Si, pour beaucoup ici, le nom d’Arthur Miles ne signifie pas grand-chose, ce personnage attachant et talentueux est pourtant loin d’être le dernier venu. Ceux d’entre vous qui ont quelque inclination à l’égard du jazz auront peut-être reconnu en lui le neveu du regretté Wes Montgomery. Quant à nous, nous nous souviendrons plus particulièrement de son passage éphémère sur FFRR en 1990 avec le lumineux ‘Helping Hand/Trippin On Your Love’ sur lequel il faisait montre de toute sa maestria. Si en quête de réarrangeur et d’interprète de haute lignée, ce qui vient ci-après pourrait bien susciter votre curiosité…
Il n’y a pas 36 sortes de musique, se plaisait à dire le regretté Miles Davis. Il y a, d’un côté, la bonne et, de l’autre, la mauvaise. Autrement dit, celle qui vous touche et celle qui vous laisse indifférent. Inutile de préciser combien celle d’Arthur Miles entre pour moi dans la première catégorie, m’ayant amené à vouloir en savoir un peu plus dès après avoir mis la main sur ce fameux maxi, en le soumettant à l’exercice de la question depuis son (nouveau) domicile en Italie. Né en 1949 à Indianapolis avant de déménager à Los Angeles trois ans plus tard, Miles entame sa carrière professionnelle peu après son seizième anniversaire, en 1965. Le jeune talent d’alors aura tôt fait de faire montre de ses indéniables capacités, que ce soit au sein de groupes comme The Days Band et The Curb Feelers puis auprès de valeurs confirmées comme José Feliciano, Edwin Starr, Gloria Gaynor et Big Joe Turner ; ce qui lui vaudra d’être considéré comme l’un des meilleurs bluesmen californiens, avant de collaborer peu après son arrivée dans la Péninsule avec Paolo Conte, Zucchero et Black Box. Une installation en Italie qui a de quoi surprendre de la part d’un artiste d’origine américaine…
J’aime beaucoup L.A., bien moins la manière de vivre américaine, explique-t-il. Cela vient probablement de mes fréquents déplacements à l’étranger. Je suis allé au Japon et au Canada où j’ai écumé les piano bars avec mes musiciens. C’est un peu devenu une corvée de rentrée à la maison. J’étais supposé être sous contrat avec MCA, je leur ai proposé quelques titres qu’ils n’ont jamais sortis. J’étais comme ces footballeurs que l’on condamne au purgatoire en les laissant mijoter sur le banc des remplaçants. Il est très difficile de se faire un chemin aux Etats-Unis quand on ne s’appelle pas Stevie Wonder ou Ray Charles. Tu dois être parrainé par un grand du showbiz US sinon basta ! Si bien que quand des copains déjà installés en Italie m’ont proposé de les rejoindre, juste pour voir, j’ai sauté sur l’occasion.
Si tôt arrivé sur place, il ne tarde guère à se bâtir une solide réputation, dans une arène locale beaucoup moins anonyme car aussi bien moins disproportionnée. C’est là que, très vite, ses réelles aptitudes parviennent aux oreilles du producteur milanais, Pippo Landro. Cela s’est passé très vite entre nous. Pippo m’a proposé des titres, j’avais des idées sur leur approche. Il m’a écouté, et c’est comme ça que tout a commencé, avec la sortie en 1990 de ‘Bring Back The Chic’. Un premier essai qui n’obtient guère qu’un succès d’estime mais Landro n’est pas homme à investir dans n’importe qui. Les deux hommes récidivent peu après avec ‘Helping Hand’ et verront leur obstination récompensée par une reconnaissance quasi immédiate des DJ’s anglais, peu après la signature du morceau en question par Pete Tongue sur FFRR. J’ai en fait réarrangé le titre ainsi que ‘Trippin’ On Your Love’ (reprise d’un morceau de A Way Of Life sorti sur Eternal au début de la même année) qui figure sur la face B. La différence d’approche entre ‘Helping Hand’ (teinté d’influences Brit soul) et ‘Trippin…’ (sorte de fusion R’n’B/soul sur un tempo house) me donna envie d’en savoir un peu plus sur les motivations de mon interlocuteur. J’aime beaucoup la musique des 70’s, le Philadelphia sound, les grooves classiques car ils ne se démodent pas… Le blues, le R’n’B, la soul des 60’s ou du début des années 70’s. Je dirais de mon style qu’il est la résultante de mon énergie et de l’émotion que je ressens.
L’arrivée quasi simultanée, bien que plus confidentielle d’un autre bluesman US (Tad Robinson) sur un label italien aurait d’ailleurs bien pu confirmer à l’époque l’arrivée d’une nouvelle vague en provenance de la célèbre botte, après l’Italo disco dix ans plus tôt… Les Tifosi sont fous de R’nB. Ils s’arrachent les disques des Blues Brothers. Bien que ces derniers soient loin d’être l’archétype du genre, cela a au moins eu l’avantage d’attirer l’attention du public sur ce genre de musique. Une frénésie telle que l’on tend d’ailleurs à leur en accorder systématiquement la paternité, oubliant au passage les Wilson Pickett, Eddie Floyd, Jackie Wilson et autres Bobby Blues Band.
J’ai en revanche écrit quatre à cinq morceaux sur mon album et j’en ai encore une bonne dizaine sous le coude. Las, ceux-ci ne verront pas le jour, mettant fin à l’expérience pourtant prometteuse de Miles, emporté par les relents d’une Spaghetti house peu à peu transformée en eurodance pour gogos.
Miles s’en est retourné à ces performances intimistes en salle où, accompagné de ses musiciens – un quartet réuni sous le nom d’Allstar Gospel, il régale le public de ses interprétations riches en émotions. Le blues est une manière de vivre, expliquait-il dans un entretien accordé à un magazine anglais. Pour pouvoir le comprendre, il faut l’avoir en soi… MFSB
ARTHUR MILES ‘Bring Back The Chic’ (I-New Music)
‘Helping Hand/Trippin’ On Your Love’ (UK-FFRR)
Love For All Seasons LP (I-New Music)