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Home > News Monday 08th of September 2008 08:28:20 AM


Interviews: CULTE [*PAR DEFINITION] & OTRA OTRA : ALL IN THE SAME FAMILY
Posted on Sunday, September 25 @ 10:49:43 CEST by romain

Interviews

La résidence dominicale Dance Culture de Greg Gauthier, dont nous vous parlions la semaine dernière, n’est pas la seule tentative de sortir la nuit parisienne de sa torpeur. Issue du clubbing gay, une équipe de passionnés, regroupée autour du célèbre journaliste et activiste Didier Lestrade et du clubber vétéran Robert Renaud, organise depuis quelques années des soirées house conviviales et exigeantes, que ce soit les KABP, les Otra Otra ou, désormais, le tea dance quadriannuel Culte (*Par Définition), dont la deuxième édition a lieu ce dimanche dans la très belle salle de spectacles qu’est la Cigale. D’où une petite discussion avec Robert Renaud, entouré de Jean-Albert (à gauche) et de Jean-François (à droite), deux autres membres de l’équipe d’organisation…



Commençons par faire les présentations…

Robert Renaud – Je suis l’organisateur des soirées Culte avec Didier Lestrade, auparavant on avait fait KABP à la Boule Noire, après on a fait Otra Otra, qui continue toujours, la prochaine est le 8 octobre, et maintenant Culte à la Cigale.

Tu es parisien de souche ? J’imagine que tu dois avoir un vécu important dans la scène locale…

Robert Renaud – Ah oui Parisien de souche, et j’ai connu pas mal de choses… J’ai commencé le clubbing à 16 ans, rue Saint Anne, le Palace, le Sept, le Pim’s, les Bains, le Rose Bonbon, le Boy, tous les classiques… j’ai une culture clubbing pas négligeable. Et puis à un moment donné on s’amuse autrement, et il faut passer à l’action, ça a commencé a peu près en 1999-2000 ; avec Didier on sortait encore un peu, mais on ne trouvait pas vraiment grand-chose de fort, et donc on s’est dit on va faire nos soirées… Et on a commencé à faire KABP en 2000.

Qu’est-ce que vous ne trouviez plus dans la nuit d’alors ?

Robert Renaud – La musique, déjà, on pensait qu’il fallait faire quelque chose pour rétablir… c’est prétentieux, mais en tous cas ce qui nous faisait plaisir musicalement ! Et puis il y avait cette possibilité d’aller à la Boule Noire, par connaissance, cette possibilité d’avoir cette salle, que je trouvais adorable… A l’origine c’est une petite salle de concert, et on a été les premiers à faire du clubbing dans cette salle. De même que l’on est les premiers à faire du clubbing à la Cigale, c’est très important, c’est la première fois que la Cigale s’ouvre au clubbing ! Et donc ça a très vite pris, et les gens adoraient le lieu, la musique, KABP a marqué quelque chose dans les esprits…

S’agissait-il d’une soirée communautaire ?

Robert Renaud – Non, c’était ouvert, à l’origine c’était une soirée gay, faite par les gays, mais ouverte, sans exclusion…

Jean-François – Paradoxalement très ouvert et avec un esprit très familial, une ambiance très conviviale, même si on ne connaît pas un quart des gens, une situation de proximité très agréable… moi en tant que client, clubber, j’ai adoré immédiatement… On travaille ensemble aujourd’hui mais je ne suis pas du tout dans l’équipe de base, même si j’ai toujours été un fervent pratiquant… Parce que effectivement la musique était vraiment différente, et en même temps c’était chaleureux, quelque chose de très simple et de très qualitatif à la fois. Voilà, en deux mots, simple et qualitatif.

Comment décririez-vous la couleur musicale de vos soirées ?

