Le début du mois
a vu la disparition d’un autre de nos héros – Luther Vandross, à l’âge de
54 ans – presque deux ans après celle de Barry White…
Les Africains
tendent à dire qu’avec la disparition d’une grand-mère, c’est une bibliothèque
qui disparaît et, quand bien même Luther n’occupait pas ce statut, c’est une
grande part de notre histoire commune qui s’en est allée avec lui…
Je me souviens,
quand bien même je ne savais pas qu’il s’agissait de lui à l’époque, de la
première fois où j’ai entendu la voix si particulière de Luther Vandross.
C’était en 1978/79, en tant qu’interprète de ‘The Glow Of Love’ et ‘Searching’
pour le compte du groupe italo-américan Change, produit par Fred Jacques
Petrus & Mauro Malavasi. Deux classics disco funk qui le
mettront définitivement sur orbite après de nombreuses appaitions en tant que
choriste pour des artistes tels Quincy Jones sur l’album Best en
1969 (sa toute première expérience du genre), Carly Simon, Chaka Khan,
Bette Midler, Chic et David Bowie entre autres. Sans parler
de Roberta Flack qui l’incitera à rouler sous sa propre bannière avec la
sortie de ses deux premiers albums solo sur Cotillion en 1976 et 1977.
Sorti en 1981
sur Epic Records, l’album Never Too Much dont le titre générique accroche
la première place dans les charts R&B, donne le départ à une série d’album qui
dépasseront le cap du million d’exemplaires vendus pendant les années 80, le
voyant travailler avec son ami de longue date – le bassiste, Marcus Miller
– développant un son qui sera sa marque de fabrique et l’amènera à travailler en
tant que producteur, notamment pour Cheryl Lynn et Aretha Franklin,
respectivement sur les albums Instant Love + Jump To It et Get It Right. Il
faudra cependant attendre 1989 pour voir Luther faire son entrée dans le
Billboard Pop Chart Top 10 avec ‘Here And Now’ tiré de l’album Best Of Luther
Vandross… The Best Of Love Greatest Hits Compilation. L’album The
Power Of Love sorti en 1991, incluant le fameux ‘Power Of Love/Love Power’
remixé par Frankie Knuckles, me donnant le plaisir d’avoir ce qui restera
d’ailleurs ma première et seule conversation (téléphonique) avec lui…
Assimiler un
uptempo à une rythmique nécessairement supérieure à 120 bpm, telle qu’on en
trouve sur des morceaux disco et dance est à mes yeux quelque chose
d’inadmissible et je comprends que tu ne trouves rien de semblable sur mon
album, entame Luther. J’ai mon
opinion sur la question. J’ aime le disco. D’ailleurs, ‘The Glow of Love’ et
‘Searching’ que j’ai enregistrés avec Change à la fin des 70’s étaient du
disco/funk. Je ne cherche pas la sécurité du 120 bpm, très peu pour moi ! Alors,
qu’on me laisse la possibilité d’évoquer le sujet à ma manière en écartant tout
standard pré établi.
Une charmante
entrée en matière qui laissait entrevoir le pire quant à la suite de cette
conversation transatlantique… Il était, cela dit, pourtant vrai qu’après avoir
récolté 5 albums de platine, deux de double platine, expédié la bagatelle de
quelque 16 dans les charts US, rempli sans sourciller le Madison Square garden
et Wembley Arena et auréolé du Grammy Award 1991 du Meilleur Chanteur,
l’individu avait de quoi être sûr de son affaire. Je n’écris pas dans le
souci de coller à ce que le public attend de moi, pas plus que je ne cherche à
éviter de prendre des risques. Je fais les choses telles que je les ressens,
quand bien même celles-ci peuvent sembler linéaires à certains – toi ? - d’un
album à l’autre. D’ailleurs, qui suis-je supposé être à tes yeux, et prendre
quels risques ???
J’en arrivai
alors à évoquer la sortie de l’album du moment de Will Downing… Will Dowxning et
moi n’avons rien à voir l’un avec l’autre. Pas plus que je n’ai quoi que ce soit
en commun avec Freddie Jackson, Alexander O’Neal ou qui que ce soit d’autre,
éructe-t-il. Je n’évolue pas selon un standard que tu sembles vouloir
m’attribuer. Je déteste les comparaisons. Pourquoi vouloir à tout prix essayer
de trouver des points communs d’un artiste à l’autre ? On aime Miles Davis pour
ce qu’il fait. Pourquoi alors chercher à le situer par rapport à Herb Alpert par
exemple ? On ne peut pas me comparer à Alexander O’ Neal, Freddie Jackson ou à
Keith Washington, parce qu’ils sont arrivés après moi. Compare les à moi si tu
veux, mais pas l’inverse. Ils ont été influencés par ma musique. Je ne fais rien
d’autre que ce qui me semble bien et je n’écoute pas leur musique avant d’aller
en studio. C’est curieux cette tendance que l’on a à vouloir nous mettre dans
le même panier… Parce que nous sommes Noirs et que nous chantons des ballades ?
