C’est bien connu : chacun voit midi à sa porte, dit le proverbe. Encore faut-il qu’elle soit ouverte, aurais-je envie de préciser… C’est là où réside tout le problème de la connaissance et de sa transmission, dans un monde où, si l’image n’a jamais été aussi présente, les conditions de sa diffusion sont telles qu’elles conduisent bien souvent à un brouillage des pistes, quand ce n’est pas à une saturation pure et simple. C’est dire si, dans cet environnement d’incitation à une consommation de masse, il peut sembler difficile à beaucoup de faire la distinction entre supposée information et propagande à part entière, avec tout ce que cela suggère en matière d’attentes et, par conséquent, d’adaptation de l’offre…
Plus besoin d’avoir du talent, dès lors que l’on a les finances et que l’on est bien entouré, m’a dit un jour Kevin Hedge de Blaze au cours de l’un de nos nombreux entretiens. Et le fait est : combien de personnages se sont-ils vus ainsi placés en haut de l’affiche quand, il y a encore peu, personne n’en aurait voulu. Mais n’est pas là, ainsi que le soulignait Romain Pigenel il y a peu dans cette même rubrique, l’effet pervers de la démocratisation à l’extrême de nos sociétés, amenant l’avis du premier néophyte venu a être aujourd’hui pris avec autant de considération que celui du réputé spécialiste ? Un processus qui n’a eu de cesse de se développer depuis la chute de la royauté française au nom de principes fondateurs de ladite République qui, faut-il le rappeler, ne visaient pas tant à ce nivellement par le bas tel que pratiqué depuis, mais à une incitation à la recherche de l’élévation de soi sur la base de principes vertueux, tels qu’exposés à l’époque par Montesquieu dans ses nombreux écrits ; nous en sommes bien loin… Pour autant, comment décemment reprocher à son prochain la moindre absence de connaissances à propos de tel ou tel sujet dans cet environnement auquel, faut-il le rappeler, nous avons tous contribué tacitement en autorisant les règles de son fonctionnement actuel ?
L’organisation de nos modes de vie est aujourd’hui telle que nous n’avons tout simplement plus le temps – à moins que nous ne voulions pas/plus le prendre – d’analyser les choses en profondeur ; ce qu n’empêche pas nombre d’entre nous d’avoir un avis sur quasiment tout et, à l’occasion, de le voir pris – exploité – à titre d’exemple dans les émissions de télé réalité, les lignes ouvertes ou encore les forums. Dès lors, il n’y a plus aux habiles publicitaires qu’à s’engouffrer dans ce vide de connaissances tangibles pour aller jusque à faire passer n’importe qui/quoi pour l’exception et susciter ainsi les besoins, quand ce qui est supposé résulter de l’information intrinsèque voit son traitement réduit à une peau de chagrin !!!
La publicité est-elle un art, s’interrogeait une spécialiste dans un reportage diffusé il y a peu sur TV5 ? Question à laquelle elle répondait par la négative, arguant du fait qu’elle était conçue au motif de seules intentions marchandes. Question d’ailleurs que l’on pourrait tout autant se poser s’agissant du traitement de l’info dont on peut légitimement penser qu’il relève plus d’une recherche d’audience que d’une envie de transmettre des connaissances. C’est dire la place qui peut être réservée à l’artistique – l’intention qui peut lui être portée - dans tout cela !
Chacun voit midi à sa porte et, dans de telles circonstances, l’on ne sera guère étonné des niveaux affichés, tant en matière d’offre que de réputée demande et ce, dans un champ qui, paradoxalement n’a cessé de se restreindre alors que les supports media n’ont jamais été aussi nombreux.
La faute en l’espèce au fameux formatage, conséquence de l’application de ces mêmes techniques venues de la publicité. Ce n’est, dès lors, plus tant la nature du… produit qui intéresse au premier chef, mais sa capacité supposée de se voire vendu au plus grand nombre et dans les plus brefs délais, jusque à l’arrivée du suivant, et ainsi de suite ; principe fondateur de ce qui n’est ni plus ni moins que la société de consommation telle que nous la vivons au quotidien. Et la qualité de l’art (celui qui est médiatisé) d’en découler intrinsèquement.
Efficacité, facilité, instantanéité sont assurément les mots les plus employés par les décisionnaires, mais sur la base de quoi ces notions ont-elles foi dans leurs esprits ? La réponse dans ce que le système (éditeurs, producteurs, grande distribution) mettent en avant avec la complicité des supports dits généralistes avec, pour conséquence directe, le triomphe de la médiocrité. Mais comment s’en rendre compte quand on est persuadé, comme beaucoup d’ailleurs, qu’il n’existe rien d’autre que ce qui est ainsi proposé ? C’est là toute l’étendue de la difficulté à laquelle ont eu à faire face tous ceux qui, par le passé, ont tenté de proposer une alternative. Beaucoup de ces derniers ont fini d’ailleurs par en revenir, quand ils ont pu, faute de moyens humains et financiers nécessaires, ajoutant par la même un peu plus à la mainmise des grands pôles financiers sur notre environnement… et ainsi de suite !
Certains diront que c’est là faire un tableau bien noir de notre société et pourtant, à y regarder d’un peu plus près, quelles sont les possibilités de succès laissées à ceux qui croient en une vie autrement ? A ceux qui se présentent autrement que des gogos à qui on est occupé à demander/servir du n’importe quoi ?
Les raisons d’une telle situation trouvent leur explication dans l’absence, pour les domaines qui nous intéressent plus particulièrement ici, de prescripteurs dignes de ce nom quand c’était le cas, il y a 30 ans sur des stations comme Europe1 et RTL avec François Diwo et Bernard Schuh, voire plus tard Fréquence Nord, puis Radio 7 et La Voix du Lézard. Pour le moins paradoxal là aussi, considérant que le spectre que nous couvrons englobe plus de trois décennies d’histoire avec des noms qui, de Stevie Wonder à Louie Vega, en passant par Chic, Giorgio Moroder, Barry White, Roy Ayers, George Benson et bien d’autres encore ont largement prouvé combien ils avaient la possibilité de réunir des publics de tous âges. Et de manière bien plus conviviale que ce qui nous est proposé aujourd’hui.
Soyez assurés, pour ce qui nous concerne, que nous ferons tout notre possible pour rappeler un maximum de public au bon souvenir de ces gens pour qui l’art est autre chose que ces ersatz que l’on nous ressasse depuis bien trop longtemps à longueur de journée... MFSB