Rencontre cette semaine
avec le dj parisien Sven Löve, moitié du "duo" Cheers qui défend avec
Greg Gauthier, depuis 1994, en dépit des modes passagères et des revirements
des médias spécialisés, une musique a priori résolument noire et américaine,
imposant au passage un esprit convivial et chaleureux à l'opposé des clichés de
la nuit parisienne. L'occasion de revenir sur dix ans de soirées Cheers, sur sa
perception du garage et sur ses projets en cours. Action !
Pourrais-tu tout d'abord
te présenter ?
Je travaille dans la
musique depuis dix ans maintenant, en tant que dj et aussi
producteur-musicien-compositeur…
Tu te considères plutôt
comme un dj ou comme un producteur ? Parce que finalement, quand on regarde ta
discographie, tu as fait relativement peu de disques, et en outre ils ont été
assez espacés dans le temps …
C'est vrai qu'il n'y a pas
beaucoup de disques … je suis assez exigent, et la personne avec qui je
travaille (Lionel Catalan) est pareil. On est exigent avec nous-mêmes et c'est
pour ça qu'on produit peu … mais je me sens autant une âme de producteur que de
dj !
As-tu une formation
musicale ?
Absolument pas. Mon
approche est plutôt intuitive, mais au bout d'un certain temps j'ai quand même
pris l'habitude de travailler avec des musiciens, mon rôle consiste à construire
des séances avec eux et à éditer ce qu'ils font, à avoir une oreille pour
distinguer ce qui est bien de ce qui est moins bien …
Tu as prononcé le mot
compositeur … tu interviens sur les mélodies, sur le texte de tes chansons ?
Oui ça arrive que
j'intervienne! Par exemple récemment on a travaillé avec un « songwriter » mais
on a eu notre mot à dire… il y a un moment où on a du mal à dire qui fait quoi,
parce que c'est un travail collectif … Lionel et moi on dit ça serait peut-être
un peu mieux comme ça, ou comme ci, ou même pour les mélodies, même si on arrive
après de toute façon. C'est pour ça que je parlais de compositeur, même si je
n'ai pas de connaissances musicales. C'est à l'oreille … mais c'est le cas pour
pas mal de gens, surtout en house music !
Vos influences ? Celles de
Lionel se situent plus du côté de l'electro, à en croire ses remixes pour
Depeche Mode ou Scratch Massive …
Oui ! Il est plus du côté
de l'electro ou de la pop aussi … son groupe préféré depuis toujours c'est
Depeche Mode ; moi je suis plus orienté vers la musique black, soul, et par
extension garage.
Pourrais-tu nous retracer
tes débuts dans la musique, la genèse de tes goûts musicaux ?
Enfant j'ai baigné dans la
musique qu'écoutaient mes parents, ou mes oncles. Il y avait un peu de rock mais
aussi beaucoup de musique black, les classiques comme Stevie Wonder et puis des
trucs un peu plus jazz aussi. Après je me suis construit petit à petit avec un
passage assez rock qui correspondait au collège et aux premières années du
lycée, où je me suis peut-être éloigné des musiques black que j'ai retrouvées un
peu après …et après le retour à la source avec la soul, le blues et tout ça …
Qu'est-ce qui a fait que
tu es revenu à la musique black ? Et plus précisément au garage ?
