Deuxième volet de notre réflexion consacrée à l’état de la scène dite électronique et son acceptation en France…
ENFANTS DU ROCK & CULTURE CLUB
Il n’y a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Mais si l’on ne peut reprocher à quiconque de ne pas comprendre ce qu’il ne connaît pas, il ne saurait en être de même de ceux qui, ne connaissant pas, cherchent à nous faire comprendre en faisant comme si…
Nous sommes les fruits de notre Histoire, m’a dit un jour CeCe Rogers, faisant référence à une architecture américaine, dont l’influence de l’ancien occupant (anglais) ne saurait être occultée. Propos qu’il n’aura été en mesure de tenir que par le seul fait qu’il lui a été donné de séjourner à l’étranger (notamment en Italie). C’est dire si les amalgames en tous genres sont permis, dès lors qu’il s’agit de faire le point sur une histoire qui n’est pas la sienne et a fortiori de chercher à l’intégrer dans ses travaux, comme c’est le cas de ceux, nombreux, qui ont pris le train en marche au fil des ans. Ainsi, de ladite culture club, n’aurons-nous bien souvent eu qu’une vision comme globalement vécue par procuration ; avec tout le fantasque qu’une telle situation suppose, sous des latitudes — les nôtres — qui plus est majoritairement sous l’influence d’une culture blanche et par conséquent rock dont l’image virile s’est longtemps mal accommodée de l’imagerie homosexuelle véhiculée par le disco. Dès lors, il n’en faudra guère plus pour que tout ce qui pouvait relever d’une musique apte à être programmée dans les clubs — le funk, la soul, le R&B à ses débuts ; bref, ce que l’on a autrement appelé la dance music à une époque — se voit systématiquement dénigré par une presse française entièrement dévolue au rock. Une presse rock qui en sera quitte à retourner (fut-ce partiellement) sa veste, sous l’appât d’un gain additionnel que constitue l’arrivée des premiers budgets consacrés aux artistes dits électroniques dès la fin des années 90.
Il faut ainsi attendre 1990 pour assister à la naissance du premier magazine consacré à la dance music sous toutes ses formes, lequel réunira à l’époque une kyrielle de signatures (de Eric Dahan à Sylvain Gire, en passant par Damien Conaré et autre Awal Mohamadou) à faire pâlir d’envie une rédaction d’aujourd’hui. Las, son intitulé — De La Dance — ne suffira pas plus à convaincre une distribution qui le place invariablement dans les publications dites… de danse, qu’un lectorat suffisant à son expansion, en dépit d’une éphémère édition en néerlandais pour le marché belge, devant l’arrivée massive de ce qu’on appelle l’eurodance et ses productions putassières au kilomètre…
Exit la dance (music) et, à terme, sa publication dédiée, pour faire place à Coda avec l’avènement des raves et de la musique qui leur sert de prétexte : la techno, que les Blancs — mais ce n’est pas une première — ont tôt fait de s’approprier, au nom de références ramenant tantôt à l’electro kraut des Kraftwerk, Can et autre Neu, tantôt à la new wave, tout comme ils le feront plus tard, s’inspirant vaguement du hip hop pour donner naissance au trip hop. Sans parler, plus récemment, de l’electroclash, vingt ans après les travaux de GrandMaster Flash ou encore Kurtis Mantronik… Mais s’il est vrai que la techno, en tout cas celle telle qu’on n’a cessé de la présenter depuis des années, a effectivement une part de filiation blanche, on a à ce jour encore par trop souvent occulté ce qui constitue son autre sein nourricier ; à savoir la contribution toute aussi importante (si ce n’est plus) de la culture noire…
“VOL AU DESSUS D’UN NID DE… COCUS !“ (inspiré de Stanley Kubrick)
L’Histoire, si l’on veut bien se donner la peine de s’y pencher sans concession, n’en est pas à sa première répétition près qui, après le rock’n’roll des Little Richard et consorts, aura vu les Blancs s’emparer de la techno avec le même aplomb quitte à s’en approprier la genèse au passage…
Curieux, à la lecture de nombreux sujets, de constater combien on a vite fait de détourner la vérité à son seul bénéfice, à coups bien souvent d’inexactitudes dont on sait, en tout cas en France, que quasiment personne ne viendra leur apporter contradiction. Et pourtant ! La techno est bien née à Detroit et non en Europe, du fait d’une majorité d’Afro-Américains (Derrick May, Juan Atkins, Kevin Saunderson, Jeff Mills, Carl Craig, etc) et non de Blancs, à l’exception notoire de Ritchie Hawtin. Que n’oublie-t-on par exemple de nous rappeler au fait que le premier titre jamais flanqué de l’appellation techno appartient à Inner City (“Big Fun“) et qu’il ne cache pas ses influences soul et funk, et par conséquent noires ! Que n’oublie-t-on encore de préciser que la techno (de Detroit) est à appréhender, bien plus comme un état d’esprit que ce système rythmique et cette tournure au niveau des arrangements tels que renvoyés par nos voisins allemands qui en ont été/sont parmi les principaux pourvoyeurs !
