Ainsi qu’annoncé précédemment, le temps est maintenant venu pour nos correspondants locaux de livrer leurs conclusions quant aux festivités de Miami. Ouvrant cette série, l’auteur de la rubrique Tried & Tested et patron du label Stalwart, Olivier Velay…
MIAMI 2006 : TOUT CA POUR CA ?
C’est ce moment de l’année… Ce moment que nous attendons tous dans l’industrie. C’est toujours avec plein d’espoir que je fais mes bagages, la tête pleine de bonne musique et de soleil… Partir à Miami en mars a toujours été une telle expérience. 8 fois après cette première en 2000 qui m’a vu avoir l’opportunité de présenter enfin KOT à tout le monde (lors de la WMC 2000), me voilà prêt pour une nouvelle Conference. Miami n’est pas seulement une superbe opportunité de promouvoir de nouveaux disques (que l’on soit producteur, label manager ou les deux), mais aussi de rencontrer tous ceux avec qui l’on est en contact ou dont on a entendu parler dans la scène de la dance music. Echanger de la musique et des idées avec des gens passionnés et professionnels issus de l’industrie est invariablement quelque chose d’enrichissant, avec ce petit plus dans le district art déco sous le soleil de Miami Beach…
Mercredi 22
Je fais le voyage avec mon ami, Greg Kozo de Place Blanche Records. Nous quittons Paris ce 22 mars sous un petit 4°C. Prêt pour ma part à mordre à pleines dents dans cette Conference avec de nouvelles productions sur mon label (Stalwart), à découvrir de nouveaux morceaux, retrouver tout le monde là-bas et repartir ensuite, poussé par cette vague qui donne foi dans la house music, dans ce que l’on fait...
Après la queue usuelle et interminable qui précède le passage aux formalités douanières lors de l’entrée sur le territoire des Etats-Unis, nous nous retrouvons enfin à l’extérieur de l’aéroport Miami Dade sous une température de 32°C. Il est 16H00. Nous attrapons un taxi et lui faisons part de notre destination : South Beach !
Petite séance de récupération à la plage sous ce soleil qui nous a tant manqué depuis bien trop longtemps à Paris et nous nous rendons à une soirée privée au Delano dont mon associé au sein de Stalwart – DJ Rork – est l’hôte des festivités pendant la semaine. . Le Delano est sans aucun doute l’un des plus beaux hôtels de South Beach. Son lobby est l’œuvre de Philippe Stark et l’on y croise des VIP tout au long de l’année, à l’image de la tenniswoman Kim Clijsters (#2 WTA) qui doit disputer le Tournoi de Miami dans les jours qui viennent. Après avoir goûté aux nombreux délices du buffet, nous nous rendons à ce qui est supposé être l’un des grands moments de la semaine : la Magic Sessions, où ne figurent cette année que Louie Vega & Tony Humphries.
A notre arrivée sur les lieux, nous sommes confrontés à ce qui sera l’une des controverses de la semaine : les clubs ne jouent pas le jeu avec les membres de l’industrie, essayant d’encaisser deux fois le prix indiqué sur les flyers ! On nous invite ainsi à payer $35 à l’entrée alors que le flyer fait état d’un tarif d’admission de $20 ! Nous passons ainsi plus d’un quart d’heure avec le manger du Crobar pour rentrer au tarif indiqué… Je comprendrai le jour d’après qu’ils ont piégé ainsi la plupart des gens, prétextant que le prix ‘bas’ n’était valable que jusque à minuit… Il est vraiment dommage qu’hôtels et restaurants poussent ainsi le bouchon un peu plus chaque année, allant jusqu’à multiplier les prix par 5 (essentiellement les hôtels) par rapport à la ‘normale’. Une situation qui a d’ailleurs incité nombre de membres de l’industrie à faire l’impasse cette année… Ces derniers sont supposés venir ici pour travailler, tisser des liens et aller au maximum de soirées pour aller à la découverte de ce qui y est joué, faire de nouvelles rencontres, donner et récupérer de nouvelles promos… Une tâche de plus en plus ardue, en raison de la fragilité de notre économie avec l’arrivée du digital prenant le pas sur le vinyl ; ce qui rend la marge de manœuvre encore plus étroite. Tant et si bien que l’on en vient à se demander si tout cela en vaut encore la peine. Question à laquelle, tout au long de ce séjour, nous aurons de plus en plus de mal à répondre par l’affirmative. Mais revenons à l’esprit musical du moment, avec ce set de 4 heures de Louie Vega frisant la perfection d’un point de vue technique, nous faisant dire, loin de ce que les magazines anglais pondent dans leurs bilans annuels combien Louie compte pari les (si ce n’est LE) meilleur(s) DJ(’s) au monde. Louie, you’re still the boss !