Robert Renaud – House, déjà c’est une base, après ça se décline … Ce que j’aime dans les soirées, c’est découvrir, et on a toujours eu des dj qui nous ont fait avancer musicalement, on a toujours recherché, ça, mais en même temps dans une soirée ce que j’aime, c’est de pouvoir compter le nombre de classiques qui est passé ! Ca me fait toujours plaisir de savoir qu’il y a eu quatre beaux classiques que tout le monde connaît et qui font du bien à tout le monde… Mais maintenant on progresse, sur Otra on va faire des mini live en début de soirée et inviter des groupes comme Captain Comatose ou les Glimmers…

Parlons donc des dj avec qui vous travaillez. Le premier a été, pour KABP…

Robert Renaud – C’était Patrick Vidal, et là pour Otra c’est Nick V, et à Culte, c’est Mandel Turner, et moi ce que j’avais envie, pour Culte, c’était de remettre un nom de deejay à une soirée. Aujourd’hui, toutes les soirées se font avec des dj qui se succèdent dans la nuit, ils défilent chacun leur tour, voilà. Et il n’y avait plus tellement d’endroits où aller pour entendre quelqu’un. De bout en bout. Je trouvais que c’était bien de remettre ça à l’ordre du jour… alors il faut trouver le bon, on l’a trouvé, c’est Mandel !

Mandel Turner a une identité très marquée, new-yorkaise, garage…

Robert Renaud – Non, house, plutôt house, et après justement ce que j’aime chez lui c’est qu’il peut partir dans tous les sens, il peut démarrer avec du hip hop et finir avec tout à fait autre chose. Il a fini la dernière fois avec Jim Morrison, il a fini par du blanc… noir tout le temps, et il a fini par du blanc. Nick V a une culture plus anglaise, il a habité longtemps à Manchester, un son plus rock donc, il va même chercher de la drum’n’bass, de temps en temps il part sur des choses comme ça.

Au fond, pourquoi organiser Culte en plus de Otra Otra ?

Robert Renaud – Moi c’est d’abord la salle qui me motive, je rêvais de la Cigale… Ca fait quatre temps qu’on tourne autour en allant à la Boule, et puis un jour je me suis décidé et j’ai demandé, en sachant qu’on ne pouvait pas faire de soirée… Ils n’ont pas l’autorisation, donc il faut se contenter du tea dance.

Jean-François - Moi je trouve en plus que ça tombe bien, j’aimais bien il y a quelques années les tea dance, c’était franchement meilleur, à tous points de vue… Aujourd’hui je ne sais pas ce qui est le pire, la musique ou les gens, ou le tout, mais en tous cas ça ne me plait pas, je ne me sens pas bien à ma place dans ces endroits. Je ne les connais pas tous, mais ce que je connais je les trouve vraiment nazes. Et ça manquait, donc ça tombe super bien, je trouve…

Pourquoi ne pas en faire un rendez-vous plus régulier, alors ?

Robert Renaud – La Cigale est une salle de spectacles, il faut se caler avec ça, dès fois il arrive que la Cigale soit prise pendant deux mois…

Jean-François - Et puis je pense que en fréquent c’est un peu épuisant ; je parle en tant qu’extérieur encore une fois, mais j’aime assez que ce soit un rendez-vous à une date précise que l’on peut noter. Il y a aussi ce côté précieux dans la rareté, quelque chose d’hebdomadaire, au bout d’un moment, ça me soule, j’y vais trois, quatre fois, et puis après j’arrête parce que c’est toujours la même chose. Le fait que ce soit un peu rare fait que moi qui part à la campagne tous les week-end, là je reste, je reste pour ça, et je trouve que c’est vraiment agréable…

Cette rareté n’est-elle pas, au demeurant, quelque peu contradictoire avec l’idée de convivialité ? Est-ce suffisant d’organiser une soirée quatre fois par an pour créer une ambiance ?

Jean-François - Je pense que c’est largement suffisant… Effectivement quatre fois par an ça peut paraître pas très régulier, mais après il y a toute la préparation, et comme il n’est pas question d’avoir toujours la même soirée, comme ça évolue perpétuellement, il faut laisser le temps d’évoluer, il y a un truc en maturation, enfin moi je le sens comme ça…

Robert Renaud - Mandel reste résident, mais, on en a beaucoup parlé de ça, pour l’instant il veut être le résident de bout en bout, pour démarrer Culte, mais il m’a dit, qu’en fin d’année il inviterait peut-être des amis de New York, surprise, comme ça, un cadeau, quoi… Et il a des amis qui peuvent sûrement faire quelque chose de bien !

Jean-François - La Otra Otra et la KABP, depuis la première, là aussi il y a des fréquences assez espacées, et je trouve que le rendez-vous en est d’autant plus fort, je pense que ça y fait pour quelque chose.