L’Histoire s’accommode de tout, dès lors qu’elle se voit écrite par ceux qui détiennent le pouvoir. À l’image de ces propos tenus par l’éditeur du défunt Black News lorsque je lui suggérai d’inclure des sujets consacrés à la house et au garage… Ou encore de ceux d’un chroniqueur bien connu du milieu électro lorsque, en pleine conférence de rédaction précédant la sortie du premier numéro de feu Remix, je me hasardai à proposer l’insertion d’une rubrique consacrée au hip hop/jazz et au R&B. Tous deux me taxant quasiment de folie pour avoir songé parler d’une musique “de pédés“ (pour le premier) et d’“homophobes“ (pour le second) ; le tout quand Mary J Blige était considérée comme l’égérie des gays new yorkais à l’époque… C’est dire ce à quoi peuvent amener préjugés et méconnaissance à la fois ! Et l’histoire de se répéter sous le flot d’inexactitudes ici et là qui, si elles ne portent guère à conséquence sur le coup, n’en relèvent pas moins d’un sérieux manque de connaissance, tant sur le fond que sur la forme. À l’instar de ces nombreux papiers consacrés au Paradise Garage (et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres) par des gens qui, pour la plupart — et d’abord parce qu’ils n’en auraient pas eu l’âge à l’époque — n’y ont tout simplement jamais fourré les pieds !
On ne sait que trop ce qu’il va des on-dit avec leurs cohortes de propos non vérifiés que l’on n’a de cesse de répéter à son tour (le plus clair du temps en y ajoutant sa propre contribution) dans ces fameux salons où il est de meilleur ton de parler quitte à dire des conneries, que passer pour un con parce qu’on n’a rien à dire…
On ne sera, dans ces conditions, guère plus étonné du manque d’intérêt relatif porté au sujet et, par conséquent, de la fragilité des supports dits spécialisés, comparé à d’autres secteurs ou à d’autres pays, comme le Royaume-Uni notamment où et musique et lecture font intégralement partie du mode de vie de ses habitants, même si nos voisins anglais n’ont pas plus à envier à qui que ce soit en matière de dérapages et débordements…
“DOUCE FRANCE …“
Eh oui, allusion à peine voilée à celui (Charles Trénet) qui a inventé la chanson dans le concept tel qu’on la connaît aujourd’hui, ainsi qu’à ce titre aux paroles on ne peut plus évocatrices de ce qu’il convient de présenter tel l’exception française, avec tout ce que cela suggère, en bon et moins bon. Il est vrai qu’ici, on ne s’impose pas d’un coup de baguette magique, et que l’on s’arrange toujours pour pouvoir intellectualiser ce sur quoi l’on parle…
De nombreux artistes vous diront combien ils apprécient la qualité de la presse hexagonale. Il est vrai que l’on y affectionne bien plus l’intellectualisation que chez nos voisins anglais, bien plus enclins à se délecter de rumeurs en tout genre. Pour autant, l’intellectualisation n’en conserve pas moins ses limites, a fortiori dans un domaine — l’art — où il est le plus souvent question de subjectif. De fait et outre certaines erreurs ou omissions (volontaires ou non), le lectorat a bien souvent tendance à être perdu dans une somme de considérations relevant bien plus de la