En fait je répondrai plus
facilement à la deuxième question … A l'époque on était voisins avec Greg, et on
avait un autre voisin qui était homo, qui était un peu plus âgé que nous et
qu'on aimait beaucoup, et on sortait avec lui ; en fait à l'époque j'allais déjà
dans les raves et j'aimais bien, mais je ne m'étais pas encore vraiment fixé là
dessus, et lui nous a emmené dans nos premières soirées garage. A l'époque il y
avait trois grands dj garage à Paris ; le plus important était Eric Candy, et
puis après il y avait David Serrano et André, qui est le seul encore en vie
actuellement. Il nous a donc emmenés dans ces soirées là, c'est-à-dire notamment
les soirées Kit Kat au Privilège, le club qui était en dessous du Palace, et on
a vraiment flashé sur ce type de musique électronique, sur l'ambiance aussi. En
même temps on se disait que c'était dommage qu'il n'y ait que des homos dans ces
soirées, et qu'il fallait faire découvrir ça à un public un peu plus hétéro. Et
tout a commencé comme ça …
Tu dis que c'était une
musique plutôt confidentielle, pourtant j'ai le souvenir que à cette époque,
vers 1993-1994, les compilations dance du label Happy Music étaient intitulées
100% Garage …
C'est bien de cette époque
là que je te parle, la première grande période, avec en effet des énormes tubes
garage comme le "I can't get no sleep" des MAW, ou les Nightcrawlers, la folie
Frankie Knuckles, Morales aussi … On a découvert cette musique avec tout ça ! Il
y a eu une énorme soirée garage sur lequel on a vraiment accroché, c'était la
Yes Party où ils avaient fait venir David Morales, Tony Humphries, et Frankie
Knuckles. C'est la première soirée garage qui nous ait vraiment fait tourné la
tête. Il y a eu d'autres soirées importantes, les soirées Eurodisney qui ont été
organisées par des Anglais deux ou trois soirs de suite à Eurodisneyland Paris.
Il y avait trois salles, une petite salle disco, une autre salle un peu plus
grande, techno, avec Laurent Garnier et les mecs de Soma, mais la grande salle
(maintenant ça paraît incroyable !) était vraiment garage, et il y avait
Knuckles, Humphries, et Graeme Park (qui à l'époque était un des grands dj
garage), et puis plein de lives, dont celui de Inner City sur lequel nous avions
particulièrement accroché …
Comment la techno a-t-elle
finalement repris le dessus en France ?
Le garage, à l'époque,
c'était soit le ghetto homo, soit les Anglais, qui eux étaient à fond dans le
garage (c'était l'après "Madchester"). Même Laurent Garnier au tout début jouait
garage, et après, les choses se sont un peu radicalisées, il y a eu l'émergence
des raves, qui sont devenues des free parties, et la techno puis l'electro ont
occupé le devant de la scène …
La faute à un manque de
couverture par les médias ?
Il y en avait des médias,
et peut-être même plus qu'aujourd'hui … l'engouement pour le garage est venu
petit à petit dans les années 94 à 97 …c'est plus après que c'est redescendu,
parce que la presse s'est détournée de ça, étant donné qu'elle a toujours besoin
de s'intéresser à des nouvelles choses, ce qui est normal d'ailleurs. Il y a un
besoin de recyclage en permanence, ils ont trouvé d'autres styles …
Concrètement, tu te
souviens de titres ou de parutions qui parlaient de cette musique ?
A l'époque il y avait les
chroniques de Didier Lestrade dans Libération, et il parlait beaucoup, beaucoup
de garage ; ça avait pas mal d'impact parce qu'il était très lu, très aimé. Et
puis un beau jour il a arrêté, quelqu'un d'autre a pris sa place, Alexis
Bernier, qui est beaucoup plus dans un esprit electro ou alors « intelligent
techno » … mais en tous cas les plus belles années ont été accompagnées des
chroniques que faisait toutes les semaines Didier Lestrade, et puis il y avait
Coda aussi qui était un peu plus orienté garage que maintenant !
Venons-en à la genèse de
Cheers ; tu m'as dit que l'idée à l'origine était de faire sortir le garage du
ghetto et de l'exposer à un public un peu plus large. Est-ce que dès le début
vous aviez une idée claire de l'objectif que vous vouliez atteindre, ou bien les
choses se sont-elles faites petit à petit, un peu par hasard ?
Un peu les deux ! On
voulait faire une soirée garage, en même temps on n'avait pas une ambition de
changer le monde, on voulait juste faire découvrir cette musique a un public
hétéro, on y croyait, on avait la foi. On a eu la chance d'arriver au bon moment
pour développer une soirée, et puis on avait le support de Radio FG qui nous a
beaucoup aidé aussi, puisque le show radio a commencé en même temps que la
soirée …
Votre parcours commence au
What's Up Bar …
D'abord des soirées
itinérantes à droite et à gauche dans des endroits où on ne restait pas - la
première soirée on l'a faite dans une ancienne boite de strip tease qui
s'appelait l'Erotica.. Greg a été embauché en résident au What's Up, et c'est
lui qui y a amené la soirée. Ca a très bien marché.