Vous avez décidé de vous caler sur le rythme des semaines de défilés de mode… avez-vous en tête des partenariats dans ce domaine ?

Jean-François - On vient juste de démarrer, mais le jeu est quand même aussi de pouvoir rentrer dans un fonctionnement international, je dis ça sans prétention… Le seul intérêt que peut apporter le calendrier des collections, c’est que c’est le seul moment à Paris où on a le monde entier, toute la presse, et je trouve ça assez précieux, parce que ça n’arrive pas souvent… J’aimerais bien que ça fonctionne et que pendant les collections on ait aussi des Anglais, des Américains, des Italiens, des Espagnols, des Chinois, whatever… C’est le seul cas qui peut offrir ça, et qui peut aussi rentrer dans des partenariats intéressants ! On veut communiquer et développer, ça prendra le temps que ça prend, mais l’idée c’est aussi de se caler sur ce qui bouge…

Ce choix de la Cigale pour Culte évoque irrésistiblement le Palace…

Robert Renaud – Je ne veux pas rentrer là dedans, parce que non ce n’est pas le Palace, c’est la Cigale, ceux qui ont connu le Palace, ça leur viendra évidemment à l’esprit, mais les autres… Il ne faut pas chercher quelque chose qui n’existe plus !

Je pensais à une même volonté de dépayser le clubbing en le faisant passer dans des endroits insolites !

Robert Renaud – Et d’ailleurs ça s’y prête bien la Cigale, ça fait un beau club, un très beau club, très classe, très spacieux, on peut circuler… La première Culte a été vraiment une réussite, tous les gens de Corrida (la maison de production de la Cigale) sont venus pour voir puisque évidemment ils ne connaissaient pas, et ils n’ont pas été déçus !

Justement, les propriétaires de la Cigale ont-ils été difficiles à convaincre ?

Robert Renaud – Non, parce qu’on a cette expérience de KABP et d’Otra qui ont toujours bien fonctionné, on n’a jamais eu de problème, ça a toujours été des bonnes soirées, financièrement ça a toujours été très correct.

Avez-vous une quelconque pression financière de leur part ?

Robert Renaud – Non, aucune. C’est le plaisir de produire quelque chose, si ça ne marche pas ça ne marche pas, si marche tant mieux pour eux, tant mieux pour nous, tant mieux pour tout le monde… Pas de restriction, pas de contrainte. Ce sont eux qui produisent entièrement.

Quel bilan tirez-vous de cette première édition, en juin dernier ?

Robert Renaud – Je pense que ceux qui sont venus à la première n’ont pas oublié et vont en parler, pour moi c’est évident. Ils viendront à la deuxième, et avec leurs amis. Ca se sent, ça ne s’explique pas vraiment, tu sens que les gens étaient bien, qu’ils se sont amusés, qu’ils ont trouvé l’endroit idéal, voilà… Donc forcément ça donne envie de revenir !

Jean-François - En tous cas pour nous qui intervenons sur la seconde, et suite aux relances, à l’envoi d’informations et tout ça, on a des retours de gens qui ont adoré et qui veulent revenir, des gens qui ne sont pas venus, qui découvrent et qui sont curieux ; ou qui adorent M,andel Turner ou qui trouvent intéressant que ce soit un tea dance et que ce soit à la Cigale … et qu’il y ait effectivement tout le background ; faire un tea dance, ça ne veut pas dire grand-chose en soi, mais le fait d’avoir derrière KABP et Otra…

Justement, quelle est l’offre actuelle de tea dance sur Paris ?

Robert Renaud – Il y en a quelques uns, plutôt gays, et je trouve que c’est bien de mettre un créneau ouvert, parce que à Londres c’est souvent comme ça, tu peux sortir dans l’après-midi, il y a des choses qui ferment, d’autres qui prennent le relais, et à Paris ce n’est pas vraiment ça, dans les esprits ou dans les mœurs, et je trouve que ça serait bien de développer quelque chose de ce genre à Paris, où on pourrait sortir à 17H du soir, s’arrêter à 23H, d’autres continuer, et puis voilà…

On dit souvent que la nuit parisienne est en retard sur les autres capitales nocturnes…

Robert Renaud – Je trouve que ça s’est un peu éteint à Paris. L’intensité des fêtes, l’esprit de la fête aussi, surtout.