personnalité du chroniqueur que de celle du sujet faisant l’objet de ses écrits. Comme si, outre les termes bien souvent abscons qui sont par définition légion dans les colonnes de la presse dite spécialisée, il fallait en plus avoir droit à une explication de texte de rigueur de la part d’une signature qui, nous l’avons vu précédemment, a plus tendance à se livrer à un travail d’interprétation que d’investigation. Combien sont ainsi ceux que l’on a régulièrement vus à la Conference de Miami (plus grand rassemblement house de l’année) ? À Body & Soul ou au Shelter, au Zanzibar ou au… Paradise Garage à New York ? À Detroit lors du DEMF ? ? ? J’en passe et des meilleurs ! À peine les doigts d’une main, c’est dire l’intérêt intrinsèque porté au(x) sujet(s) dans sa/leur globalité. Et c’est sans parler des quelques reportages télé qui, en lieu et place d’une description de telle ou telle ambiance, mettent généralement l’accent sur un sujet “tendance“ par définition le plus souvent éloigné des fondements dudit sujet… C’est (encore) dire si, avec tout cela et d’autres caractéristiques encore que nous verrons plus tard, il peut paraître sans intérêt, car trop aléatoire, à un artiste (une maison de disques) de tenter quoi que ce soit en France et de lui préférer des publics plus réceptifs à la nouveauté.
N’en déplaise à beaucoup d’entre nous, il n’y a sans doute pas plus conservateurs au monde que les Français. Avantage pour ceux qui y réussissent : une fidélité incomparable du public. Quant à ce qui y est perçu comme nouveau : un retard à l’allumage dans les mêmes proportions, voyant un single prendre jusqu’à quelque huit mois pour “breaker“ ainsi qu’on le dit dans les couloir des majors, quand cela prend d’une semaine à quinze jours aux Etats-Unis ou en Angleterre…
“RIEN NE SERT DE COURIR…“ (Jean De La Fontaine)
Jusqu’à huit mois pour faire un hit, et quand on a, qui plus est, décidé d’y mettre les moyens… La France aime à prendre son temps, n’hésitant pas même à s’arrêter au moment des vacances alors que le monde continue de tourner. C’est dire ce qu’il advient des quelque quatre cents nouveautés hebdomadaires qui sortent dans le seul univers des musiques dites électroniques…
“Y a pas l’feu oooh lac“… Une moquerie que l’on a coutume d’adresser à nos voisins suisses qui trouve toute sa dimension quant appliquée à ce cher Hexagone. Il règne en effet ici une apathie, une nonchalance voire une désinvolture comme nulle part ailleurs ! Ce qui relève du jugé anecdotique passant largement à l’arrière de l’arrière-plan… Manque de professionnalisme ? Pas nécessairement. Juste une adaptation ou plutôt une émanation d’une mentalité ambiante dont il ne fait pas bon vouloir bousculer les sacro-saintes habitudes. Car, et ne l’oublions pas, la France est la championne toutes catégories de la longévité de ses stars — ce qui tend à illustrer ce besoin quasi maladif du public d’être rassuré — qu’il s’agisse de présentateurs de journaux télévisés, d’animateurs télé ou radio et d’artistes en tout genre, que l’on n’hésite pas à ressortir du chapeau quand on juge les avoir oubliés depuis un peu trop longtemps.