Et le passage au Queen
s'est passé comment exactement ?
On faisait la soirée une
fois par mois, on avait du monde, et puis un beau jour on a arrêté parce que ça
ne nous convenait pas trop … Il y avait des gens qui étaient un peu déçus parce
qu'ils préféraient le côté plus convivial, plus petit du What's up, mais on
était arrivés à saturation, il y avait trop de monde et ça devenait un peu
pénible au bout d'un moment ! Et puis il y a plein de gens qui étaient contents
que ça soit au Queen, qui aimaient bien l'ambiance du Queen, donc …
Comment se passaient les
rapports avec la direction du Queen, ils vous avaient laissé une pleine liberté
artistique ?
Très bien, très bien, à
l'époque il y avait un directeur artistique, Thibaut Jardon, avec qui on s'est
toujours bien entendu et qui m'a engagé d'ailleurs, j'ai été résident pendant
trois ans. On a eu des bons rapports vraiment, en tous cas avec lui parce que
avec le Queen c'était un petit peu plus compliqué, c'est toute une industrie !
Et donc avec le passage à
la Coupole l'idée était de revenir à plus d'intimité …
Voilà, plus d'intimité,
une atmosphère plus chaleureuse, et plus de régularité aussi. L'endroit nous
paraissait bien, et on s'est dit que ça serait bien d'exploiter la soirée dans
un endroit qui nous plaisait un peu plus que le Queen…
Quand on regarde la
chronologie, on voit que votre éclosion a coïncidé - peut-être de manière
fortuite - avec ce que l'on a appelé la French Touch, d'ailleurs tu as joué très
tôt aux soirées Respect, quels ont été vos rapports avec ce mouvement ?
Ils nous on fait travaillé
au début … après ils ont changé d'orientation musicale, mais au début ils
étaient très ouverts, ils voulaient vraiment faire de tout. Au début j'étais
aussi assez proche des Daft Punk, j'ai donc eu la chance de faire des soirées
avec eux, et tout cela se passait bien jusqu'au moment où Respect s'est dirigé
vers d'autres horizons musicaux ; on s'est un petit peu séparés, mais sans
mésentente, chacun de notre côté quoi … Mais j'ai vraiment profité de ça pour
voyager avec eux, à l'occasion de grosses soirées à l'étranger !
La question que beaucoup
de monde s'est posée : pourquoi avec la réussite de vos soirées n'avez-vous
jamais essayé de monter une structure type label, pour défendre cette couleur
musicale qui était devenue la vôtre ?
Greg et moi on faisait
déjà beaucoup, beaucoup de choses ensemble, les soirées, on était amis aussi, et
le travail de production en musique on voulait le faire chacun de notre côté,
donc on n'a pas vraiment senti le truc de bosser ensemble pour monter un label.
C'était déjà parfois un peu étouffant d'être très investis ensemble pour la
soirée, et donc ça ne s'est pas fait. On en a parlé à un moment, on l'a évoqué …
mais monter un label c'est énormément de travail, d'investissement …
Tu soulignes que vous
n'avez jamais produit ensembl
e de morceaux Greg et toi, ce qui est quelque peu
surprenant … Quelle est la nature de votre relation (musicalement s'entend !),
vous avez la même approche ou plutôt des approches différentes en ce qui
concerne la musique ?
Je pense que l'on est
complémentaires depuis toujours, et c'est ce qui a fait un des points forts de
notre association, c'est-à-dire que à la fois on aime la même musique mais on
n'a pas la même approche, et du coup on ne se marche pas sur les plates-bandes,
tout en étant dans le même domaine. Lui il est dans un truc bien précis, moi un
autre, et ça fonctionne assez bien comme ça, comme un binôme, et en même temps
chacun ses différences… Ca se ressent particulièrement en ce moment puisqu'il a
monté sa propre soirée, Dance Culture, qui n'a pas du tout la même musique que
Cheers, et il est plutôt content, justement, d'avoir les deux, pour pouvoir
vraiment s'exprimer avec ses soirées et s'amuser en faisant quelque chose de
différent avec Cheers …
Il n'a jamais été question
que tu participes à Dance Culture de façon régulière ?
