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MUSTAFA:
THE BEAUTY & THE… BEST!
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Quelle chance cet été de nous voir gratifier d’autant de bonnes vibrations. Parmi ceux à qui l’on doit cet état de fait, le DJ/Producteur français, Mustafa, dont nous avons mentionné le nom à l’occasion de la sortie récente de ‘Por Causa De Vôcé Menina’ sur le label, Stalwart. Et notre homme de ne pas s’arrêter en si bon chemin, fort de l’album Ginga Brasileira sur Rambling Records, recueil de brillants remixes signés, entre autres, Dom Navarra, Louis Subsole, Groove Assassin ou encore du vétéran du garage anglais, MJ Cole. Suffisamment de (bonnes) raisons pour avoir envie de le faire passer à table…
Première question en guise d'apéritif: qui est Mustafa?
Je suis né le 23 septembre 1970 en banlieue parisienne. Mes parents sont d'origine algérienne et j'ai vécu dans un mileu partagé entre deux cultures; celle de la maison et celle de la rue. Passionné de musique depuis très jeune, j'ai commencé dès l'adolescence à collectionner les disques pour les jouer dans les soirées entre amis et autres fêtes diverses. Je me souviens d'avoir dépensé toute ma bourse d'étude de l'université dans un magasin de disques et j'ai du chercher un job étudiant juste après.
Le point de départ?
Je pense que le vrai point de départ a été a mon entrée à l'université lorsque j' ai commencé à mixer dans les soirées étudiantes parisiennes. Je passais plus de temps dans les clubs et les bars que dans les amphis! C'était la folie. Il y avait un vrai public qui venait à toutes les soirées. Les gens dansaient toute la nuit.
Ton background?
100% Black music ! Je n'écoutais que du funk et de la soul music. Puis j'ai ouvert mon horizon en allant vers le jazz, la musique latine, africaine, arabe.
Ceux qui t'ont donné envie de te consacrer à la musique?
Ce sont les gens que je vois danser dans toutes les soirées où je mets la musique au quatre coins du monde. Je suis un véritable dingue de musique ; elle a une grande influence émotionnelle sur moi. Lorsque je vois que j'arrive à transmettre cette énergie aux gens qui sont en face de moi, c'est extraordinaire. C'est pour eux que je fais cela.
Les 5 disques essentiels que tu emmènerais sur une île déserte ?
Seulement 5 ? Il y en a tellement d'indispensables !!! Marvin Gaye - What's Going On, Miles Davis - Kind Of Blue, Stevie Wonder - Songs Of The Key Life, Michael Jackson - Off The Wall, Tom Jobim e Elis Regina - Fotografia
Un musicien, par définition, donne. Mais pour donner, il faut aussi savoir recevoir en retour. Tes sources d’inspiration ?
Il est essentiel de recevoir en retour. Il faut qu'il y ait une interaction car je ne fais pas de la musique pour moi mais pour l'offrir aux autres. Mes sources d'inspiration sont toutes les stars de la musique black des années 70 ( Motown, Stax ...)
L'environnement est aussi réputé jouer un rôle capital...
Mes parents se sont séparés lorsque j'étais très jeune et j'ai vécu avec mon père. Du côté de ma mère, c’est une famille de musiciens en Algérie. Tout le monde joue d'un instrument ou chante. A croire que c'était dans les gênes.
De Paris à Rio De Janeiro, en passant par Londres et les Iles Canaries. Sacré parcours ! Un commentaire ?
Tous ces endroits où j’ai vécu sont incroyables. Chacun d'entre eux m'a influencé et a élargi mon univers musical. J'ai énormément appris des gens avec qui j'ai travaillé. Il y a des moments extraordinaires qui m'ont marqué. Lorsque je suis arrivé a londres en 1994, j'ai assisté au carnaval de Notting Hill. C'était de la folie. C'est l’année où est apparue la jungle. J' ai vu le quartier entier de ladbroke grove sauter en l'air au son du DJ et du MC qui criait "rewind". Autre grand moment, le Carnaval de Santa Cruz de Tenerife aux Canaries avec 500 000 personnes qui dansaient avec le sourire sur le visage au son de Celia CRuz. A Rio de janeiro, c'était encore plus incroyable lorsque j'ai vu le concert de Jorge Ben sur la plage d'Ipanema. Il y avait une énergie d'amour, de joie de vivre contagieuse entre tous les gens qui étaient là. Ce sont ces moments incroyables qui sont déterminants dans ma vie, qui m'inspirent et m'incitent à continuer à faire de la musique. C’est là que l’on réalise combien la musique peut changer beaucoup de choses et transformer les gens.
