On l’a situé dans la mouvance de ce courant électro kraut incarné par les Kraftwerk, Can et autres Supermax. On l’a cru Munichois. On pouvait même penser qu’avec un tel nom, il avait quelque origine germanique… Eh bien, on a eu tout faux sur toute la ligne !!! Seul fait incontestable, le rôle proéminent qui a été le sien dans la genèse du ce son disco apparu dans la seconde moitié des années 70, mais c’est loin d’être tout. Suivez le guide ! texte : MFSB
Wie geht’s mein Herr ? (Comment allez vous Mylord ?)
Sehr gut, danke ! Très bien, merci !
So you now live in L.A.
Exactement…
T’est-il arrivé d’y rencontrer Cerrone ?
Pas le moins du monde. Je pensais qu’il vivait à Paris.J’ai en revanche eu l’occasion de parler avec le regretté Jacques Morali. (le co-producteur entre autres de Village People, Ritchie Family et Patrick Juvet) il y a un peu plus de 10 ans…
Tu es connu pour avoir été les des producteurs emblématiques du disco. Quel a été ton parcours ?
J’ai beaucoup tourné en Europe en tant que musicien de l’âge de 20/21 ans à 28 ans, puis j’ai décidé de déposer mes valises pour un temps à Berlin ; ne me demande pas pourquoi. Je me suis ensuite installé à Munich ; ce qui m’a rapproché sensiblement de mon Italie natale, où mes activités ont commencé à prendre corps avec cette rencontre notamment avec Donna Summer.
Plutôt surprenant à l’époque de voir une chanteuse américaine débarquer à Munich pour y enregistrer les succès que l’on sait…
Donna avait été bookée en tant que choriste par une société de production allemande, dans le cadre de la tournée locale de la comédie musicale Hair. Et lorsque la boîte a cessé ses
activités, Donna, tout comme un certain nombre d’Américains d’ailleurs, s’est retrouvé sur le carreau, coincée en Europe. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés à Munich.
Et comment tu t »es retrouvé au sein du Munich Machine avec Pete Bellotte…
Cela s’est passé un peu plus tard. Et il y avait aussi Keith Forsey quui allait produire Billy Idol quelques années plus tard…
Il s’est dit que la première mouture de ‘Love To Love You Baby’ était plus courte que la version qui est sortie par la suite…
Correct. Nous sommes partis d’une version traditionnelle de 4 minutes. Puis Neil Bogart, le patron de Casablanca Records m’a appelé pour me demander mon avis à l’idée d’en faire une version de 15 à 18 minutes. Nous l’avons enregistrée en deux mois et je dois dire que cela a été comme une seconde naissance pour cette chanson.
Dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est des plus suggestive !
C’est clair, même si ce n’était qu’un truc pour le fun au début. Cela faisait quelque temps que j’avais envie de faire un morceau X. J’en ai parlé à Donna qui est venue avec le refrain. Puis nous avons profité de la disponibilité du studio pour enregistrer. . J’ai ensuite présenté le morceau à un certain nombre de personnes au MIDEM et leur réaction a été incroyable. J’ai été complètement surpris car je pensais que personne n’apprécierait. Mais cela a été un hit instantané et c’est comme ça que tout est parti.
Cela n’a pas été ton seul titre à connotation sexe. Je pense notamment à ‘Ooh l’amour’ et ‘Knights In White Satin’ qui fut par ailleurs le titre de ton premier album en tant qu’arytiste…
J’ai rencontré quelques difficultés avec cet LP. D’abord parce que je n’ai jamais été un grand chanteur et que j’ai essayé de faire au mieux. Ensuite parce que l’orthographe du titre de mon album a été modifiée par Neil sans qie je n’en saisisse la signification sur le moment. Je ne savais pas que c’était la communauté gay qui était visée. Ce n’est que plus tard, lorsqu’on m’a donné la traduction du mot – Knights signifiant valets – que j’ai compris l’allusion !
Comment en es-tu arrivé à t’éclipser après un tel succès ?
Le disco a fini par disparaître et Donna a signé sur un autre label. De plus, ellme est resté pendant quelque temps dans l’incapacité de travailler et j’ai moi-même connu des problèmes avec le label durant la même période.
Il a été dit que Casablanca a frisé la faillite à cause de coûts de production trop élevés dans le disco…
En fait cela s’est produit avant nous et l’on devrait plutôt dire que c’est le disco qui a sauvé le label. Ils avaient dépensé trop d’argent en surestimant le potentiel de ventes de certains de leurs artistes. Je pense plus particulièrement à Kiss dont les membres ont quasiment tous sorti un album solo en même temps. Ils ont eu des wagons de retours de disques et c’est ainsi que Neil a cédé 50% des parts de sa société à Polygram. Nous avons perdu contact peu après la signature de Donna sur Geffen Records. J’ai appris plus tard que Neil a vendu le reste de ses parts avant de mourir quelques mois après.
