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’’L’ELECTRONIQUE M’A TUER’’…
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Nu Groove, R&S, Nuphonic, Tribal, Strictly Rhythm (avant de résuciter fort d’un contrat avec Defected)… La liste est longue de ces aventures étroitement associées à l’émergence d’une culture électronique, que l’on ne conjugue aujourd’hui plus guère qu’au passé. Mégalomanie de certains dirigeants, malveillance de la part d’autres, incompréhension des attentes du marché, inexistence de soutien médiatique d’envergure. Sans parler de la transformation inexorable des habitudes de consommation appelées à voir le support (CD… vinyl) disparaître au profit du processus de téléchargement de fichiers avec, en ligne de mire, la perspective grandissante d’un transfert des prérogatives jusque là réservées à l’industrie du disque vers celle de la technologie ! Ci-après quelques éléments de réponse à partir d’observations rapportées ça et là…
Les temps sont difficiles, disait en son temps Léo Ferré. Il n’y a plus de rien, chantait Mouloudji. Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient, pouvait-on entendre au fil des conversations. En d’autres termes, rien d’autre que le signe d’une société souvent perdue devant la vitesse exponentielle de sa mutation, au point de se demander, à l’instar de ces auteurs de scenari d’investigation qui, de l’homme ou de la machine aura finalement le dernier mot !
On n’a pas manqué, à juste titre, de saluer l’arrrivée de l’électronique (la technologie) dans notre environnement en ce qu’elle a libéré son concepteur – l’Homme – de nombre de tâches qui ne sont aujourd’hui plus qu’un lointain souvenir dans son quotidien. Mais y était-il fondamentalement préparé ; à tout le moins avait-il (ou était-il en mesure d’avoir) la mesure d’un tel changement et de ses conséquences dans sa vie de tous les jours ? Là est probablement une toute autre histoire avec des éléments de réponse variant d’un individu à l’autre, en fonction de son âge (et donc de son vécu) et de ses activités (et donc de la catégorie socio-professionnelle à laquelle il appartient)…
Je suis machine (Andy Warhol)
Pour autant qu’il ait permis de s’exprimer à nombre d’acteurs qui n’avaient jusqu’alors pas la possibilité de faire de la musique, le recours à la technologie – sans qui les musiques dites électroniques n’auraient (par définition) pas vu le jour, a considérablement modifié les donnes en la matière, établissant de nouveaux rapports entre ces derniers et, par là même, de nouveaux modes de fonctionnement dans l’industrie du disque. Rappelons à toutes fins utiles que le coût de production d’un disque s’est vu réduit, au lendemain de la mort programmée du disco, il y a 25 ans, et la disparition progressive des musiciens au profit d’une technologie de plus en plus sophistiquée, dans des proportions allant jusqu’à… 6500% !!! Et comme dans toute révolution, on y trouvera du bon et du moins bon, voire même du carrément mauvais ; non pas (nécessairement) en matière de qualité, dont l’appréciation est laissée à chacun en fonction de ses propres goûts et aspirations, mais finalement bien plus en termes de conséquences auprès d’une génération dont la spontanéité ne suffit probablement plus aujourd’hui à masquer le manque de vista chez certains. L’obsession du profit immédiat ayant abouti à la disparition de toute considération à moyen/long terme…

Nombreux sont ceux d’ailleurs, et pas des moindres, qui témoignent d’une certaine perplexité. L’occasion de revenir sur les propos d’un Kevin Hedge (Blaze), selon lequel le talent – et comment pourrait-on lui donner tort ??? – n’est plus un gage de réussite. Ceux d’un François K, il y a quelques années déjà, pour qui la technologie, en ce qu’elle a favorisé le processus de démocratisation en termes d’accession à la création, a dans le même temps participé à un nivellement par le bas en la matière. Ceux encore d’un Kerri Chandler pour qui l’artiste est passé au second plan au bénéfice des producteurs puis des DJ’s qui, afin de se voir (eux seuls) bookés dans les clubs, en arrivent à produire à la chaîne, à l’image de certains labels – indépendants pour la plupart – qui trouvaient ou espéraient trouver là le moyen d’assurer leur subsistance mois après mois. Et si certains sont toujours là, combien ont entre temps mis la clef sous la porte ??? Le talent est pourtant bel et bien là dans la dance music, poursuit Chandler. Nous y voyons des interprètes de grande qualité, de véritables auteurs/compositeurs, mais c’est comme si l’on s’entêtait à ne pas vouloir leur donner les moyens d’exister, de s’exprimer…
Mike Weiss, le patron de Nervous Records, n’a pas manqué de s’y essayer, sortant les albums de l’ex-Ten City, Byron Stingily ou encore de Kim English, avant de se lancer dans des projets à la fois plus instantanés, mais sans doute moins aboutis, supposés selon lui répondre davantage aux attentes du marché. Et s’il était loin d’être un débutant, pour avoir suivi le même chemin que son père (fondateur du réputé label Sam Records dans les années 70), son entreprise n’en a pas moins depuis rejoint la longue liste des abonnés absents. Jusqu’à sa récente réactivation, forte de réeditions à partir du répertoire de… Sam Records !