Jean-François – Au niveau de la fréquence et de la qualité, aussi. Il y a quand même une époque où il y avait pléthore de bonnes fêtes, j’en ai un souvenir ému, d’un temps où il y avait une bonne soirées presque chaque soir, alors que les trucs assez qualitatifs pour sortir aujourd’hui, franchement, ça relève de l’exploit !

Que (ou qui) faut-il incriminer selon vous ?

Robert Renaud – Déjà, il n’y a pas de lieu à Paris ! Pas de lieu nouveau, il n’y a pas de club nouveau qui se crée, il n’y a rien, donc il reste ceux qui sont en place, qui cumulent plein de soirées dans le même lieu, et puis au bout d’un moment on se lasse, il n’y a rien de vraiment original…

Jean-François - Il y aussi un aspect commercial… J’ai des souvenirs de très bonnes soirées il y a assez longtemps de cela dans des microclubs quasiment inconnus, et dont on avait l’impression qu’elles n’étaient là que pour nous faire plaisir, il y n’avait pas de démarche commerciale de rentabilité derrière, alors qu’aujourd’hui on a vraiment l’impression que dès qu’on fait un truc on rentre dans des business…

Jean-Albert – Il ne faut pas perdre d’argent, le plaisir n’a pas de place, c’est l’argent avant tout, et il vaut mieux faire de la merde qui rapporte que quelque chose qui ne rapporte pas assez…

Jean-François - Des très beaux lieux ont été détruits…

Jean-Albert - Et les derniers lieux qui essayaient de bouger, ils ont été rachetés par les mêmes personnes…

Robert Renaud – Ca reste la même " mafia ", on peut le dire… Parce que c’est ça !

Justement, il se dit parfois que le milieu des tea dance n’est pas très clair, menaces entre organisateurs et tutti quanti…

Robert Renaud – Pas du tout, ce sont des conneries… En tous cas moi on ne m’a jamais appelé, jamais menacé, pas encore en tous cas !

Au fond, avez-vous eu, avec Culte, la volonté de rompre avec les clubs sales et un peu glauques ? J’ai été très frappé par le nombre de références à la beauté et à la clarté de la Cigale dans le texte qui figure sur votre flyer !

Robert Renaud – Non, parce que moi je me suis vachement bien amusé dans des endroits glauques et crades ! Enfin ça c’est mon expérience…

Jean-François - Moi j’aime autant que ça soit un beau lieu, je m’amuse plus… Une belle soirée dans un beau lieu, c’est magique !

Robert Renaud – Non mais aujourd’hui ce que je veux dire c’est que… un club comme le WAGG par exemple, bon c’est un très beau lieu, mais c’est tellement Prada… Qu’est-ce qu’on fait dans une boutique Prada, on ne s’amuse pas, c’était mieux quand c’était le Whisky A Go Go, en fait !

Y a-t-il encore des salles à prospecter à Paris ?

Robert Renaud – Je te mets au défi de chercher et de trouver ! Parce qu’on a cherché, et on n’a pas trouvé… C’est terrible, parce que il y a aussi tout un problème de nuisances, de choses comme ça, il y a des salles qui pourraient accueillir des soirées mais tout de suite c’est les flics à deux heures du matin et on ferme tout. A Paris il y a vraiment un problème…

Que n’a donc pas cherché à régler la nouvelle municipalité…

Robert Renaud – Non. Ils n’ont rien fait, ils ne peuvent rien faire non plus, ce n’est pas leur rôle, mais un peu favoriser les choses, ça ils pourraient… La municipalité a des lieux incroyables dans Paris, ils pourraient permettre à des associations ou à des organisateurs de créer des choses dans des lieux de la ville de Paris qui sont un peu isolés… Mais ils ne le font pas.

Jean-François – C’est complètement utopique, ils ne sont déjà pas capables de loger des gens qui vivent dans des taudis…

Mais avez-vous essayé d’entrer en contact avec eux ?

