J’imagine volontiers que parmi ceux d’entre vous qui lisez ces lignes en ce moment même, aucun ne dira qu’il n’aime pas la musique. Pour autant – et ces dames ne me démentiront pas – y aller de sa déclaration est une chose, tandis qu’en faire la preuve en est une toute autre…
Les mots ont vite fait de se transformer en simple blah blah blah et Dieu sait si nous en sommes envahis dans pratiquement tous les compartiments de la vie. Ainsi, est-il loisible d’entendre ici ou là des gens évoquer leur combat pour telle ou telle cause, alors qu’ils se comportent à l’exact opposé dans leur vie de tous les jours. Des politiciens qui nous disent qu’il faut que ça change et ne font pas mieux - si ce n’est pire - que leurs prédécesseurs au citoyen lambda qui critique le capitalisme tout en en arborant les symboles (vêtements de marque, etc), en passant par les écologistes qui ne trouvent rien de mieux que de circuler dans des véhicules à moteur diesel ou laisser pisser leurs chiens sur la voiture du voisin… J’en passe et des meilleures ! Jusqu’à ces clubbers qui, non contents d’avoir leurs noms sur une guest list, boivent la bouteille qu’ils ont amenée en douce dans les toilettes et se plaignent après qu’il n’y a plus de soirées dignes de ce nom… Sans parler de tous ceux qui se prétendent amateurs, voire militants et s’échangent à qui mieux mieux des fichiers téléchargés, les faisant même payer à l’occasion ! Et nous en sommes aujourd’hui à faire le triste constat d’une société en perte de diversité, sous la domination de trusts multinationaux sans cesse plus puissants.
Que n’entend-on ici ou là tel ou tel dire, pour justifier le téléchargement gratuit, que la musique est trop chère, oubliant par là même que tout a un coût et que si ce dernier n’est pas financé, c’est alors tout le système qui saute. Et quand bien même on ne saurait totalement condamner cette attitude, tant il est vrai qu’un à deux titres par album qui valent le détour sont décidément trop peu pour en justifier l’acquisition, le téléchargement, fut-il gratuit, n’en a pas moins non plus un coût, depuis l’acquisition d’un ordinateur jusqu’à un abonnement auprès d’un fournisseur d’accès, en passant par l’installation de logiciels sans cesse plus performants. L’on nous dira encore qu’il est loisible de se les procurer gratuitement, quand bien même il est avéré que les logiciels crackés conduisent ou bien à l’arrivée de spywares donnant accès aux données personnelles quand ce ne sont pas des virus nécessitant le recours à des spécialistes, dont l’intervention peut, pour le compte, s’avérer bien plus chère qu’une vingtaine de bon vieux vinyls, avec leurs pochettes et les crédits qui figurent dessus !
Mais peut-être faut-il croire que ceux qui déclarent aimer la musique l’aiment à la mesure de la majorité de ce qui ce qui leur est proposé aujourd’hui ; autrement dit, des produits commercialisés par des ‘cols blancs’ à qui il n’est demandé rien d’autre qu’une connaissance des techniques du commerce dit de grande distribution. Et la boucle d’être ainsi bouclée avec une musique en conséquence, destinée à répondre à des formats dictés par ce dernier. Quant aux autres, ceux qui refusent ce système, il ne leur est guère laissé d’autre possibilité que d’œuvrer avec les finances dont ils disposent – c'est-à-dire pas grand-chose en comparaison – et essayer de faire avec. C’est aujourd’hui plus que jamais ces derniers qu’il faut soutenir, en acquérant leurs produits, en se rendant aux manifestations qu’ils organisent ou auxquelles ils participent et en payant son dû sous peine de les voir disparaître à jamais en même temps que la diversité laquelle, faut-il le rappeler, demeure l’un des facteurs essentiels de la richesse du monde tel que nous l’avons trouvé à l’origine. La question étant : Saurons-nous et voulons nous seulement la conserver ??? MFSB