La France est un pays de vieux, m’a dit un jour Laurent Garnier lors d’un entretien publié dans Coda et force est de constater qu’il a raison en bien des points. “Vieux“, au sens non point de l’âge, mais des mentalités, ainsi qu’il est loisible de le constater à l’écoute des programmes radio, dans certains lieux où l’on n’hésite pas à vous remettre des vieilleries dont l’âge dépasse allégrement celui d’une majorité de clubbers ! Mais aussi dans les sommaires des magazines qui vous remettent les mêmes sujets en une de leurs couvertures chaque année à pareille époque, j’en passe et des meilleurs, dans un système trouvant sa justification dans les sommes qui lui sont allouées par le Pouvoir financier, voire politique à l’occasion, ainsi que cela a été le cas notoire d’une antenne FM des plus connue à ses débuts avec une substantielle enveloppe mise à sa disposition par Mme Yvette Roudy au nom du Gouvernement de l’époque, quand ce ne sont pas ces nombreuses subventions (directes ou non) accordées par le Ministère de la Culture.
Difficile donc dans de telles conditions, pour ne pas dire quasiment impossible, de faire son nid sans le soutien de tel ou tel réseau radio et, par définition, d’une maison de disques aux reins a priori solides, tant les liens sont serrés entre manufacturiers et diffuseurs. Et cela, sans parler des distributeurs, eux aussi partie on ne peut plus prenante dans ce système qui, dès lors que l’on n’y adhère pas, n’adopte d’autre attitude que celle qui consiste à faire la sourde oreille…
“AU ROYAUME DES AVEUGLES…“
Vous connaissez la suite ! En d’autres termes, faute de grive, on (le public) mange des merles. Et comment le lui reprocher, dès lors qu’il n’a d’autre alternative que celle de tourner le bouton de son poste sur la position off ! Curieux, alors que les radios dites libres étaient supposées apporter de la diversité, de voir combien le choix s’est considérablement réduit en l’espace de deux décennies…

Qu’il est loin le temps où le regretté Bernard Schu présentait le hit des clubs sur (W)RTL le dimanche en fin d’après-midi, quand François Diwo lui rendait la réplique sur Europe 1 depuis un studio installé au Drugstore Publicis au coin de l’avenue Matignon ! Plus de vingt ans ont passé depuis et le lancement des petites sœurs n’aura rien apporté de nouveau, si ce n’est la possibilité offerte à nos chères périphériques de jouer dans la cour de FM qui ont elles-mêmes repris à leur compte le mode de fonctionnement de ces dernières ; sempiternel histoire du serpent qui se mord la queue après avoir, il est vrai, un temps fait preuve d’un rare foisonnement d’idées… À l’instar d’un Sydney sur feue Radio 7, d’un RLP (Robert Lévy-Provençal) venu nous faire découvrir les fondements de la house sur La Voix du Lézard devenue depuis Skyrock, ou encore de la paire, Rémy Saint-Jacques et Jean-Michel Doué avec le mémorable Manhattan Show sur Mercure 104 avant de s’engager sur la voie financièrement plus sûre de l’eurodance en donnant naissance au label Airplay.
Nostalgie ? À chacun d’entre vous d’en juger au regard de ce que les ondes nous offrent aujourd’hui : des animateurs qui n’ont de tels que les voix, contraints de se cantonner à délivrer l’heure, à annoncer ou “désannoncer“ des titres qui passent quarante fois par jour avant de balancer les rails de pub ! Quant à l’ailleurs, c’est-à-dire l’infinitésimal que constituent les quelques fréquences qui résistent aux sirènes des réseaux, on y pratique ce que d’aucuns sous d’autres latitudes considéreraient de l’anti radio par excellence. À l’image d’une Nova qui, bien que plus pertinente à l’époque en terme de programmation, s’est longtemps cantonnée à un silence (radio) en termes d’animateurs, avant, comme bien d’autres dans ce cas, de faire place à des autodidactes, dont certains auraient eu besoin de sérieux cours de diction, quand ce n’est pas de français !