Robert Renaud – Bien sûr, moi j’ai déjà appelé Christophe Girard [adjoint aux affaires culturelles], mais sans résultat… C’est une culture qui n’est pas reconnue, alors que ce qui fait une capitale… Aujourd’hui si tu veux t’amuser il faut aller à Berlin ou à Londres, et peut-être Barcelone. Mais pas à Paris, plus à Paris ! Avant il y avait la rue Saint Anne à l’époque du Palace et du Sept, à Londres on ne s’amusait pas, c’était les années Thatcher, il ne s’y passait rien, la nuit c’était New York et Paris. C’était vraiment des territoires de fête. Aujourd’hui ce n’est plus du tout Paris.

Un problème de population ?

Robert Renaud – Je ne sais pas… c’est aussi une éducation, les gens qui vont faire la fête à Belin et à Londres ils savent de quoi on parle, ceux qui n’y sont jamais allés, c’est difficile… Donc si on reste là-dedans à un moment il n’y aura plus cet esprit là, il n’y aura rien… C’est un peu dramatique !

Jean-Albert - C’est quelque chose de très segmenté, justement moi j’ai fait mes première fêtes à la fois à Paris et en Province, et ce que j’aimais en Province c’est que la rareté des lieux faisait qu’à partir d’une certaine heure tout le monde s’y mélangeait, un mélange de tous les horizons différents des gens qu’on peut croiser dans une nuit, un truc qui est irréalisable à Paris, parce que les gens ne se mélangent pas. Et je trouve ça vraiment intéressant de faire un endroit où les gens, à partir du moment où ils veulent se mélanger, puissent le faire… Un vrai lieu d’échanges…

Mais comment favoriser ce mélange ?

Robert Renaud – Le mélange il est très simple pour Culte, comme c’est un créneau horaire particulier, tu peux prendre la Culte comme l’after d’after, c’est-à-dire que si tu es parti le samedi soir en vrille, tu peux arriver jusqu’à la Culte et terminer là. Mais il y a aussi ceux qui ont envie de venir bouger leurs fesses après un week-end terrible, tout simplement… Que le dimanche soir ce soit complètement en vrille à partir de 17H pour eux, moi j’adorerais ; et c’est ce mélange qui m’intéresse.

Jean-François - Et moi j’aime bien l’idée de sortir un dimanche après-midi, un dimanche d’automne, pour aller voir des gens que j’aime bien, écouter de la bonne musique, voir des gens que je ne connais pas aussi, sans tomber dans le côté chabada chabada, mais quelque chose de comme ça sans me dire forcément que je vais aller danser pendant des heures…

Robert Renaud – Moi j’adorerais qu’il y ait des hétéros qui laissent leurs gamins à leurs parents, beaux-parents, et qui viennent se remuer les fesses jusqu’à 23H et hop à 23H30 ils retrouvent leurs gamins. J’ai plein d’amis hétéros qui sont beaucoup sortis et qui ne sortent plus trop parce qu’ils ont des enfants, et justement c’est beaucoup plus facile que de trouver une nounou toute la nuit.

Ce qui permettrait de mélanger aussi les générations, comme à New York…

Robert Renaud – Body and Soul, c’est un peu la référence !

A part le créneau horaire particulier, comment favoriser ce mélange ?

Robert Renaud – C’est truc difficile… Là-dessus j’ai mon idée, on a toujours essayé depuis KABP de dire aux hétéros " c’est une soirée pour vous ", mais en fait au bout du compte, au bout de quatre ans, on s’aperçoit que c’est toujours les mêmes hétéros qui viennent ! Il y en a jamais de nouveau, c’est toujours les mêmes amis d’amis, et en fait tu te demandes ce qui les empêche les hétéros lambda de se lâcher… Je ne sais pas !

Un problème de couverture médiatique ? Au fond connaissent-ils seulement l’existence de ces soirées ?

Jean-François – Il ne faut pas se leurrer, ça reste malgré tout assez confidentiel, c’est évident, il n’y a pas de plan média… Et en même temps ce n’est pas le propos, il ne faut pas non plus perdre l’essence de la chose, si c’est pour en faire le Queen… Après il y a un juste milieu qui est assez difficile à trouver, il faut garder un côté un peu intimiste et puis d’un autre côté on a envie de l’ouvrir - sans tomber dans le populo non plus, où tout le monde va parce que c’est là qu’il faut aller…

Vous sortez encore ?