Non, dès le début c'était
son truc, j'ai toujours respecté ça … Ca faisait tellement longtemps qu'on
bossait ensemble que c'était bien à un moment que chacun fasse un truc de son
côté, et quelque part je suis persuadé que ça nous a fait du bien à tous les
deux et à Cheers même ; je pense que par exemple le fait que Cheers remarche
plutôt bien en ce moment c'est lié à ça aussi. Greg a pu se détacher, faire son
propre truc, et du coup il y a moins de pression par rapport à quand on
travaille ensemble ! A la fin, à la Coupole, il y avait peut-être quelques
divergences et c'était un peu oppressant …
Musicalement tu te situes
plutôt vers des terrains moins afro, plus techno ou electro ?
Oui, et peut-être plus
club aussi ! Greg c'est une perception un peu plus précise et bien spécifique du
clubbing, qui est le clubbing à la Shelter, avec un côté un peu religieux,
mystique. Je respecte tout à fait ce qu'il fait, c'est une alternative à tout ce
qu'on peut connaître, mais je me reconnaissais un peu moins là dedans, et je
reste dans un clubbing un peu plus traditionnel. J'aime bien, quand même,
l'ambiance du club un peu excité, genre les bras en l'air, ça gueule, mais je
comprends qu'il cherche autre chose, par rapport à la musique un rapport plus
profond …
Je me suis souvent fait la
remarque que, avec d'un coté l'émergence de Dance Culture, et sa signature
musicale bien particulière, de l'autre tes soirées qui développent un son
éclectique, Cheers est peut-être devenu quelque peu obsolète … Est-ce que vous
avez l'impression d'évoluer dans vos soirées et de faire toujours la même chose
à Cheers, ou est-ce que même Cheers continue d'évoluer ?
Je ne développe pas grand
chose à coté, déjà ! Greg développe vraiment quelque chose avec Dance Culture,
il construit par rapport à un certain public, moi j'ai des soirées où je ne suis
que dj invité. Mais je continue à développer quelque chose par rapport à Cheers.
Justement je suis assez positif en ce moment par rapport à Cheers, je trouve
qu'on a trouvé à la fois un bon terrain d'entente entre nous, et aussi avec la
troisième personne qui travaille avec nous, Fabrice, et qu'en plus on a un
endroit qui est à mon avis le meilleur pour nous jusqu'à maintenant … Ca ne veut
pas dire qu'on restera toute notre vie au Djoon, mais par rapport à tous les
endroits où on a été c'est vraiment celui qui convient le mieux, niveau
capacité, cadre, sono …
Tu n’es pas sans savoir
que parmi les fidèles de la soirée beaucoup regrettent la Coupole comme le
paradis perdu… Tu penses sincèrement que le Djoon marque une étape de plus dans
votre progression ?
Ah carrément ! C'est moins
grand que la Coupole, mais de toute façon il nous fallait un endroit plus petit.
S'il y a des gens qui regrettent la Coupole c'est parce que il y a toujours des
gens qui regrettent le truc d'avant, tu ne peux rien faite contre ça … Le son du
Djoon est meilleur que celui de la Coupole, l'endroit est un peu mieux foutu, en
tous cas par rapport à ce qu'on veut faire, le seul problème c'est que c'est un
peu loin … Mais à part ça je me reconnais beaucoup plus dans le Djoon que dans
la Coupole, c'est un petit club sans prétentions mais dans lequel ce qu'on fait
est plus cohérent, finalement.
Quand tu vois le succès de
Dance Culture, ça ne te donne pas envie toi aussi de construire une résidence à
part entière ?
Non, et c'est une autre
divergence avec Greg : il a toujours voulu construire quelque chose
d'hebdomadaire, alors que moi, à un même endroit toutes les semaines je finis
par me lasser et j'ai besoin de faire d'autres choses, de voir d'autres publics,
de voir d'autres gens. Cheers va passer en bimensuelle à la rentrée, le
propriétaire du Djoon nous a proposé de devenir hebdomadaires, mais Fabrice et
moi avons refusé !