Jeudi 23

Nous sommes très excités à l’idée de nous rendre à la Defected Party,qui se tient cette année au Nikky Beach, un club pour moitié en plein air. Il y a tout juste un an, Simon Dunmore, le patron du label, n’avait pas été particulièrement gâté par les conditions atmosphériques qui avaient quelque peu pourri sa ‘soirée’ au National avec une pluie diluvienne pendant une heure. Las, ce sera encore pire cette année, arrosés que nous serons par un orage tropical dont je ressors en ayant l’impression d’avoir pris une douche tout habillé, chaussures aux pieds ! Nous traversons des flaques de 50 cm de profondeur pour parvenir à destination et sommes accueillis par nul autre que Simon himself bien qu’occupé par ailleurs à faire face aux conditions climatiques, à la police locale qui ne manque pas une occasion de montrer le bout de son nez pour vérifier le volume sonore (un tic qui revient décidément trop souvent à Miami), le suivi du passage des artistes sur scène, jusque à la vente de T-shirts. Chapeau bas à vous monsieur Dunmore qui, bien qu’étant à la tête de l’un des plus gros labels house au monde, savez si bien rester terre à terre, montrant ainsi combien vous êtes un grand manager… Respect ! La fête continuera d’ailleurs avec même un début de buzz. Là, je croise le regard d’un certain nombre de visages attachants dont Gavin et Sam (Copyright) que je tenais à rencontrer depuis quelque temps. Tandis qu’aux platines, Jamie Lewis tient la foule de sa house soulful, toujours aussi professionnel dans son comportement. Je rentre à l’hôtel après avoir passé quelques heures sur place, devant me préparer à l’occasion de mon DJ set au A-Bar à l’occasion de la soirée donné par Power Of Love Productions, aux côtés de DJ Romain (NYC), Ron D (nôtre hôte, merci pour l’accueil chaleureux), Mike Agent X Clark & quelques autres.
J’ouvre les festivités (de 22H00 à 23H20). Il n’y aura malheureusement pas grand monde, mais nous passerons tous ensemble (DJ’s et public) un moment agréable. Je ne pourrai guère m’y attarder, devant me rendre à l’Amika club où se tient la soirée Soulfuric. Là encore, ce même genre de réflexion à l’entrée du type : Désolé, vous n’êtes pas sur la liste d’invités ! Mais nous avons la chance de croiser Brian Tappert, le patron du label, qui nous le bal avec un set de qualité à la fois soulful et pumping à l’étage du bas, tandis que Bobby D’Ambrosio (c’est la première fois que je le vois à l’ouvrage) lui donne la réplique à l’étage. Puis nous redescendons pour voir Jon Cutler en pleine action suivi d’un omniprésent Jamie Lewis. Nous serrons quelques mains ici ou là et décidons de rentrer à l’hôtel car une grosse journée nous attend le lendemain.
