Paul Murphy est un DJ généreux, passionné et imprévisible. Lors de sa venue l'été dernier à L'OPA de Paris, il nous a fait vivre une expérience musicale inoubliable : dancehall, jazz, house, soul... Quatre heures de mix ; chaque morceau étant une découverte pour les nombreux danseurs du club. Producteur et remixer, ses disques sont joués par les plus grands. Après une tournée à travers l'Europe, il prépare déjà la sortie de son album et d'une compilation. S'il passe près de chez vous, allez l'écouter vous ne le regretterez pas...
Texte : Céline
Alors Paul, quelles nouvelles ?
Je suis allé jouer en Europe, dans ce qui pourrait être pris comme une quête de visite de chaque pays du Vieux Continent. Pour autant, je ne m’en suis pas si mal sorti, puisqu’il ne m’en reste plus qu’une douzaine à faire : la République Tchèque, la Slovaquie, l’Albania, la Moldavie, Chypre, la Croatie, la République de Macédoine, la Bulgarie, le Luxembourg (je n’y ai pas meme mis un pied !), l’Ukraine et la Roumainie sont les plus grands. Pour Malte, l’Andorre, Monaco et San Marino, ça risque d’être un peu plus difficile quand bien même je me suis payé un trip d’une journée au Lichtenstein ! J’ai même joué au Kosovo qui n’est pas encore officiellement un pays… Je sais : ça a quelque chose d’une véritable obsession, mais elle me semble plutôt bien. Et je suis retourné en studio après un break de deux mois.
Pourrais-tu évoquer le début de ta carrière ?
Quelle carrière ??? Je n’en ai jamais vraiment eu une. Je suis DJ, j’ai travaillé comme un malade dans le cadre de jobs à la c** dans des bureaux. J’ai vendu du vin, dressé des tables, servi dans des bars. J’ai dirigé un restaurant un ou deux clubs. J’ai dirigé un label, quelques magasins de disques qui n’ont pas vraiment marché d’un point de vue financier, mais aussi des boutiques de fringues qui, heureusement m’ont permis de me remettre à flôts. J’ai fait la plonge (là, c’était la galère). J’ai même été figurant dans le cinema (J’étais ambulancier dans Batman, un Viking mort dans Erik The Viking, un valet français dans Henry V et j’ai fait tout un paquet de trucs dans les coulisses pour la télé comme Inspector Morse). J’ai été chomeur plusieurs fois et arête plus encore. Mais je m’éloigne… Le DJing pour moi (je suis trop vieux pour m’en souvenir exactement) a commence à la fin des 70’s. Je suis incapable de me souvenir de la raison qui m’y a poussé, mais elle devait être bonne. Et aujourd’hui bien sûr, je dirige un label – Afro Art Records – et j’aime plutôt ce travail.
Tes toutes premières inspirations ?
Musicalement? J’ai scotché au lit par quelque maladie d’enfant (je crois que c’était une hépatite (ce qu’on appelle plus familièrement une jaunisse). J’écoutais une radio pirate (de celles qui émettaient sur un bateau) et on y jouait ‘123’ de Len Barry. J’étais comme un bébé à qui on donne une friandise. J’ai su dès lors qu’une vie en tant que maçon ne serait pas pour moi.
Un mot à propos de Spiritual South, projet qui te voit associé à Marc Woolford...
Je n’ai rien eu (bien que j’aurais vraiment aimé) à voir directement avec Spiritual South). Spiritual South, c’est Danny Lewis, qui en a façonné tous les morceaux comme ‘Green Gold’ en studio ainsi que les remixes de ‘Jazz Room’, ‘Happy’ etc etc avec Mark Robertson. Quant à moi, je n’ai fait qu’écrire "Jazz Room" avec Marc Woolford. Hélas, le Spiritual South qui a fait tous ces morceaux merveilleux n’est plus depuis que Danny a signé un contrat juteux avec Defected. Il sort un morceau intitulé ‘Ballistica’ l’année prochaine et je peux d’ores et déjà vous dire que c’est une bombe atomique. J’aurais vraiment aimé pouvoir le sortir sur Afro Art et je ne vois pas quell plus beau compliment je pourrais lui addresser.