Le Stevie Wonder de l’électronique n’est pas (encore) né… (Jeff Mills)
Pour autant, le déficit artistique patent auquel on assiste depuis des années ne suffit pas seul à expliquer la crise que connaît l’industrie du disque. Pour preuve notamment, l’exemple de Nuphonic, label anglais des plus respecté qui s’est vu contraint de cesser ses activités, non pas pour cette raison, mais pour avoir lancé simultanément trop de projets d’albums et s’être fait plomber par des distributeurs sans scrupules. En fait, c’est bien plus l’existence du support lui-même qui est condamnée depuis l’apparition du numérique. Il fallait consacrer un budget relativement conséquent pour publier un inédit et ainsi espérer le faire connaître, me dit un jour David Morales, faisant allusion au fameux acetate auquel on avait recours il y a encore une vingtaine d’années. Puis le numérique est arrivé et avec lui, le DAT, puis le CD-R ainsi que le Divix, sans parler des systèmes de compression numérique (le mp3 notamment) qui permettent la circulation d’une œuvre sans plus le moindre support matérial. Ajoutons à cela le coût de fabrication sans cesse plus élevé desdits supports en même temps que l’augmentation des tarifs d’affranchissement. Le taux de TVA, lui aussi démesuré, s’agissant de la France notamment. Mais aussi la multiplication des sollicitations qui s’est produite en l’espace de 15 ans (jeux vidéo, téléphonie mobile, informatique, logiciels, etc)… Et si l’aspect fétichiste (traduire : la possession de l’objet) jouit encore d’un crédit certain – s’agissant du vinyl notamment – auprès de certains consommateurs, les générations qui arrivent, familiarisées qu’elles sont avec ledit virtuel, n’ont manifestement pas ce genre de préoccupations…
Quand il y a un problème, il y a forcément une solution… (Coluche)
Le disque tué par la technologie ? Une probabilité qui n’est pas le moindre des paradoxes, quand bien même le support papier, que l’on a un temps cru menacé avec l’arrivée d’Internet, est bel et bien toujours là, même si, pour ce qui nous concerne, l’on ne pourra que déplorer l’arrêt de la publication de la version papier du magazine anglais Straight No Chaser, véritable œuvre d’art en termes mêmes de concept.
Dès lors, c’est bel et bien du côté d’Internet que se dégagera la solution à cette question épineuse. Encore faudra-t-il tendre à une harmonisation à l’échelle mondiale de la question de la rémunération des artistes et de leurs ayants droits, bien plus que ces propositions qui peuvent être faites ça et là dans tel ou tel pays, compte tenu de la disparition de la notion de territorialité qui est le propre même du web. Vers un bannissement des sites dits peer to peer ? Ou encore un système paiement généralisé au moment du téléchargement, dans quelles conditions et suivant quel calendrier ? Nul doute que le plus tôt sera le mieux pour l’ensemble des acteurs de l’industrie de… la musique, même s’il est clair que ceux qui disposent actuellement de finances suffisantes ont tout intérêt à jouer la montre et voir ainsi un peu plus encore de leurs concurrents disparaître dans la tourmente... MFSB
INDAMIXWORLDWIDE.COM: Only the best, No time for the rest!