Nous entamons
cette nouvelle série comme convenu avec un hommage
à un groupe dont l’histoire retiendra la contribution dans la reconnaissance de
ce qui allait devenir la Brit Soul au milieu des années 80, ouvrant la route à
une nouvelle génération d’artistes parmi lesquels – entre autres - Soul II
Soul, D-Influence et les Young Disciples. Un groupe dont le
répertoire nous ramène au souvenir de classics tels ‘Hanging On A String’, ‘Slow
Down’, ‘Watching You’, ‘Life’ (remixé par un certain Timmy Regisford) ou
‘Mr Batchelor’, faisant de Loose Ends le premier groupe Noir anglais sous
contrat avec Virgin en 1981 en même temps que le premier à avoir signé des hits
majeurs aux Etats-Unis.
Je me souviens
de la première fois où j’ai croisé Carl McIntosh. J’assistais à une
finale à Londres du championnat du monde des DJ’s sous la houlette du DMC au
début des années 90, installé à un table autour de laquelle se tenaient
Jazzie B et Maxi Priest. Je ne pourrais vous décrire le plaisir
ressenti à l’idée de rencontrer un personnage aussi talentueux et sensible, dont
les intonations vocales, à certains égards, me rappelaient le regretté Marvin
Gaye. Nous restâmes dès lors en contact régulier, nous revoyant quelques
années plus tard à Paris, dans le cadre de la promotion de l’album Loose Ends
Tighten Up Volume 1 sur lequel figuraient l’ex-vocalist de Soul II Soul,
Caron Wheeler ainsi que Maxi Priest, pour ne citer que les plus connus….
Je n’ai
jamais oublié cette nuit tragique au cours de laquelle il a été fait état de
l’assassinat de Marvin par son père. J’étais à la maison, en train d’écouter la
radio et j’ai été très choqué, me
dit-il. Est-ce pourquoi j’ai ces intonations ? Je n’en sais rien, mais il est
clair que sa mort m’a profondément affecté.
L’ère 1 de Loose Ends durera pendant plus de cinq ans, jusque
au moment où il semble évident que ses trois membres fondateurs ne peuvent plus
évoluer sous la même bannière, dans des circonstances quasi similaires à ce qui
surviendra plus tard à nombre de groupes et artistes anglais qui, après avoir
signé sur des labels américains, se verront poussés à répondre aux supposées
attentes du marché local, au lieu de rester fidèles au style qui a contribué à
leur renommée. Et c’est exactement ce qui va se passer lorsque la chanteuse
Jane Eugene fera part de son désir de sonner plus américain. Nous en
sommes arrivés à un point où plus rien n’était possible dans un espace commun,
poursuit-il. Le fait d’avoir parallèlement signé avec un label américain (MCA)
nous a progressivement amené à nous faire perdre l’idée de qui nous étions. En
tout cas, je l’ai vivement ressenti moi-même, amenant Loose Ends à
observer une période de silence de deux ans entre l’enregistrement de The
Real Chuckeeboo album en 1988 and et celui de Look How Long sur
lequel Carl n’est plus que le seul survivant de la formation originale. Il
n’y avait pas vraiment de conflit musical entre nous, explique-t-il. Jane
voulait simplement faire quelque chose de typiquement américain avec des
producteurs comme Jam & Lewis ou L.A. & Babyface. Dans le même temps, j’ai eu
l’impression que nous avions pris le melon en nous figurant que nous étions le
porte drapeau de l’Angleterre. Je me suis mis à faire la comparaison avec des
gens dans la même veine comme Soul II Soul et Blacksmith, et lorsque j’ai
mentionné leurs noms à mes partenaires, ils m’ont dit du genre : Quoi, mais qui
sont-ils ? Nous voulons travailler avec L.A . & Face ! Le divorce, dès lors
était consommé, avec Carl exprimant son désir de recoller aux attentes de son
public anglais. Il n’y a rien de comparable au fait d’être interpellé par des
gamins dans ta banlieue qui te disent : Hey mec, il faut à tout prix que je
sorte pour aller acheter ton disque ! C’est de loin plus important que d’être
face à un cadre X ou Y de tel ou tel label US qui te bassine avec les noms à
venir. Je ne tiens absolument pas à devenir prévisible en restant scotché à ce
qui est supposé marcher. C’est le meilleur moyen de ne plus innover en fin de
compte.