L'an dernier, vous fêtiez
vos dix ans. On est toujours sans nouvelles de la soirée anniversaire …
On n'a pas pu la faire.
Organiser une grosse soirée comme on voulait le faire, c'était difficile … On
s'est dit, si on fait une fête il faut que ça soit vraiment bien, et on est
partis sur un ou deux projets qui sont tombés à l'eau. On voulait un bel
endroit, une belle programmation, mais à Paris c'est extrêmement compliqué !
Quelles sont les
difficultés organisationnelles spécifiques à Paris selon toi ?
Trouver l'endroit déjà …
Il y a des endroits, mais à chaque fois il y a des contraintes et des obstacles
: soit des endroits qui sont totalement hors de prix, soit des endroits où tu ne
peux pas mettre de son, soit tu tombes sur des gangsters ! On était contents des
soirées au Jardin d'Acclimatation, mais malheureusement ils ont arrêté de faire
ce genre d'activités !
Et votre divorce avec FG,
pour continuer sur cette "annus horribilis" ?
Ca faisait dix ans qu'on y
travaillait, mais on avait perdu la motivation de toute façon, et Radio FG est
partie dans d'autres directions musicales, plus commerciales. Ils ont viré
beaucoup de dj, ou alors ils les ont mis à des heures hallucinantes, genre 1h du
matin en semaine … Ils n'ont pas reconduit notre contrat, mais on n'en a pas
vraiment souffert ; on n'avançait plus, et puis plus grand monde ne nous
écoutait. Ils nous ont proposé de nous mettre sur Internet, sur Underground FG …
Mais on a nous-mêmes notre site, pour mettre nos mixes, donc ce n'était pas très
intéressant.
Comment vois-tu l'avenir
de Cheers, de manière générale ?
Dans l'immédiat on va
reprendre les soirées à la rentrée en bimensuel, et je suis assez optimiste,
parce qu'on a énormément de nouveaux moyens de promo, notamment grâce au
propriétaire du Djoon qui est très motivé, qui aime beaucoup la soirée, et qui
donc a envie de lancer son club via Cheers entre autres … D'autre part on
travaille sur un projet de grosse soirée en novembre, qui se présente bien pour
le moment … On continue d'animer le forum de notre site avec des mixes, et puis
ce forum est toujours très actif même si ce n'est plus vraiment le forum de
Cheers … en tous cas par le nom oui, par le contenu un peu moins mais ça nous
laisse un support qui tourne bien, il y a toujours du monde !
Justement le fait d'être
une des seules soirées de ce type à bénéficier d'un noyau dur de fidèles très
motivés, est-ce uniquement une force, où y a-t-il aussi des inconvénients ?
L'inconvénient c'est que
l'on risque de tourner en rond avec toujours les mêmes gens, mais jusqu'à
maintenant on a eu de la chance parce que à la fois on a ce public de fidèles et
puis à la fois un public qui se renouvelle un peu quand même, parce que il y a
des nouvelles personnes qui viennent, des jeunes, qui remplacent les anciens qui
sortent moins ! On a eu des périodes difficiles mais on s'en tire plutôt bien …
Tes soirées extérieures
c'est aussi une façon à tes yeux de changer un peu d’air ?
Complètement ! C'est une
façon de toucher un autre public, de faire autre chose, parfois de me lâcher un
peu, de jouer une musique que je peux peut-être moins faire à Cheers,
effectivement comme tu disais un peu plus electro tout ça … J'ai joué dans des
afters récemment, j'aime bien parce que ça me permet de toucher d'autres gens,
et même si le vrai lieu d'expression pour moi reste Cheers, de très loin, c'est
toujours bien de faire autre chose …
Eu égard à votre longévité
et à votre succès, vous sentez-vous, Greg et toi, une certaine forme de
responsabilité vis-à-vis de la musique que vous jouez ? Vous voyez-vous, par
exemple, comme les représentants de la house soulful en France ?