Vendredi 24

La tension monte encore d’un cran. C’est aujourd’hui que se tient la STALWART Party au Delano, aux abords de la splendide piscine. Après avoir passé la journée d’une pool party à l’autre sans noter quoi que ce soit de terrible, nous nous préparons à notre propre happening ce qui ne me permettra malheureusement pas d’assiter à la (petite) MAW Party qui se tient en même temps… Enfin, nous voilà prêts à donner le coup d’envoi et je me réjouis de notre line up : Aaron Ross, Chris ‘Cee-Rule’ Forman de Steal Vybe, DJ Rork & Ladybird, DJ Fudge, Reverendp et votre bien dévoué ! Tout se passera pour le mieux, en dehors de ce vent froid qui vient du large. Beaucoup de membres de l’industrie passeront nous voir, démontrant ainsi leur soutien dont Marlon D, Matthias Heilbro
nn, Sergio Flores, Danny Marquez, Willie Graff, Harley & Muscle, Alix Alvarez, Scott Grooves, Michael Stukes. Je tiens d’ailleurs à remercier tous ceux qui sont venus en dépit des conditions climatiques et qui ont ainsi prouvé leur dévotion à l’égard de la house music. Nous finirons la soirée en nous rendant à la très belle Got Soul Party au Rane, où nous aurons tôt fait d’être sous le charme de jojoflores dans un set étonnant, Danny Krivit délivrant une sélection old school disco dans la seconde aile.
Nous rentrons nous coucher avec une impression positive quant à la Conference de cette année…
Samedi 25
Mon vieil ami Leo Cuenca de Radio FG s’est joint hier à Greg et moi pour partager la chambre que nous occupons au Sherbrooke hotel sur Collins.
Bien heureux celui d’entre vous qui peut se permettre d’occuper une chambre seul tant les prix sont prohibitifs ! Nous passerons le plus clair de la journée à faire ‘wash washa’ au National qui s’avère l’un des lieux les plus intéressants pour faire des rencontres. En fin d’après midi, et pour la toute première fois, je me rends à l’Ultra Music Festival, aux airs d’une énorme rave accueillant plus de 40000 personnes ! J’y ai été invité pour voir le live de The Prodigy sur la scène centrale… Cela fait presque 10 ans que je ne les ai plus revus dans de telles cironstances. Le show est bien huilé, la sono est parfaite et tout est fait pour que le spectateur passe un bon moment. Mais je dois dire que le groupe a acquis le statut de pop stars et j’ai le sentiment d’être devenu entre temps quelqu’un aspirant à un style de musique plus ‘chill’. Les bons vieux jours de raves sont définitivement passés pour ce qui me concerne ! Je termine la soirée au Delano à la Who’s The Boss Party où il m’est donné de suivre un joli set, deep et sexy du patron de Seasons Recordings, Jamie Thinnes.
Dimanche 26
Nous commençons tous à penser que quelque chose manque cette année. Comme si nous attendions que cette Conference décolle enfin ! Mais que se passe-t-il donc ? Il y a définitivement moins d’executives de l’industrie et, malgré quelques soirées intéressantes, nous sommes tous à attendre l’étincelle qui met le feu aux poudres, la folie, la vibe !!! Quelque chose qui n’aura pas lieu malheureusement, ou si peu.
La plupart des pool parties sont des plus basiques, sans vibrations particulières ni DJ’s sortant du lôt. Bref, rien de bien excitant… Nous décidons de nous rendre à la And Let The Singer Be Heard pool party au Delano, mais c’est une telle galère pour rentrer que nous faisons l’impasse. J’aimerais dire aux organisateurs de soirées combien il serait bon d’être un peu plus professionnels tant on ne vient pas dans un club pour jouer des coudes à l’entrée mais a priori pour passer un bon ment !
Rien ne m’intéressant vraiment dans la soirée, j’en profite pour faire le break et me coucher tôt, pour une fois !
Lundi 27
Le temps n’est toujours pas de la partie et nous nous réveillons sous un ciel nuageux. Nous aurons aujourd’hui grandeur nature la démonstration selon laquelle trop de fêtes tue la fête !!! Beaucoup de choses intéressantes à voir ce jour et voilà le résultat… La Peppermint Jam Party avec Mousse T, Shakedown, Matthias Heilbronn : personne ! La Stealth Recordings Party avec Roger Sanchez : vide… Et ainsi de suite. Voilà qui se devrait d’être porté à l’attention des organisateurs de la Conference, tant la démultiplication des soirées dans chaque lieu que compte South Beach n’a rien de bon. L’on devrait ainsi tant que faire se peut revenir aux bases, être beaucoup plus sélectif quant aux soirées qui s’y passent et leur labellisation, tant cela n’a plus le moindre sens.