Il a été également dit que le disco était une musique de gays blancs……
Je puis comprendre que le disco ait séduit la communauté gay à en juger notamment par l’impact qu’il a eu dans des endroits comme le Studio 54 par exemple. Mais pour moi, le disco a été bien plus que cela en ce qu’il a fait danser toute l’Europe. Et je crois pouvoir dire que s’il y a eu collusion entre le disco et les gays, c’est essentiellement aux Etats-Unis que le phénomène s’est produit. Je ne saurais donner une évaluation précise quant au volume de la population gay dans le monde, mais pour moi, il est clair que quand tu vends plus de 15 millions d’albums, cela va bien au-delà de cette seule communauté !
Le regretté Barry White évoquait la nécessité de l’existence d’un formule, indispensable à un succès durable.…
Ce qui est évident s’agissant d’un chanteur ne l’est pas pour un compositeur…
Il l’était aussi…
Oui, mais de ses propres morceaux. Ce que j’ai fait avec Donna n’aurait pas pu marcher avec Sigue Sigue Spoutnik par exemple, ou encore Janet Jackson et Blondie avec qui j’ai également travaillé…
Quelque lien de parenté entre la musique de Kraftwerk’s music et ce son si particulier qui fut le vôtre à l’époque du disco ?
Aucunement. Quand bien même j’apprécie ce qu’ils ont fait, tout comme. Klaus Schulze et Tangerine Dream un peu plus tard. En fait, je n’ai fait qu’avoir un ami dont il s’avère qu’il était à l’époque parmi les rares à avoir un Moog. J’ai immédiatement craqué sur le son de cette machine et c’est de là que tout est parti…
Cela dit, tu sais ce que c’est. On a vu à l’époque ce qui apparaissait tel un son originaire de Munich, pas si éloigné des travaux de Kraftwerk, produit par un homme au nom de consonnance allemande…
Ce n’est que pure coincidence. Comme mon arrivée à Munich après m’être vu offert l’opportunité de produire pour un label. Je suis arrivé ici, mais j’aurais de loin préféré être envoyé à Londres…
Originaire du Sud Tyrol qui appartenait à l’Autriche avant d’être cédé à l’Italie à l’issue de la Première Guerre Mondiale, il semble naturel de penser que tu as des racines germaniques…
Quand j’étais gamin, je n’écoutais pas de musique allemande, mais anglaise, à l’exception de Beethoven et Mozart. D’ailleurs, je ne compte guère de plus plus de cinq chansons en allemand dans mon répertoire pour un peu plus en italien.
Il y a aussi ton nom patronymique qui ne sonne pas non plus particulièrement latin.
Exact, mais c’est encore une sorte de fausse piste ! A Val Gardena, région d’où je viens, nous parlons le rétho romand qui est un dialecté également usité en Suisse et plus particulièrement à St-Morritz. C’est la langue que nous parlions à la maison. J’allais dans une école italienne, mais j’ai aussi appris l’allemand qui est la langue parlée dans cette région de l’Italie. Tant et si bien que je fais partie d’une minorité elle-même à l’intérieur d’une autre ! Beaucoup de gens ont pensé que j’étais allemand mais que puis-je y faire si ce n’est dire que je ne le suis pas ?
Tu as fait bien d’autres choses en dehors du disco…
C’est vrai, comme ces nombreuses B.O.’s que j’ai produites pour le cinéma. J’ai même récolté trois Oscars. Parmi les B.O.’s que j’ai conçues, celles de Midnight Express, Scarface, American Gigolo et Flashdance qui occupe la seconde place des ventes après Saturday Night Fever…
Avais-tu l’opportunité de voir le film avant de te mettre au travail ?
On me donnait un synopsis, puis j’avais généralement la possibilité de voir le film fini 80%.
On n’a plus beaucoup entendu parler de toi depuis..
J’ai pris quelque distance au début des années 90 Puis j’ai commencé à m’intéresser à l’art informatique.J’ai produit divers concepts dans ce sens pour Elton John et Olivia Newton-John, puis j’ai commencé à travailler sur un projet de beaucoup plus grande envergure pour Michael Jackson, lequel n’a jamais vu le jour.
As-tu la moindre idée du nombre d’albums que tu as vendus à ce jour ?
Pas du tout ! Tout ce que je sais, c’est que je dois avoir 250 à 300 morceaux publiés sur divers albums aux Etats-Unis ; ce qui doit représenter une cinquantaine de pages sur mon site…
Est-ce finalement plus facile de travailler aujourd’hui, fort de l’évolution technologique de ces 30 dernières années ?
C’est beaucoup plus compliqué. Il y a 25 ans, quand je travaillais avec Donna, j’avais mes musiciens, nous avions notre son et nous n’avions qu’à nous rendre en studio pour enregistrer. Nous pouvions faire deux ou trois morceaux en un jour, boucler un album en trois semaines, alors que c’est aujourd’hui le temps qu’il faut pour réliser un morceau ! Je suis principalement intéressé par les nouvelles techniques d’enregistrements comme ce Protools 64 pistes. Cela étant, si l’évolution technologique est indéniable, l’utilisation des machines est de loin plus complexe.
Extraits d’une interview publiée en 2001