Tout cela était-il prémédité en quelque sorte ? Comme un passage obligé ?
Chacun de mes déménagements s’est fait du jour au lendemain. Je ne les ai jamais planifiés. Lorsque je sentais le moment venu de m’en aller, je partais sans me poser de question en étant toujours convaincu que je faisais le bon choix et qu il allait en sortir quelque chose de bien. Je fonctionne beaucoup à l' instinct.
Tant de déplacements ici ou là. A croire que nul n’est prophète en son pays!
Le monde est trop vaste pour que l’on reste enfermé dans son propre univers... Il y a tant de choses à apprendre des autres. Souvent, les gens ne nous valorisent pas en raison de la proximité. Ils reviennent vers vous une fois que les autres parlent de vous !
Une sortie d’album au Japon (sur Rambling Records) et des singles en Europe à la fois sur Stalwart (récent Single Of The Week sur IDMW) et Jazzmin qui ont fait l’objet de remixes venus de post-producteurs étrangers et français… La mondialisation n’a visiblement pas que des effets négatifs, même si l’avènement d’Internet est sur le point de consacrer la mort du vinyl !
La mondialisation est une opportunité incroyable en ce sens qu’il n'existe plus de barrières et que l'on peut travailler avec des gens du monde entier. Internet a été un atout fantastique en cela et m'a permis de me rapprocher des gens. J'y ai fait des nombreuses connaissances, mais j' ai toujours privilégié le contact humain. C'est pour cela que j'ai toujours voyagé pour rencontrer les gens avec qui j' allais travailler. Malheureusement, je dois dire que le format mp3 a malheureusement poussé le marché phonographique vers le bas. Car quoi que l' on en dise, on ne possède un disque que lorsque l’on a acheté un support physique, avec une pochette, des crédits. Un fichier mp3 ne représente pas le fruit du travail d'un producteur. Je trouve cela dommage de voir les jeunes générations arriver en pensant qu'une musique peut uniquement s'écouter sur un Ipod ou un ordinateur. Quelque chose d'important est en train se perdre.
Comment perçois-tu ces relectures données à tes travaux?
Mon travail est un mélange de relectures et compositions originales. Ces relectures que j' ai choisies sont des morceaux que j'adorais chanter, jouer en soirée avec mes musiciens(j’ai un groupe avec lequel je joue au Brésil) et je voulais y apporter quelque chose de nouveau. D'ailleurs je me suis présenté en personne à la plupart des compositeurs que j' avais repris pour leur donner une copie du disque et montrer ce que j'avais fait de leur musique.
Déjà songé à faire des remixes toi-même?
Oui,pour des artistes brésiliens et aussi pour un groupe anglais de nu jazz/ soul qui s'appelle Sunlightsquare. Je suis toujours ouvert aux propositions.
Le Japon apparaît tel un tremplin pour de nombreux artistes étrangers, pour ne pas dire une terre promise. Un commentaire ?
Le Japon a été une grande surprise car mon disque est arrivé dans les mains d'une maison disque par l'intermédiaire d'un journaliste japonais en répérage au Brésil. Ils m'ont contacté et j'ai signé avec eux. Dès la première semaine apr-ès sa sortie, j' étais dans les charts du HMV. J' ai été très sérieusement impressionné par la culture musicale qu'ils ont et leur grande ouverture dans ce sens. J' ai hâte d'aller jouer là bas pour en savoir plus.
Ton séjour au Brésil constitue le fond manifeste de tes travaux actuels. Un mot de cette expérience ?
Mon histoire au Brésil est très spéciale car je suis parti là bas sur un coup de tête en y ayant uniquement emmené des disques, mes platines et une MPC 2000. J'ai commencé en tant que DJ et puis l'on m'a proposé de participer à la production dans un disque. J'y ai perdu tout mon argent et me suis retrouvé à la rue. Je ne voulais pas retourner en France et j' ai du donc m’installer dans une favella qui était l' unique endroit ou l' on peut vivre sans argent. Avec l' encouragement des musiciens et des chanteurs que j'avais découverts, j'ai vendu mes affaires pour me faire de l'argent afin de pouvoir entrer en studio. C'était un peu comme l' énergie du désespoir ; celle de la dernière chance où je comptais sur la musique pour pouvoir m'en sortir. J’y ai vécu dans des conditions difficiles mais avec une joie de vivre exceptionnelle et beaucoup d'inspiration. Cette phase de ma vie a été déterminante et m'a changé à jamais. Ma vie au Brésil m'a beaucoup appris, surtout les valeurs essentielles que nous avons tendance à oublier dans le monde occidental.
Le concept de ce dernier album?