Et le même discours de s’appliquer aux majors dont il n’est plus demandé aux cadres d’avoir une connaissance musicale mais avant tout d’être au fait des ultimes techniques de marketing en date, quand dans le même temps le disc-jockey des clubs de la France profonde (celui qu’on appelle le didji) est supposé se comporter comme ces fameux G.O. du Clubmed pour trois francs (pardon, trois €) six sous ! Et ce, avec notre consentement tacite, quand ce n’est pas une bienveillance certaine. On n’a au fond que ce que l’on mérite et vu ce que l’on fait, on ne mérite finalement que ce que l’on a : c'est-à-dire pas grand chose…
TOUS COMPLICES
Une industrie du disque qui se cherche avec, en son sein une scène électronique qui ne s’est jamais vraiment trouvée. Des clubs qui en sont à faire de l’entrée gratuite pour combler de trop nombreux vides. Des radios qui nous la jouent genre “Souvenir, souvenir“/Retour sur le Futur. Une presse qui, pour tenter de vendre du papier, fait du disque gratuit. Des gens qui passent leur temps à se plaindre sans rien faire… On a beau critiquer la situation ; nous n’en sommes pas moins tous responsables…
DJ’s autistes à qui l’on ne laisse d’autres solutions que celle de se livrer à la course au BPM, parce que trop nombreux sur un même plateau. Autoproclamés du genre acceptant une misère pour faire les beaux (à défaut de bons) derrière les platines, talents incontestables contraints de s’exporter pour exprimer leur art. Programmateurs à l’imagination aussi étroite qu’un couloir de bus. Supposés décideurs reprenant la politique du ni ni si chère à un récent Président de la République. Intellos déclarés en tout genre refaisant le monde à coups de fantasmes qui sont autant d’actes manqués (de leur part) et de périphrases dont ils sont seuls à connaître la signification dans les colonnes d’une presse dite spécialisée… Tous à mettre dans ce même sac ô combien vide de substance, ainsi qu’en atteste la situation que nous vivons aujourd’hui. Ainsi, s’il aura fallu ici-bas près de dix ans pour que le hip hop s’impose et cinq de plus pour le R&B, la techno et la house, pourtant nés quasiment en même temps, en sont toujours à essayer de trouver une justification. Comme si elles étaient le symbole d’une quelconque régression. Elles n’en restent pas moins à ce jour et par delà elles ce que l’on regroupe sous l’appellation de musiques électroniques, le terreau suprême de créativité, ainsi que le déclarait, le Vice-Président d’Arista Records pour justifier sa venue régulière au Village Electronique du MIDEM. Mais si elles ont encore tant de chemin à parcourir avant d’être définitivement admises dans le concert auditif global, c’est que nous, qui en sommes les acteurs à des degrés divers, avons encore beaucoup à faire… À commencer par le fait d’être nous-mêmes, en ne laissant à personne le soin de nous dicter nos choix, mais aussi, est-ce à supposer, en travaillant encore plus dans la recherche de maîtrise de notre art ; qu’il s’agisse de nos techniques respectives (notre savoir faire), de notre manière de communiquer (notre faire savoir) et par là même nos habitudes et notre comportement. Confronter nos idées au lieu de nous cantonner à faire jouer nos egos respectifs, les partager le cas échéant… Ne pas hésiter à devenir les supporters les uns des autres au regard de nos affinités respectives, ainsi que c’est le cas — fut-ce au moins de façade — aux Etats-Unis. Bref, mettre l’ensemble de nos énergies au service de cette alternative que nous appelons de nos vœux ; pour ne pas dire, reconstituer cette “house nation“ telle qu’espérée par ses pionniers à ses débuts…
“PANAME, PANAME, PALACE…“(inspiré d’Edith Piaf)
Près de trente ans après l’arrivée du disco et de ses nombreuses succursales d’alors (les discothèques), qu’en est-il de la culture club hexagonale ? Et y en a-t-il d’abord jamais eu une ?
