On a beau dire, n’en déplaise à un grand public qui voit en certains ses héros d’aujourd’hui : l’histoire, si elle se répète sous forme de cycles, ne se vit jamais deux fois. Et lorsqu’on tend à y revenir avec insistance comme c’est de plus en plus le cas depuis quelques mois, c’est qu’il y a une panne d’inspiration et – une fois encore - un manque manifeste de repères…
Pas un jour ou presque sans que n’arrive à nos oreilles un son ramenant au souvenir d’un moment précis de notre existence. Je veux bien comprendre le souci qu’ont ceux qui en sont les producteurs de ne pas nous voir totalement déconnectés face à leurs travaux, mais lorsque ils en viennent, aussi nombreux comme c’est le cas aujourd’hui à nous resservir une histoire déjà entendue et autrement mieux narrée il y a 5, 10, 15, 20, 25 ou 30 ans, je dis tout simplement NON. Et d’autant plus qu’on aurait tendance à leur dérouler le tapis rouge et les traiter comme des héros pour des œuvres dont ils ne sont pas les auteurs. Comme si un scribouillard lambda réécrivait Shakespeare, Molière ou Dante à sa propre sauce et qu’il se voyait remettre un Prix littéraire. Ou qu’un croûtard se voyait offrir une exposition au Louvre après avoir retouché des toiles de Van Gogh, Da Vinci ou encore Salvador Dali !!! Une telle idée vous viendrait-elle à l’esprit ? Permettez moi d’en douter ! Et si je veux bien admettre que l’art puisse être détourné, j’attends qu’il le soit par des esprits brillants – Warhol – et pas par ces trop nombreux plagiats qui, sans le recours à la machine, à des ’nègres’ ou encore la complicité de quelque vieille icône sur le retour, travailleraient qui, dans un salon de coiffure, qui pour le compte d’un limonadier, voire dans le bâtiment. Vous me direz, s’agissant de la house, qu’un petit stage pour certains dans la construction ne ferait sûrement pas de mal. Mais le marché qui est ce qu’il est n’en est pas au premier avatar près, depuis la Spaghetti house, il y a 15 ans et la fameuse affaire Black Box/Loleatta Holloway, les faux en écriture… et chant de Milli Vanilli, le rouleau compresseur eurodance dont le nightclubbing hexagonal ne s’est jamais remis, sans parler de tous ces bootlegs, reedits plus ou moins licites, remixes et reprises plus ou moins frelatées.
Alors que le traçage est devenu monnaie commune dans le secteur alimentaire après l’affaire tristement célèbre de la maladie dite de la vache folle et que certains secteurs se sont organisés comme l’industrie viticole avec l’instauration de l’Appellation d’Origine Contrôlée pour se garantir face aux contrefaçons, alors que la propriété intellectuelle fait l’objet d’une réglementation de plus en plus stricte ; le tout dans un souci d’établissement de labels de qualité, la production audiovisuelle – musicale comme cinématographique – est laissée à la merci de faiseurs de soupes de qualité plus ou moins douteuse sans que personne n’ait visiblement quoi que ce soit à y redire. Pire même, avec la complicité de tout un système organisé (éditeurs, producteurs, organisateurs d’événements, media) autour des notions d’efficacité et de retour sur investissements immédiat.
Pour autant, le public, même s’il met un certain temps à réagir, n’est pas dupe. Q’on lui offre le droit de savoir qu’il existe autre chose et d’autrement meilleure qualité que ce qui lui est servi jour après jour et il se met à chercher. Est-ce faire offense à Bob Sinclar de se demander s’il y a photo entre les travaux de Cerrone il y a 30 ans et les extrapolations qu’il en a faites il y a quelques mois ? Entre le classique ‘Salasa House de Richie Rich et encore le fameux ‘Show Me Love’ de Robin S remixé par Kerri Chandler et les ersatz distillés par Soul Purpose sur Defected et Sillicone Soul sur Soma ???
L’Histoire, comme à son habitude , jugera dans les 10 ans à venir, même s’il est à parier que la majorité d’entre vous qui venez consulter ces pages a déjà son opinion. Et si elle tend à se répéter (l’histoire), elle ne se vit jamais deux fois, tant il est vrai que rien ne saurait être (tout à fait) comme avant… MFSB