Aux
Etats-Unis, tu trouveras beaucoup de gens qui te diront ‘oui’, que ton disque
soit bon ou non. Dans la plupart des cas, ce sont des gens qui n’y connaissent
rien, tandis qu’en Angleterre, personne ne viendra te dire que ton album le fait
si ce n’est pas le cas. On éprouvera même une certaine fierté à te dire que
c’est de la m…. si on le pense comme tel et je crois que c’est la meilleur
attitude en ce sens qu’elle te rend plus compétitif. Je veux dire : nous en tant
que Loose Ends, pensions comme un tout. Mais nous avions faim. Nous étions de ce
genre de groupe qui ne pouvait pas échouer…
Le temps donnera d’ailleurs raison quelques
années à Carl, voyant la plupart des artistes et groupes anglais signés sur un
label US comme Soul II Soul, Mica Paris, D-Influence et
Omar se retrouver dans la même situation.
Au sujet The
Real Chuckeeboo qui devait être le dernier album enregistré par le trio en
1986, Carl déclare : Cela a été une véritable galère du fait des
conditions de travail qui ont été les nôtres à l’époque, nous voyant faire
d’incessants allers retours au moment de son enregistrement. Et je ne parle même
pas de la promo qui nous a amenés à aller d’un endroit à l’autre à un rythme de
5 jours sur 7 pendant 15 jours avant de retourner en studio pour enregistrer le
morceau suivant ! Nous nous sommes littéralement faits avaler tout cru par le
système. Quant à moi, j’avais fini par ‘me ranger’ en achetant une maison en en
collectionnant les factures, par opposition à ce que je connaissais avant et qui
était un mode de vie plus approprié pour moi. Si bien que lorsque Loose Ends à
splitté, cela m’a fait réaliser combien la musique était essentielle pour moi et
combien je voulais poursuivre dans cette direction.
La décision de
Carl s’avèrera être la bonne, le voyant redonner vie à Loose Ends,
accompagné de quelques amis (Linda Carriere, Sunay Suleyman +
Christine and Trisha Lewin) avec la sortie de l’album Look How
Long sur lequel figure le flamboyant ‘Don’t Be A Fool’, comme aux plus beaux
jours du groupe, bien qu’avec des participants différents. Je crois que c’est
là l’une des particularités du système anglais par opposition à son alter ego
américain. Ainsi quand un morceau à fort potentiel sort ici chez nous, il fait
son propre chemin quand ce n’est que promo ou rien aux Etats-Unis. Un album
qui sera bientôt suivi de Loose Ends Tighten Up Volume 1 en 1991 qui
inclut le mémorable memorable ‘Hanging On A String’ revu par Frankie
Knuckles.
L’histoire de
Loose Ends fait-elle définitivement partie du passé ? Qui peut le dire ! En
fait, Carl a toujours laissé la porte ouverte à ses anciens partenaires,
notamment recruté aux côtés de Jane Eugene par Pete Rock sur le
single ‘Take Your Time’ sur Loud/RCA en 1999 mais aussi signant de nombreux
remixes ou collaborant en solo avec des artistes comme D’Angelo,
Angie Stone et Omar, avant de travailler sur un album avec l’ex-
Sunchilde, Quazey B puis un autre – Territory destiné au
marché japonais – en compagnie de Pharoah Saunders et de Laurnea
qui a un temps été choriste de Loose Ends, avec le renfort à la
production de Ali Shaheed de A Tribe Called Quest. Les
participants du Southport Weekender ayant eu par ailleurs la chance de
voir Carl sur scène en novembre dernier.
Bien difficile
de prédire une nouvelle vie à Loose Ends, quelle qu’en soit la formation,
mais s’il est une chose qui, elle, est indubitable, c’en est le souvenir, à
jamais gravé dans les mémoires de ceux pour qui la soul a une signification.
MFSB
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