Robert Renaud – Oui, la semaine dernière je suis allé à la soirée Kompakt à l’Aquaboulevard par exemple… Un peu des choses comme ça, pour voir ce qui se produit, comment ils organisent, ça m’intéresse.. Mais effectivement ça doit faire dix ans que je ne suis pas allé au Queen…

Jean-François - Je sors parfois de façon professionnelle et amicale, mais je ne m’éclate pas… Je suis un vieux copain de Sylvie Chateigner donc je vais à TGV chez Maxim’s pour faire une bise à Sylvie. Eyes Need Sugar je m’y suis amusé, même si je n’aime pas l’endroit. Il n’y a pas d’endroit où j’aime vraiment aller, à part les KABP, je crois que je n’en ai pas loupé une seule, sinon il faut vraiment que j’ai une bonne raison pour sortir. Après il y aussi des choses, inévitablement, dont on n’est pas au courant…

Pour en revenir à cette question de médiatisation, il y a semble-t-il un vrai déficit en medias adaptés…

Jean-François – Ce n’est pas un déficit, c’est le Grand Canyon ! Non seulement il n’y a rien, mais les rares gens qui sont là pour l’annoncer –je ne dis même pas en parler, mais annoncer- sont assez récalcitrants. Souvent il y a une rubrique agenda et clubbing dans les magazines, on la remplit au sens littéral du terme, et souvent on a même l’impression que les gens qui la font ne sont jamais sortis et ne savent même pas de quoi ils parlent ! Et là, ce n’est pas pour revenir à une culture gay, mais j’ai remarqué en travaillant sur la soirée Culte que dans l’agenda de Têtu il y a un vrai commentaire ! C’est rare…

Il y a pourtant un certain nombre de titres, Trax ou Coda par exemple, qui pourraient voir des accointances avec vos soirées !

Jean-François - J’ai l’impression que ça ne les concerne pas. Il y a tout l’univers musical, il y a le clubbing qui est là, et c’est carrément autre chose. Et ça génère des choses dont on n’a pas envie de parler, on ne parle pas du clubbing avec les points positifs et les points négatifs, alors que le clubbing est le clubbing, avec tout ce que ça comporte ! Et d’un seul coup le fait que quand on parle de clubbing inévitablement on va parler d’ecstasy, de tout ça, il y a une espèce de chape de plomb…

Jean-Albert - Il y a des gens très érudits dans le domaine de la musique qui vont être intéressés par ce que fait un label, ce que fait un créa, et effectivement il y a un monde entre ces gens-là et ceux qui ont juste envie d’aller dans un endroit pour passer du bon temps ! On peut avoir envie d’aller dans un endroit, danser, s’amuser, rencontrer des gens sans connaître par cœur toute la playlist du dj !

Jean-François - Il y a aussi un grand problème lié à Paris, on critique mais si j’étais à leur place je ne saurais pas vraiment de quoi parler ! Soit on parle de soirées extrêmement commerciales dont personne n’a envie de parler, d’une soirée Guetta, de quelque chose de très commercialisé et commercialisable, soit on parle de quelques soirées qui valent le coup, mais on ne va pas en parler chaque semaine, parce que une fois que l’on a écrit un papier sur Otra Otra ou sur Cheers, on ne va pas non plus écrire trois pages à chaque fois qu’il y en a une ! Il n’y a rien qui les nourrit, et les seules choses qui sont capables de les nourrir sont les grosses machineries commerciales qui ne sont pas très intéressantes... En fait il n’y a pas grand-chose à dire, il n’y a pas matière… Et là cette interview on ne va pas la faire à chaque fois !

Robert Renaud – Oui c’est vrai, mais par exemple quand on a invité Maurice Fulton au Trabendo, on a fait exprès d’aller au Trabendo parce qu’on pensait que ça allait amener plein de gens, parce que Maurice Fulton c’est quelqu’un qui fait plaisir à plein de monde, et en fait on a juste rempli le Trabendo mais ce n’était pas non plus hystérique ! C’est ça aussi, dès fois il n’y a pas de répondant.

L’offre en soirées est peut-être trop importante ?