On n'a pas forcément
quelque chose à défendre ! Parfois les gens projettent ça sur nous, mais même
Greg je ne crois pas qu'il ait l'impression de défendre quelque chose ! C'est un
rapport plus simple, c'est juste qu'on aime une musique, on a la joue en tant
que dj, avec des variantes et des évolutions, et puis on a besoin de gagner
notre vie aussi ! Après une responsabilité, plaire, faire que les gens
continuent à nous aimer, oui, et faire découvrir cette musique à certaines
personnes comme on a pu le faire, ça fait plaisir bien sûr, mais à la base c'est
un juste un métier aussi …Et pour gagner de l'argent il faut le faire le mieux
possible, donc …
Je pensais à des gens
comme DJ Deep qui, d'une certaine manière, semblent vouloir défendre une
musique, une intégrité …
Je ne me situe pas trop
dans cette esprit là, même si je respecte tout à fait ce que fait Cyril … Mais
je ne suis même pas sur qu'il ait ce point de vue lui-même, je me demande si ce
n'est pas une apparence un peu extérieure, quelque chose que l'on projette sur
lui, comme c'est quelqu'un d’apparence un peu froid, assez sérieux, ce qui est
tout à son honneur d'ailleurs ! Il a une passion, il la pratique, il va jusqu'au
bout … Par exemple Greg et moi nous ne passons pas notre temps à nous dire "il
faut à tout prix que cette musique devienne grand public" …Et puis nous sommes
un peu désillusionnés par rapport à ça, elle ne deviendra jamais grand public,
cette musique, à part de temps en temps un morceau, et c'est déjà pas mal ! On
aime ça, on n'a pas besoin de se situer forcément par rapport à une histoire de
la musique …
Justement puisque tu
parles d'histoire, à l'origine le garage est une musique qui a des racines
éminemment black et américaines, et la plupart des stars (en tous cas de la
première génération) sont black ou américaines ; tu penses qu'elles portent quel
regard sur vous ? Elles vous respectent, ou alors au contraire elles ne
s'intéressent pas à vous ?
Ca dépend des cas ! Tony
Humphries par exemple, il sait à peine qu'on existe, et de toute façon il s'est
détaché de tout ce qui pouvait être en rapport avec la France, en tous cas pour
ce qui est des soirées … il n'est jamais revenu en France depuis la Yes Party,
qui s'était mal passée pour lui. Mais Timmy Regisford, par exemple, je pense
qu'il voit Greg comme quelqu'un qui est plus jeune que lui, qui développe
quelque chose d'assez semblable à ce qu'il fait lui-même, dans un autre pays. Je
pense qu'il adore Greg parce que c'est quelqu'un qui partage la même passion et
qui développe la même chose, les mêmes idées, les mêmes goûts, mais qui le fait
dans un autre cadre, avec une autre culture …
Dans une interview Greg
remarquait que le garage, aujourd'hui, ne se limitait plus à une diva hurlant
sur quelques notes de piano. Comment vois-tu les évolutions possibles de cette
musique dans les années qui viennent ?
Je pense que ça continuera
à se développer en se mélangeant à d'autres influences, comme cela s'est passé
récemment … Ca s'est un peu détaché d'une musique trop formatée, effectivement
comme disait Greg, piano, diva … Il y aura toujours dans le futur des musiques
affiliées au garage, puisque si l’on simplifie c'est le versant soulful des
musiques électroniques, et ça plaira toujours ! De la soul musique, dans un sens
très large. Il y aura toujours des clubs spécialisés, et une certaine partie de
ceux-ci continuera de jouer une musique de ce genre, émotionnelle … puisque
soulful dans un sens large signifie aussi "émotionnel".
Tu ne crois pas qu'il y a
une sorte d'erreur à dire que le garage appartient aux musiques électroniques ?
On pourrait soutenir qu'il est plus proche du reste de la black music, et que
cela n'a pas grand sens de te mettre, par exemple, dans le même panier que Ivan
Smagghe !