Retour sur cette réplique de Laurent Garnier, il y a quelques mois déjà au sujet de ce qu’il est convenu d’appeler le Paris by night… Paris est une ville de vieux, disait-il. Des propos qui en disent long sur la relative déception, mais aussi la lucidité d’un homme habitué à enflammer les dancefloors du monde entier. À Paris, tu trouves tout ce que tu peux chercher d’un point de vue culturel, mais quand il est question de sortir… Et le fait est ! Difficile de ne pas abonder dans son sens à la simple vue de la paupérisation venue progressivement toucher la capitale depuis les débuts du mouvement au milieu des 70’s. À l’époque, la France de la nuit accomplissait sa révolution culturelle nocturne, s’émancipant progressivement du sempiternel bal du samedi soir pour mettre toute la génération d’alors en boîte ! On y découvrait la puissance des sound systems, l’émerveillement de décos impressionnantes sous la furie des spotlights. Bref, les strass et les paillettes, mais aussi le jerk ou encore le bump prenaient le pas sur le tango et le rock, le goudron d’un parking en plein air, le petit blanc sur le zinc et, bien souvent la baston généralisée à l’aube ! Un phénomène d’autant plus amplifié, que sanctifié par la mise à l’écran des entrechats qui sortiront son auteur de l’anonymat ; à savoir John Travolta dans La fièvre du samedi soir. Régine se lance dans le grand bain avec le lancement de son club éponyme, mais il y a aussi l’Elysée-Matignon où “Ah que notre coucou national“ de Johnny prendra déjà des notes en prévision, trente ans plus tard, de l’ouverture de ce qui sera son propre club… pendant quelques mois ! On parle également du Macumba (une chaîne déjà à l’époque dont il ne reste plus guère aujourd’hui qu’un exemplaire à la frontière franco-suisse) et de son financement auquel il se murmure que Franck Sinatra himself a participé… La chanteuse, Danny a, elle aussi pignon sur rue, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Et l’on trouve encore le Koeur Samba (pour les dignitaires locaux africains), le Kilt/Club Ecossais (sur deux niveaux) et bien d’autres y compris, un peu plus tard, la Main Jaune où l’on vient avec des rollers. Sans parler de la banlieue où, à quelque vingt kilomètres de Paris sévit le fameux Rocambole avec des thèmes renouvelés chaque jour… Depuis les soirées dites pour les garçons, le mercredi, avec service de navettes allant jusqu’à l’Opéra, jusqu’au dimanche où les travestis de chez Michou se mêlent à un public hétéro… clite ! Le 7 ne tarde pas non plus à rentrer dans les mœurs du Tout Paris, avec, à sa tête, un homme — Fabrice Emaer — qui a tout compris et montera de toutes pièces ce, qui à ce jour, reste la référence absolue en matière de nightclubbing parisien : Le Palace ! Son secret : un carnet d’adresses bien rempli dont il se servira pour mieux conquérir une clientèle en quête de rêve d’un soir. Le jeu prend d’ailleurs tellement qu’il s’offrira le luxe d’affréter deux trains spéciaux pour la soirée d’inauguration d’un second Palace au Casino de Cabourg au début du mois de juillet 1979 ! Dès lors, des clubs de toutes sortes se mettent à pousser comme des champignons aux quatre coins de l’Hexagone : on en comptera jusque près de deux cent cinquante dans le seul département du Finistère ! Mais n’est pas Fabrice Emaer qui veut et nombre de ceux qui, attirés par la perspective de gains rapides, lui ont emboîté le pas, déchantent plus ou moins rapidement. Faute de vista, de savoir-faire et aussi d’avoir su s’entourer. Et c’est justement là que les choses commencent à se gâter…
“LA MIGRAINE DU SAM’DI SOIR…“
Attirés par ce qui passe pour un Eldorado potentiel à leurs yeux, nombreux sont ceux qui se jettent à corps et à cris dans le monde de la nuit. Beaucoup en reviendront lessivés pour avoir oublié que celui-ci a son mode de fonctionnement mais aussi, et peut-être plus que tout, ses codes…