Jean-Albert – Je ne suis pas sûr, j’ai un ami dj qui a joué au Portugal, les gens là-bas étaient capables de faire 500 bornes pour une soirée qui avait lieu dans un petit club, parce que il y avait quelqu’un qui les intéressait !

Robert Renaud – Ca existe aussi en France, en Province, mais c’est vrai qu’à Paris il y a un truc très parisien ; on pourrait avoir de très beaux lieux en banlieue, sublimes, où l’on ne serait pas emmerdés par le bruit, mais personne n’y va ! Alors qu’à Berlin, c’est deux ou quatre fois paris, les mecs y vont à vélo ! C’est fou… il y a des choses comme ça que je n’arrive pas à comprendre. Le Trabendo, qui est une très belle salle, qui est dans un parc, où on a fait des soirées avec terrasse – c’est quand même exceptionnel d’avoir une terrasse à Paris en clubbing, de pouvoir regarder la nuit, les étoiles, et puis d’aller danser… Hé bien ça n’a pas mobilisé ce que l’on espérait. Pourtant à 7h du matin il y a le soleil qui pointe, tu te mets dans la pelouse et tu redescends tranquillement avec les cui-cui, je trouve ça magnifique ! Mais rien…

Jean-François - Il y a le problème de la ville aussi, par exemple au Trabendo si tu pars avant 5h du matin tu ne trouves pas un taxi ! J’ai dû rentrer à pieds… C’est quand même incroyable, j’ai habité à Londres un certain temps, je rentrais en bus ! Derrière ça il y a toute une culture…

Sous ses airs de grande dame Paris serait donc, en fait, très provinciale ?

Jean-Albert - On est une des rares capitales d’Europe où le métro ne fonctionne pas 24H sur 24 !

Jean-François - Sous ses grands airs c’est surtout une ville très bourgeoise, et les gens qui pourraient faire bouger ça ce sont les élus, et leur seule priorité c’est l’électorat, donc les gens qui se plaignent, tout est calculé…

Robert Renaud – Il y a un club à Berlin qui s’appelle Bergheim Panorama Bar, c’est au cinquième étage, on domine toute la ville… en fait c’était un lieu qui était un terrain en démolition, et c’est un club qui marchait très bien il y a deux trois ans, ils l’ont démoli, et la ville leur a proposé un autre lieu, encore plus grand, encore plus beau, et ils ont fait un club hallucinant, et ce club, c’est la ville de Berlin qui a participé à son élaboration, et la Deutsch Bank a mis des billes ! La Deutsch Bank ! Parce que le clubbing, la nuit, il ne faut pas se leurrer aujourd’hui c’est un business, comme il peut y avoir un business le jour ! Une mégapole, ça bouge le jour, ça bouge la nuit ! Et les gens n’attendent que ça, il y a du potentiel…

Jean-François - En France le business de la nuit, dans l’esprit des gens, c’est de l’argent sale, des trucs liés à la drogue, à la mafia…

Robert Renaud – Alors que nous à Culte, à KABP, à Otra Otra, le vestiaire qui travaille est déclaré, ça lui fait une fiche de paie, il peut prouver qu’il a un boulot, cotiser pour la sécurité sociale…

Pour en revenir à Culte, que pouvez-vous nous dire sur la prochaine ?

Robert Renaud – On essaie de faire mieux que la première, mais sinon c’est le même esprit, la même envie de faire plaisir, que les gens se sentent bien, qu’on s’amuse bien, que la musique soit bonne, qu’il fasse pas trop chaud, ni trop froid !

Un dernier mot sur cette nouvelle saison de clubbing, par rapport à vos soirées ?

Robert Renaud - L’année qui vient, comme je te le disais c’est faire des mini concerts, amener ça dans le clubbing, une partie de la soirée où tu as des mecs avec un micro, une guitare, ou rien, ou que de l’électronique. Ca c’est quelque chose, surtout dans le milieu gay, qui ne se fait pas. On n’en fera pas à toutes les Otra, mais quatre ou cinq dans l’année, ça peut être bien. Sinon Otra c’est toujours à la Boule Noire. On n’a pas envie de changer, et pas d’impératif particulier, si ce n’est, là encore, de se caler sur leur programmation !

Plus d’infos : Cultepardefinition.com / otraotra.org



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