Non, je pense que ça a un
sens, parce que ce sont toujours des musiques binaires, et en cela le garage est
plus proche des musiques électroniques que du jazz quand même ! C'est une musque
binaire, qui n'est pas jouée ou du moins qui est reconstruite par ordinateur
après coup, même si des musiciens interviennent. Et si le garage arrête d'être
une musique électronique ce n'est plus du garage, c'est autre chose ! N'en
déplaise à Ivan Smagghe, on est dans la même famille, plus qu'avec le jazz …
Mais je ne serais pas totalement en accord avec Greg là-dessus.
Parlons de ton actualité à
la rentrée, à commencer par les soirées …
Les soirées Soulful
Session, a priori, c'est terminé. Les soirées Cheers reprennent, comme je te
l'ai déjà dit, et puis à part ça je vais continuer à travailler pour Filipe,
l'organisateur des soirées Delahouse, mais je ne sais pas encore ce qu'il va
faire. Vraisemblablement les Delahouse au WAGG c'est fini mais il a beaucoup
d’autres projets. Et d'autre part je me suis aussi connecté avec Laetitia qui
organise des afters avec Sam Karlson entre autres, je pense que je vais
continuer à travailler pour eux à la rentrée.
Et côté production ? Où en
est ton album ?
Tout d'abord la sortie
d'un premier extrait, qui en principe sera le morceau avec Blaze, avec notre
version originale et un remix par Greg, plus dans l'esprit Dance Culture (il
s'appellera justement Dance Culture mix), ainsi que d'autres remixes. Ce sera
sur le label Kif avec qui, a priori, on fera l'album aussi. Il y aura donc ce
premier maxi, avec dans la foulée un deuxième puis un troisième, à un mois
d'intervalle j'espère. Et puis entre temps on terminera l'album. Ca va être
garage, avec un petit côté pop qu'on a toujours eu, qui se ressent dans la
structure des chansons. Pour l'instant on a un peu trop de chansons, donc il va
falloir qu'on rajoute des instrumentaux ! On a travaillé avec une chanteuse qui
s'appelle Paris Gilbert, on a terminé un titré avec Paula Ralph, avec qui on a
déjà travaillé, il y a le titre avec Josh Milan, un autre avec un chanteur
américain qui s'appelle Rashaan Houston (qui est du Colorado…), un autre encore
avec une chanteuse camerounaise qui s'appelle Ange (une des choristes de
Cerrone). L'ensemble reste assez proche de ce que l'on a fait jusqu'à présent,
mais en plus élaboré, avec notamment plus de maîtrise au niveau du son …
Comment s'est passée la
collaboration avec Blaze ?
Quand on les a fait venir
il y a deux ans pour la Cheers «
Garden Of Love » au Jardin d’Acclimatation, je
leur ai passé un instrumental qu'on avait fait, ils ont trouvé ça bien, ils
l'ont ramené aux Etats-Unis et six mois après ils nous ont envoyé une chanson
qu'ils avaient écrite et que Josh Milan a chanté. On fera peut-être quelque
chose, une soirée pour la sortie de ce maxi … même si on ne peut pas les faire
venir !
Grâce à l'intérêt que
suscite la musique électronique française depuis quelques années, plusieurs
producteurs house/garage français ont pu signer sur des gros labels, par exemple
Franck Roger sur Kenlou ou, de façon plus significative, Grégory et Martin
Solveig sur Defected … Vous n'avez pas essayé, Lionel et toi, de vous diriger
vers ce genre de label pour sortir votre album ?
J'ai un peu essayé de les
approcher, mais j'ai toujours pensé que je n'avais pas encore de morceau
suffisamment porteur pour un label comme Defected, même si ça peut changer une
fois qu'on aura terminé tous les morceaux …
De même, n'avez-vous
jamais songé à aller voir du côté des labels de jazz, ou des divisions jazz des
majors ? Cela peut paraître étrange aujourd'hui mais en 1988 l'album de Joe
Smooth était sorti en France sur Dreyfus Jazz …
Oui, un label comme Blue
Note … mais regarde les Next Evidence, ça n'a pas vraiment marché, même si avant
il y avait le succès de Saint Germain! En ce moment, j'ai tendance à penser que
Kif est un label idéal pour nous, qui vend bien, avec son petit réseau.