En fait l'album, Ginga Brasileira, est un recueil de remixes avec une ouverture d'esprit générale auquel ont lesquels participé des producteurs, musiciens, chanteurs venus de divers horizons et pays tout en gardant cette touche bien brésilienne.
Faut-il y voir une sorte de suite à tes deux exercices précédents du genre sortis au Brésil ?
Complètement !
Et pourtant, aux dires de notre correspondant local (Marcel Chapman), il y a un fossé entre la production dite domestique et ces nombreuses expériences qui ont donné corps au nu jazz en Europe sous l’impulsion de producteurs tels Jazzanova, Rainer Trüby, Toco (en Italie) ou encore Nutropic en France,lesquelles n’ont apparemment guère d’audience au Brésil même. Une explication ?
Exact. Au Brésil, il y a deux types de musiques : celle du "gringo" (des étrangers) et la musique nationale (samba , pagode, sertanejo, axé...). La musique électronique est encore nouvelle la bas. Elle a déja pris ses racines par le drum'n'bass mélangé a la samba avec des gens comme Mad ZOO, Ramilson Maia, Drumagick, Patife, Marky, Marcelinho Da Lua, Bossacucanova ou dans la house music avec Mêmê. La vague est en train de prendre. Ce qui se passe avec les producteurs étrangers qui se sont mis dans le créneau de la musique brésilienne, c’est qu'elle ne sonne pas authentique à l'oreille du Brésilien, même si les paroles sont en Portugais. Bebel Gilberto est ainsi quasiment inconnue au Brésil. Pour gagner le public dans ce créneau là, il faut vivre la bas et plonger au plus profond de la culture brésilienne, celle de la rue.
Tu as pourtant visiblement évité le piège avec, ainsi que précisé précédemment avec deux premiers albums qui ont été soutenus au Brésil… Serais-tu l’exception qui confirme la règle ?
Attention, du calme ! Je ne suis pas devenu une méga star au Brésil mais j'ai réussi a m'y faire un nom, à voir ma musique passer à la radio. C'est un travail très difficile. La raison de cette réussite a été de vivre au quotidien au Brésil et lutter pour cela, de proposer un son différent, en respect avec la culture locale mais en y a ajoutant une touche spéciale, la mienne.
Quelle est ta perception de la situation, alors que tu es actuellement en France ?
Pour le moins étrange. Les uns snobent les autres. C'était assez bizarre car lorsque je suis arrivé, j' ai voulu entrer en contact avec de nombreux producteurs mais pratiquement personne ne m’a répondu. Ca va un peu mieux. Peut être pour être allé à la WMC de Miami. J'essaie actuellement de sortir mon album en France mais c’est très compliqué de trouver une maison de disques.
Les raisons de ton retour ?
Après 5 années passées sans sortir du Brésil, j'avais besoin de trouver de nouvelles sources d’inspiration et aussi apprendre de nouvelles choses. C'est pour cela que je voyage énormément.
Les réactions à tes travaux dans ce qui est ton pays d’origine ?
Tous ceux qui ont écouté adorent. mais ils me demandent tous où l'on peut acheter le disque !
Il y a toujours eu un décalage énorme entre ce pays (la France) et ce qui se passe ailleurs. Protectionnisme ? Manque d’ouverture ?
Il est vrai qu'en France, on rencontre une certaine arrogance de la part des gens qui se croient vivre dans le berceau de la culture mondiale. De ce fait, ils s'enferment dans leur univers et ne s'ouvrent pas assez. Il n'y a qu' a comparer avec l'Angleterre ! C’est l’une des raisons essentielles pour lesquelles je suis parti voyager. De plus, je trouve le paysage musical français très pauvre. La dite "French Touch" est un peu passée de mode. Il est peut être temps de s'ouvrir un peu plus. Le plus incroyable est qu'aujourd' hui si vous voulez écouter un bon DJ français mixer, vous devez partir à l' étranger !
Des projets avec les très actifs Nutropic ?
Rien de précis. Affaire à suivre.
La suite ?
A venir d'ici peu, un nouveau single sur Tempogroove avec des remixes d'Audiowhores et MJ Cole. Et puis bien d'autres encore avec des remixes de Jihad Muhammad, Kiko Navarro, Hedi Bemrondan (Afromento), Richard Earnshaw, DJ Rork, Mankz .....
Muito obrigado. Ate logo. MFSB
MUSTAFA – Ginga Brasileira CD/LP (Rambling Records)
‘Por Causa De Vôcé Menina’ (Stalwart)
‘Exclusive Remixes’ (Jazzmin Records)
MUSTAFA featuring ELISANGELA - "Bom Demais" (Tempogroove/Advance)
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