En écoutant tes productions, l’on sent l’influence forte des musiques latine et brésilienne. Es-tu allé en Amérique latine ?
HMMM. Comme beaucoup, j’ai voyagé. Un peu partout dans le monde... Mai savant tout dans ma tête. Si l’on se donne la peine d’entendre et de regarder, on peut se trouver influencé par n’importe quelle chose, de n’importe où !
Ta position à la tête d’Afro Art Records?
Ténue. En tout cas, parfois Mais je me fais l’impression d’être comme un vieux chien de berger ces jours ci, installé dans l’endroit que je préfère à l’étage et entouré de tous ceux qui travaillent avec moi. Jen e vois pas ce que je pourrais demander de plus !
Nous avons joué ensemble à Paris l’été dernier (un super souvenir !). J’ai commence mon set avec ‘War’, classique d’Edwin Starr qui a semblé te déranger. Pourquoi ?
Je vis dans un pays (le Royaume Uni) où, à mon corps defendant, je me suis soudain retrouvé impliqué dans une guerre. Que ce soit à 5000 miles d’ici (en Irak), comme dans des lieux assez familiers pour faire pratiquement partie de mon quotidien, qu’il s’agisse du metro ou du bus. Un disque qui m’a longtemps semblé abstrait, écrit il y a 30 ans à propos d’un autre endroit, d’un autre pays, d’une autre période, d’une autre guerre. Et ces textes des plus simplistes ont pris une nouvelle dimension.
Je n’aurais jamais cru que ces conneries du VietNam puissant un jour se répéter.Et comme si ça ne suffisait pas, on nous en remet une couche tous les jours à la télé ! C’est comme un cauchemard qui deviendrait réalité et je me mets alors à penser que musique, cinema et literature se mettent à devenir in-… Jen e trouve pas le mot. Tout ce que je peux dire, c’est que je suis incapable de voir ou d’entendre certaines choses…
Il y a un paquet de bons DJ’s outre-Manche. Ton top 5?
Hmmmmmmmmmmmm. Pas facile. Je pense, pour ce qui me concerne plus particulièrement, à Charlie Gillett (qui est toujours sur BBC London), Chris Hill (qui doit être légende inconnue de l’East London), Benny Wilson (qui a pratiquement inventé le mixage et la mixtape) et ce mec que j’ai découvert dans ce club de jeunes où j’allais quand j’étais gosse. Jen e me souviens plus de son nom, mais il m’a vraiment éclaté.
Tu as un album en ligne de mire. On en parle ?
C’est la synthèse de toutes ces musiques qui m’ont influencé pendant toutes ces années. Je suis allé faire un voyage en Inde il y a deux/trois ans, d’où son intituled : Trip. J’y ai vu des choses auxquelles je ne m’attendais pas. J’ai fait des choses que je ne me serais pas cru capable de faire. Un des morceaux parle de mon bar préféré dans la ville que j’aime le plus : ‘Budapest Chachacha’. J’ai fait une version du thème de mon film préféré (‘Seven Samurai’), j’ai écrit un morceau à propos d’un ami (‘Mr Cosmic’), un morceau jazz ‘Herbie Mann’) et quelques autres. J’ai aussi mon idée quant à la pochette et au centreur. Je vais le sortir l’année prochaine et on verra bien. Si ça vend, ça vend ! Mais il est fait. Je travaille par ailleurs sur une compilation, ma première en 20 ans. Elle est intitulée Afro Arthouse… Nous avons des gens comme Glyn Bigga Bush, Diesler, Mod'x, Jung Collective, Shannon Harris, Peak qui ont fait des versions funky de themes de films comme Goodbye Lenin, The Wicker Man, Underground, Get Carter, Withnail & I, 2001, 5 Deadly Venoms et d’autres. Que des versions originales, pas de remixes !