Il est temps de nous unir autour d’une cause. Car sinon, c’est risquer l’autodestruction, le chômage, la disparition de la communauté rap sans laisser la moindre trace. Aussi, devons-nous mettre un terme à la violence, remettre la science dans cette rue que l’on appelle l’éternité et nous apprendrons à devenir autosuffisants et indépendants pour faire connaître à tous les intentions initiales du rap, en dépit des tentatives du système de nous soumettre. Ne nous laissons pas aller à suivre ce chemin qu’on a tracé pour nous. Il mène à l’autodestruction. Oui, l’autodestruction…
Je mesure combien ces propos peuvent ne pas sembler particulièrement enjoués pour beaucoup d’entre vous, mais je ne puis m’empêcher d’exprimer mes plus grands doutes quant à ce à quoi nous attendre à l’avenir, au regard de l’uniformisation de notre environnement. Est-il seulement quelque chose que nous puissions y faire ? Tout cela n’est rien d’autre qu’une question d’acceptation individuelle de ce processus, tant il nous reste toujours loisible de dire oui ou non et prendre alors les dispositions qui s’imposent, à l’image de cet extrait de ‘Self-Destruction’, texte écrit par un collectif de rappers réunis autour de KRS-One et Hank Shocklee sous le nom de The Stop The Violence Movement à la fin des années 80. Certains d’entre vous seront peut-être tentés de dire qu’il ne s’agit là encore que de mots, tant la violence est toujours présente. Mais quid de tous ces gens entrés dans l’histoire pour avoir refusé ce que tant de leurs contemporains ont pu prendre pour de la fatalité au même moment ? Politiciens, auteurs, scientifiques, artistes… Sans parler de tous ces anonymes venus laisser leurs vies au détour d’un champ de bataille au nom d’une idée si ce n’est d’un idéal !!!
Plutôt intéressant de se remémorer ce texte écrit il y a quelque 17 ans et de voir combien il est tragiquement toujours autant d’actualité dans nombre d’aspects de notre existence aujourd’hui. Comme si ce que nous tendons à considérer comme le progrès n’était au final rien d’autre d’un déclin global. Les raisons ayant mené à une telle situation sont nombreuses, telles l’ignorance, l’incompréhension quand il ne s’agit pas d’indifférence. Le tout avec la complicité du Pouvoir ou du Système (appelez le comme vous voudrez), sur fond de glorification de l’individualisme et de défense d’intérêts sectoriels ou nationaux le plus souvent en contradiction avec ceux de l’Humanité.
Cela étant, le travail accompli ces derniers mois pour empêcher le Président George W. Bush d’autoriser l’ouverture de nouveaux puits de pétrole en Alaska doit-il être pris comme un signe réel d’encouragement, quand bien même nombre de choses restent à faire ici ou là, comme le fait d’arriver à convaincre une compagnie ukrainienne gouvernementale d’abandonner la construction d’un canal dans le delta du Danube sur les bases d’un plan dont beaucoup d’observateurs s’accordent à dire qu’il présente une réelle menace contre un écosystème déjà durement fragilisé dans cette région.
Dans le même état d’esprit, je ne puis m’empêcher un scepticisme certain à l’égard de ce qui est actuellement dit sur le téléchargement libre. D’un côté, nous avons les opposants à la légalisation du téléchargement libre – les cadres dirigeants des maisons de disques notamment – qui prétendent travailler pour le respect des intérêts des artistes. Tandis que de l’autre, il y a ceux qui nous disent que le téléchargement libre est l’ultime moyen de promouvoir un morceau. Pour ce qui me concerne, je serais tenté de dire que les positions des uns comme des autres sont fondées sur des arguments fallacieux. Les premiers, parce qu’ils tirent leur existence même du travail desdits artistes et se foutent éperdument des individus pourvu qu’ils constituent une source potentielle de profits substantiels. Les seconds, parce qu’ils voudraient nous faire croire que les sites d’échanges gratuits sont l’œuvre d’amateurs de musique quand ils ne sont rien d’autre que la manifestation de l’obsession des crackers à pousser sans cesse un peu plus les limites de l’inviolabilité.
L’Histoire se révèle une fois encore riche en exemples des plus significatifs, d’un côté comme de l’autre. Qu’il s’agisse de la commercialisation du magnéto-cassette, premier outil autorisant la reproduction massive, il y a une quarantaine d’années, comme de ces évictions régulières d’artistes au rythme de l’arrivée de tendances pour la plupart artificiellement décidées.
Est-il ici encore besoin de légiférer, à l’image de cette volonté manifestée par un certain nombre de députés français d’inclure une quote-part destinée aux artistes dans les forfaits que l’on acquitte aux fournisseurs d’accès en échange d’une légalisation du téléchargement gratuit ? Pas si sûr, comme c’est déjà le cas s’agissant du règlement des droits d’auteurs sous couvert des sociétés de recouvrement existantes d’un pays à l’autre, que tous y trouvent finalement leur compte. C’est au final plus probablement dans la recherche d’un modus vivendi que la communauté internet trouvera son salut. A commencer par la nature même des fichiers téléchargés à titre gracieux dont il suffit de rendre l’écoute inaudible dans de bonnes conditions ailleurs que sur PC. C’est d’ailleurs pour notre part toujours ce que nous nous sommes efforcés de faire, tant il est vrai que ce que nous considérons comme notre liberté d’informer s’arrête là où commence celle des artistes de tirer le fruit de leur labeur. MFSB