Si le Palace reste de mémoire une fantastique aventure (tant que Fabrice Emaer l’a dirigé tout au moins), il fait figure de rarissime exception, à l’image de ces quelques lieux devenus mythiques qu’ont été le Studio 54, le Loft, le Zanzibar et, cerise absolue sur le gâteau, le Paradise Garage du dénommé Mel Cheren à New York. C’est dire la difficulté de la tâche, en dépit de son apparent contraire et il n’y aura guère par la suite que le regretté Jean-Claude Lagrèze, connu par ailleurs pour ses photographies de mode, pour reprendre un temps le flambeau avec des soirées dignes de ce nom, à Paris (La Luna) et un peu partout en Europe ! Ce qui suivra dès lors, malgré quelques tentatives ici ou là, relèvera plus de l’anecdotique dans son ensemble, quand ce n’est pas du pur et simple anonymat. En raison d’un opportunisme par trop marqué, d’un ostracisme sans autre raison que celle du délit de sale gueule arbitraire (c’est bien connu : on ne peut pas plaire à tout le monde !!!). De tarifs trop élevés au regard de la qualité de la prestation fournie, comme cela a d’ailleurs été le cas de nombreux clubs anglais. De la banalité de concepts qui n’en avaient que le nom. Du mélange aussi des genres parfois avec une comptabilité opaque. Sans parler de ces trop nombreux autoproclamés DJ’s venus plus pour jouer les kakous et se faire de l’argent facile qu’avec la volonté d’affirmer une volonté que de toute façon ils n’avaient pas et n’auront pour la plupart jamais…
De fait, le monde de la nuit hexagonal aura largement contribué à ce qu’il est aujourd’hui : inodore, incolore et sans guère de saveurs, en comparaison avec ce qui se passe ailleurs… En Angleterre, où la culture club est née, avec ses radios et ses programmes spés (y compris sur la très officielle BBC-Radio One), en Espagne où tout le Vieux Continent vient prendre ses quartiers d’été (à Ibiza pour les Anglais, à Palma pour les Allemands ou encore à Benidorm pour les Néerlandais), en Italie où la tradition du goût a accouché de quelques-uns des plus beaux établissements au monde, jusqu’à Chypre et le fameux Ayia Napa, rendez-vous estival incontournable des amateurs de 2step ! La carte de France ne relevant guère qu’une poignée d’endroits intéressants et encore, dans la mesure où leurs programmateurs font preuve d’originalité. Quant à l’ailleurs, point de salut, à moins d’éprouver quelque inclination à l’égard de personnages qui ressemblent davantage à des animateurs de fêtes foraines. Que vous soyez friands d’attractions que l’on imaginerait davantage voir dans un cirque, ou que vous n’ayez envie de retrouver grandeur nature les mêmes caguades qu’on vous sert du matin au soir sur les ondes des réseaux FM. En d’autres termes, que vous n’ayez envie de danser le “MIA“ ; l’humour d’IAM en moins, c’est on ne peut plus clair ! Quant aux patrons de clubs eux-mêmes, ils préféreront aller s’en jeter un ensemble, plutôt que d’écouter les propos d’un célèbre designer italien venu spécialement à leur rencontre, ainsi que ce fut le cas il y a une dizaine d’années au S.I.E.L. ! C’est vous dire (là aussi) le niveau…
Dès lors, guère étonnant que la presse ne se soit guère intéressée au sujet pendant toutes ces années, face à ce qui, d’un phénomène ainsi qu’il en a été le cas dans d’autres pays, n’aura en définitive été autre qu’une version réactualisée du fameux p’tit balloche du sam’di soir ; fut-il à l’occasion plus ou moins branché (mondain), pour ne pas dire gogo (voire bobo), tout étant relatif…
La lumière ne fut pourtant pas moins un temps, avec la déferlante des raves et ses DJ’s bien décidés à nous montrer de quoi il en retourne au début des années 90. Las, l’embellie annoncée aura été de courte durée ; la corporation se retrouvant pour l’une des rares fois comme un seul homme pour faire valoir ses prérogatives face à la menace avec, pour résultat immédiat, la mise au ban par les autorités de ces rassemblements autant spontanés que spectaculaires et, pour une fois, riches en événements… MFSB