Des biens que l’on a fini par dématérialiser pour une poignée de cacahuètes quand ce n’est pas pour rien au grand dam de leurs créateurs, talentueux ou non. Un formatage qui ne laisse plus guère place à la diversité. Une création qui, quelle que soit sa vocation (commerciale ou dite underground), semble tourner en ronds… Voilà qui, en soi, n’a rien de nouveau non plus. Ultime péripétie d’une histoire dont le propre, si l’on veut bien s’en souvenir, est d’être jalonnée de périodes tantôt lumineuses, tantôt obscures…
Alors que, technologie aidant, n’importe qui d’entre nous (ou presque) peut aujourd’hui faire l’acquisition de tel ou tel bien d’un simple click, pensant déjà, sitôt l’opération faite, à ce que l’on pourra s’offrir demain, nombreux sont ceux qui ont oublié au passage cette notion essentielle qu’est le temps qu’il faut pour élaborer l’objet de nos convoitises. Comme s’il suffisait, là aussi, d’un simple click pour lui donner une existence… Une impression qui, si elle semble se confirmer au regard d’une société dite de consommation trouvant par définition matière à se régénérer dans sa faculté à mettre en circulation des produits à la durée de vie sans cesse réduite, montre combien elle a atteint ses limites dans le domaine de la création artistique, aboutissant aujourd’hui à la situation que l’on sait. Autrement dit, un trop plein d’informations qui sont autant de sollicitations, loin malheureusement d’en valoir toutes la peine. Nos aînés diront qu’il en était déjà ainsi des années 60 et 70 ; que la production contemporaine n’est pas plus pléthorique qu’à ces époques. Mais volume ne rime malheureusement pas toujours avec qualité, d’autant qu’il n’est plus guère laissé de temps aux aspirants aujourd’hui pour faire montre de leurs capacités. Et que ceux, rares, qui pourraient/voudraient les y encourager n’en ont pas/plus nécessairement le pouvoir et encore moins le plus clair du temps les moyens…
Le fameux Toujours plus d’Alain De Closets fait ici aussi montre de toute sa pertinence, alors que trop de choses finissent par tuer LA chose, soit en la noyant, soit encore en l’ayant banalisée. A cela, ajoutons le processus d’immédiateté du jugement et le (mauvais) tour est ainsi joué qui ne permet plus aujourd’hui à un nombre sans cesse croissant d’entre nous de savoir trier le bon grain de l’ivraie, faute de nécessaires repères, voire d’échelle de valeurs. Est-ce pour autant à dire que tout est mauvais ? Là n’est pas le propos, pas plus d’ailleurs qu’il ne l’est de la période comprise entre 1983/4 et 1986/7, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas été des plus lumineuse d’un point de vue qualitatif. Simplement, nous faut-il sans doute ne pas oublier le fait qu’une période donnée peut, pour tout un tas de raisons, être plus ou moins prolifique, et nous dire que celle que nous vivons marque peut-être une fin de cycle. MFSB