa serviette ne s’envole. Nous avions un
ananas à chaque concert. L’un de mes souvenirs les plus cools reste ce fameux
moment où j’ai demandé un ananas à un promoteur de Yokohama cinq minutes avant
d’aller sur scène. Ca a fait un rien bizarre. Il en a apporté un complètement
hallucinant. Malheureusement, je n’ai pas pu prendre ce titre ; ce qui est
triste tant il a de signification(s) pour moi.
Comment
avez-vous vécu la fermeture du label ? Cela vous a-t-il pris beaucoup de temps
avant de signer ailleurs ? Qu’avez-vous fait entre temps ?
J’ai tissé
une relation solide avec Byron Orme, le directeur de BKO Productions. Il est
devenu notre manager alors que nous étions en train de mettre les touches
finales à notre premier album. C’est lui qui nous a mis en contact avec Roy
Ayers à l’occasion Southport Weekender, ce qui a été terrible. Nous avons à un
moment parlé de l’ezventualité d’enregistrer un autre album. J’en ai moi-même
sorti 3 - ‘Belezamusica’, ‘Eclectica vol 1’ et ‘Over St’ pour le label
japonais Village avec qui nous étions en excellent rapport. Nous étions
d’ailleurs supposé poursuivre l’aventure avec eux, mais BKO est venu entre temps
avec une offre plus consistante en termes financiers et surtout un plan précis
pour sortir l’album sous diverses licences dans le monde. Je ne crois pas que
nous aurions enregistré ce ‘4’ autrement.
Etes-vous
toujours en contact avec Danny (l’ex A&R d’Estereo) ?
Pas vraiment.
Non pas que nous ayons eu quelque rancoeur. Je remercie d’ailleurs Estereo et
Skint pour tout ce qu’ils ont fait pour nous à l’époque, mais je crois qu’il
était temps que nous changions d’air.
Pourrais-tu
nous en dire plus à propos de BKO Productions ? Ce qui vous a amené à signer
avec ce nouveau label ?
Commet je
l’ai dit auparavant, j’ai rencontré Byron alors que nous achevions
l’enregistrement de notre premier album. Ce nouvel LP est la seconde sortie de
BKO après celui de Maxine Braham. J’ai eu l’occasion de l’écouter récemment.
Elle figure d’ailleurs sur ‘So Many People’ en tant que choriste. Elle est très
belle et me rappelle Minnie Riperton mais tout en ayant son propre style et son
album, teinté R&B en est la preuve évidente.
Combien de
personnes ont-elles été impliquées dans l’élaboration de ce projet au final ?
Au total 17
musiciens, Byron chez BKO, Sarah de Favouritizm, Matamura chez Village Again,
Tickle Music, s ans qui cet album n’aurait pas le même son, Southport Weekender,
Studio Lobster l’arowork, Absolute pour l’avoir amené là où il est, ainsi que
Phil et Seamus pour les remixes et tous nos amis.
Quelle est la
nature de votre relation avec Restless Soul, qui semble aussi fonctionner sous
la forme d’un collectif ?
Ils sont les
seuls ici en Angleterre qui soient capables de faire quelque chose de bien dans
ce registre de musique. Ils ont fait de ‘Reach Inside’ un véritable classic. Je
me vois mieux travailler de la sorte avec eux, plutôt que de collaborer
directement sur des morceaux. Encore que nous avons fait ‘Electric Soul’
ensemble avec un mix incroyable de Phil. Je lui ai donné les partitions
originales de ‘Portuguese Love’, car j’étais sûr qu’il en ferait une merveille.
C’est super de pouvoir entendre les bases de notre travail avec les arrangements
de Phil. On en avait besoin ; c’est quelque chose qu’on ne peut pas vraiment
entendre sur notre version dans la mesure où elle a été arrangée pour figurer
dans un album.
Il existe une
grande école du live outre-Manche. De qui vous sentez-vous le plus proche ?
Depuis mon
plus jeune âge, je dirais Incognito et Brand New Heavies. Ils ont toujours été
intéressants à suivre pour le musicien que je suis. Je suppose que c’est là où
se trouvent mes racines…
Même question
quant à cette scène d’influence latine avec des groupes comme Da Lata et Mitch &
Dewburry par exemple ?
C’est arrivé plus tard. J’ai vu
beaucoup de groupes au Brésil. C’est une inspiration que l’on peut déceler sur
le CD2, à l’instar de ‘Morris’ dont la partition batterie vient d’un morceau
d’Elis Regina. ‘Don’t Let Them Get You Down’ trouve son origine à Baia. Tandis
qu’ ‘Inner Soul’ est une vraie bossa brésilienne, jouée à la fois de manière
honnête et sans chercher à faire genre dont le mélange avec la voix d’Alice me
semble particulièrement vivifiant.
Comment vous
voyez-vous vous-mêmes en tant que groupe ? La définition de Bah Samba…
Nous devrions
prendre encore un peu plus de galon à l’occasion de notre prochaine tournée.
Nous nous sommes produits l’année dernière au Motion Blue, au Japon et nous
avons fait 8 concerts d’affilée. Je crois que ce sera très spécial avec ces
nouveaux morceaux et très différent de ce que nous avons fait jusqu’alors…
Votre
prochaine tournée, combien serez-vous sur scène ?
Nous serons
9.
N’est-ce pas
un peu risqué d’être aussi nombreux sur scène dans un tel contexte ?
Si, mais
pourquoi donc devrions-nous risquer de nous compromettre ? Je crois que le
public veut avant tout voir d’où vient la musique…
Y aurait-il
un DJ parmi vous ?
Cela m’arrive
de temps à autre, mais je joue des morceaux qui sont sans doute trop
sentimentaux si bien que soit les genres s’endorment, soit ils me prient de ne
pas revenir…
Vos envies…
Faire un
autre album, tourner, voyager encore plus avec Bah Samba et prendre du bon
temps. La réalisation de cet album n’a pas été une sinécure. J’ai négligé
d’autres compartiments de ma vie, sans que je n’aie pu faire autrement. J’ai
envie de montrer à ma famille que j’ai fait tout ça pour elle. J’aimerais
pouvoir veiller à son bien être tout en continuant de faire ce en quoi je crois
et qui me rend heureux (la musique). J’espère y arriver…
A quoi
s’attendre à p)lus ou moins long terme ?
D’autres
singles tirés de l’album…
Votre vœu le
plus cher ?
Pour Morris,
de pouvoir vivre à nouveau avec son père.
BAH SAMBA 4 LP and
‘Portuguese Love’ (BKO Productions)