C’est un peu facile, non ? Nous sommes tous différents les uns des autres…
Nous en venons
alors à aborder la sortie de son déjà huitième album (Power Of Love)…
J’y ai travaillé en toute sérénité, avec le sentiment d’être aujourd’hui
considéré comme un artiste multi-formats, fort de la reconnaissance progressive
que le public témoigne au R&B. La musique est pour moi ce qui vient en premier
car c’est à travers elle que je distille mes textes. Il me faut ces accords qui
me touchent. Je ne suis pas comme ces cartes de voeux avec leurs formules toutes
prêtes pas plus que je ne vais sortir un album pour être présent sur le marché.
Il n’y a pas de thème particulier, pas plus que je ne pesne à mes albums
précédents lorsque j’aborde un nouveau projet. Chaque titre est le reflet de ce
que je ressens au moment de son enregistrement. Un style sans compromission
que Luther s’est créé au fil des ans, avec la complicité de Marcus Miller
et Nat Adderley Jr, ses compagnons de toujours. Un style qui s’est,
jusqu’alors, passé du renfort des rappers, de plus en plus présents dans la
production R&B d’aujourd’hui. Je respecte le rap en tant que tel, mais ce n’est
pas parce que Picasso a pu aimer Walt Disney qu’il s’est mis à intégrer des
personnes de déssins animés dans ses toiles. Le rap est une forme d’expression à
part entière et si certains l’intègrent dans leurs compositions, c’est leur
affaire. Faire appel à un rapper sur l’un de mes titres me semblerait quelque
peu démago et je ne crois pas que cela plairait à mon public. Une chose est
sûre, de l’avis même de l’intéressé : s’il avait dû vivre tout ce qu’il a pu
écrire en dix ans, il serait probablement aujourd’hui dans un asile de fous,
scrutant la fenêtre, dans l’attente d’un visiteur.
J’aurais aimé en
être, et quand bien même je l’ai vu se produire sur scène un certain nombre de
fois à Londres et à Paris, je n’ai jamais eu l’opportunité de lui être présenté
en personne. Luther dès lors continuera son ascension, remportant un nouveau
Grammy Award le Meilleur Titre R&B song la même année, avant de signer un
nouveau hit avec Janet (Jackson) sous la forme du bouillant ‘The
Best Things In Life Are Free’, tiré de la B.O. de Mo’Money. Deux ans
après, il reprend le classique ‘Endless Love’ de Lionel Richie & Diana Ross
aux côtés cette fois de Mariah Carey, puis chante avec Frank
Sinatra sur l’album Duets. 1997 le voit recevoir son troisième Grammy
Award en tant que Meilleur Chanteur R&B pour ‘Your Secret Love’ tandis qu’est
mis un terme à son contrat avec Epic Records après la sortie d’un second
Greatest Hits album.
Il fera une
brève apparition sur Virgin Records avec l’album I Know qui inclut ‘Are
You Using Me’ lequel sera remixé par les Masters At Work mais aussi
‘Nights In Harlem’ tel que revu par Darkchild avec une contribution de
Guru, l’un des deux membres de Gangstarr ! Il signera ensuite avec J
Records, label sur lequel sort l’album Dance With My Father en hommage à
son père en 2003 ; le titre générique qu’il co-écrit avec le chanteur Richard
Marx, auréolé du Grammy Award 2004 pour la Chanson de l’Année, tandis
qu’il se voit remettre ce qui sera son quatrième et ultime Grammy Award en tant
que Meilleur Chanteur R&B et que ledit LP est son tout premier à
décrocher la première place dans leBillboard album chart.
Luther
Vandross nous a quittés à l’âge de
54 ans
Jul. 1,
2005
at 13:47 (heure locale), hospitalisé au John F. Kennedy Medical Center d’Edison,
dans l’Etat du New Jersey. Il est dit qu’il s’en est allé sans souffrances,
entouré de sa famille et d’amis. Et bien que la cause de son décès n’a fait
l’objet d’aucun communiqué officiel, il est admis que c’est le diabète, une
maladie qui a rongé les membres de sa famille, ainsi que l’hyopertension qui ont
eu raison de lui
Never
(had) too much of you Sir. Rest in Peace…
Frederic ‘MFSB’ Messent, editor
LUTHER VANDROSS ‘Never Too Much’
(Epic)