Il me semble que c’est comme si les organisateurs avaient perdu le contrôle du ‘monstre’. Cela dit, nous aurons une bien belle surprise au Delano avec la Purple Music Party, et fondrons littéralement sous le charme de la Shelter Party… On a d’ailleurs l’impression qu’il se passe quelque chose dès notre arrivée au Shelborne où se voit célébrer le 15° a
nniversaire du Shelter. Et le sentiment de se confirmer. Oui, nous avons là ce que nous étions venus chercher ici : LA vibe ! Timmy Regisford est dans une forme étincelante et le sound system est une tuerie. Le public est tout acquis et tout le monde sourit. La vibe est là… Merci à Shelter pour ce moment de pur bonheur nous ayant ni plus ni moins ramené à ce qui sont les racines du mouvement en même temps que les raisons pour lesquelles nous aimons tant la house music. J’aurais aimé assister à plus d’événements dans cet esprit, mais je me sens chanceux d’avoir pu assister au moins à celui-là.
Je consacrerai la journée du lendemain à ‘chiller’ et préparer mes valises pour rentrer à Paris le vendredi suivant.
Que retenir de cette édition 2006 ?
1- La quasi systématisation du Digital dans les échanges et l’incroyable baisse d’intérêt à l’égard du vinyl.
2- Une économie de plus en plus dure avec la baisse de ventes en termes de vinyl pour les labels indépendants creusant un peu plus le fossé entre les grandes sociétés/les noms en haut de l’affiche et les petits indépendants/producteurs amenant à se demander s’il existe un avenir pour l’underground.
3- le manque d’enthousiame des membres de l’industrie par rapport aux années précédentes.
4- Trop de soirées partout en même temps, un mauvais timing et une mauvaise organisation de ces dernières, l’explosion des tarifs d’admission à l’entrée des clubs, qui n’a guère facilité le travail des membres de l’industrie.
5- Le manque général d’inspiration, de créativité et d’originalité en matière de production musicale…
Voilà qui amène donc à la conclusion suivante : La house music a perdu son essence dans son chemin vers la démocratisation. Il y a d’un côté la house commerciale où la production qui en ressort rentre dans le cadre de la pop music, tandis que ses activistes sont considérés comme des icônes par les nouvelles générations de clubbers et d’auditeurs. Et de l’autre, les pourvoyeurs d’une musique issue de l’underground qui, bien que plus léchée et appréciée d’un public plus mature, risque fort de rester là où elle est, à l’instar du jazz.
Alors, je vous le demande : est-ce bien la peine ? Est-ce encore la peine d’investir temps et argent pour tout ce cirque ? Est-ce encore la peine de continuer à soutenir ainsi qu’à promouvoir la house music ? Est-ce la peine de se sentir tel Don Quichotte essayant de venir à bout des moulins ? Si ça continue comme ça, la house music va définitivement se perdre (si ce n’est déjà fait). Les bons morceaux resteront dans l’underground (l’ombre) pendant encore un moment, jusqu’à un nouvel allant d’ici quelques mois/années qui donnera lieu à une nouvelle révolution balayant tout la m…. de la surface du globe. Je fais un rêve… Olivier Velay
TOP 10 MIAMI TUNES
KATHY BROWN Get Another Love - Warren Clarke Club Mix (Defected)
LENNY FONTANA & JOI CARDWELL Make It Alright (Stalwart)
BLAZE Most Precious Love - Sergio Flores Dub (Defected)
GREG KOZO featuring YUANIST WOODS What & Where - Fudge Remix (Place Blanche)
MU-SOUL All I Have - Original Mix (white)
STEAL VYBE featuring CORDELL McCLARY Missing You (Stalwart)
JAY J & MARK GRANT Love Is - Jay-J’s Shifted Up Mix (CDR)
QUENTIN HARRIS ?????? (CDR)
DOM NAVARRA featuring MOHSON IQBAL Beat Of The Drum - (UK Basic)
TODD GARDNER Take My Breath Away – Dub (Certified Organik)
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