Maintenant la situation fait que tu dois démarrer dans ton univers, faire les
choses le mieux possible mais toujours dans ton univers quitte à ce que ça se
développe après ! Et les majors je ne t'en parle même pas …
Tu sors aussi un remix de
Sébastien Tellier "La ritournelle" … A priori c'est un artiste plutôt éloigné de
votre univers musical !
Pas tant que ça en fin de
compte ! On est un peu de la même génération, et c'est sur un label que je
connais depuis longtemps, Recordmakers. Ce remix est un projet personnel dont je
suis assez content : j'adorais ce morceau, et je me suis dit que ça serait bien
d'en faire une version club, que ça sonnerait sûrement très bien à Cheers par
exemple ! Donc j'ai contacté le label pour savoir si ça les intéressait qu'on
essaie, et ça tombait bien parce qu'ils voulaient faire des remixes justement…
et notre remix leur a plu. Il y aura donc deux maxis qui vont sortir
simultanément en septembre, un maxi avec des remixes produits par des Anglais,
dans tous les styles, un peu electro, avec aussi un re-edit radio à la Massive
Attack. Pour les Français un deuxième maxi avec des remixes par les artistes du
label, un carrément pop par Hypnolove, un autre par Turzi qui ressemble à un
morceau de Cure, et puis le nôtre, qui est le seul remix house pour le moment.
On est restés très fidèles au morceau, mais en y insufflant notre personnalité
(enfin, il me semble) … je suis assez content du résultat ! Au début j'étais
assez réticent à l’idée de faire des remixes, et puis finalement ça m'a vraiment
plu… donc si une autre occasion se présente je suis preneur !
Pour finir quelques
petites questions plus personnelles … Tes héros dans la musique, ou plus
généralement en art ?
En ce moment je suis à
fond dans la musique brésilienne, Caetano Veloso, Seu Jorge aussi, un artiste
découvert par le biais de la France, souvent en concert à Paris. En house Tony
Humphries bien sûr ! Après je me passionne pour le cinéma, en particulier le
cinéma italien des années 50-60. D'ailleurs j'aimerais bien travailler dans le
cinéma, écriture, mise en scène, comme ma sœur qui travaille vraiment dans ce
domaine …
Les artistes avec qui tu
rêves de travailler ?
Un de mes rêves était de
travailler avec Blaze, donc je peux dire que je l'ai réalisé ! J'aimerais bien
faire quelque chose avec Humphries aussi, d'une manière ou d'une autre, j'aurais
bien aimé sortir un disque sur Yellorange à la grande époque, ou le faire venir
à Paris …
Ton meilleur et ton pire
souvenir relativement à la musique ?
Le meilleur je pense que
c'est quand j'ai fêté mes 30 ans à Cheers, parce que c'était à la fois une bonne
période de Cheers, et une soirée magnifique avec des surprises que Greg avec
organisées pour moi. Le pire souvenir ? D'abominables soirées en Province, dans
des endroits où je n'avais absolument rien à faire, hyper glauques ou même
parfois un peu coupe-gorge ! Mais tout dj a vécu ça au début de sa carrière…
SVEN LOVE & CATALAN FC FEAT.
BLAZE All About Love (Kif)
SEBASTIEN
TELLIER La Ritournelle (Catalan FC + Sven Löve remix) (Recordmakers)
Plus d'infos
:
Cheersparis.com
Playlist summer 05:
1
Fantasia - Free
Yourself (Harness & Spencer)
2 Sebastien
Tellier – La Ritournelle (Catalan FC + Sven Löve Remix) Recordmakers
3
The Backroom Bandits – One Day
4
Quentin Harris -
Let's Be Young (The Horn's Track)
5
Tabianamoto -
Forever And A Day (George Mena & Franke Estevez Mix)
6
Behind The Groove feat. Carla Prather - Whatcha Gonna Do About It (David Harness
& Charles Spencer Mix)
7
Catalan FC + Sven Löve feat Blaze – All About Love
8
Tier-Ra-Nichi -
Release (Nitegrooves)
9
Real Tune Cuts Vol.
1 - Someday (Franck Roger Remix)
10
KB - Feelin U