Le nom du musicien/producteur allemand, Lars Bartkuhn ne devrait
pas sonner trop étranger à ceux d'entre vous habitués de ces pages. En fait, il
s'agit ni plus ni moins l'une des trois composantes du team de production
allemand, Needs avec son frère Marek et DJ Yannick. Un trio
qui peut déjà s'enorgueillir d'une solide réputation dans l'univers de la deep
house. Ci-après le fruit d'une conversation récente que nous avons eue avec lui
à l'occasion de la sortie de l'album de Passion Dance Orchestra.
Amateur de musique passionné depuis sa plus
tendre enfance, Lars a composé ses premiers morceaux avec un synthétiseur
et un séquenceur dès qu'il a eu sa première guitare à l'âge de 13 ans. Plongé
dans ce que Pat Metheny et Wes Montgomery faisaient à l'époque,
mais aussi Miles Davis, Charlie Parker et John Coltrane, il
a pas mal tourné en tant que musicien de session dans les années qui ont suivi
aux côtés d'innombrables jazz quartets, de groupes funk ou encore de combos
évoluant dans la musique brésilienne ou la fusion, à la recherche incessante de
nouvelles vibrations et de styles avant d'être littéralement fasciné par
l'aspect le plus deep et le plus soulful de la house au milieu des années 90.
C'est à cette époque qu'il formera Needs avec son frère Marek et
DJ Yannick. On le retrouve aujourd'hui pour à l'occasion de la
sortie de son premier album sous le nom de Passion Dance Orchestra dont
vous avez peut-être entendu parlé après le buzz autour de "Worlds", single qui
s'est fait une jolie réputation aux quatre coins du globe…
Le point qui a présidé à la création de
Needs?
Nous avions besoin d'un
véhicule pour exprimer notre propre vision de la musique. Comme je l'ai dit
précédemment, tout a commencé au milieu des années 90. Mon frère Marek
organisait des soirées house ici ou là avec des copains et il arrivait qu'il
joue dans le club où j'avais des sessions jazz. Nous nous sommes alors
rapprochés, intéressés par ce que faisait l'autr. Puis, à force d'aller à ses
soirées auxquelles Yannick participait d'ailleurs de temps à autre, il m'est
apparu comme évident d'évoluer dans cette sphère. Marek et Yannick me faisant
découvrir leurs collections, j'ai commencé à gamberger. Nous avions bien nos
productions depuis quelque temps, mais il n'y avait pas de label répondant à nos
attentes. C'est ainsi que nous avons fondé Needs. Nous ne rentrons dans aucune
catégorie, c'est pourquoi nous avons éprouvé le besoin de créer notre structure
Qui fait quoi dans l'affaire
?
Needs fonctionne à la manière
d'un collectif dans lequel chacun a ses idées quant au fonctionnement du label
si bien que Needs c'est aussi bien Marek que Yannick ou moi. D'une manière
générale, je règle toutes les parties instrumentales et la programmation.
Lorsque nous collaborons tous les trois, Marek et Yannick interviennent plus en
tant que directeurs musicaux, faisant part de leurs suggestions en matière
d'arrangements et de grain sonore. Dès lors qu'un morceau X a le son et l'esprit
Needs, cela ne fait aucune différence que nous l'ayons fait à trois ou que je
l'aie fait seul. Ce qui ne m'empêchera pas de travailler également sur des
projets solo à l'avenir.

Votre but ?
J'essaie toujours de faire
preuve d'originalité avec l'envie d'inscrire mes/nos créations dans une certaine
longévité par opposition aux phénomènes de mode. Nous produisons sous la
bannière de Needs une musique à laquelle nous croyons et dont nous sommes fiers.
Bien que l'on nous place le plus souvent dans le spectre d'une house soulful, il
nous semble important de pouvoir produire à l'occasion une musique qui dépasse
les genres.
Ce premier album repose manifestement
sur un concept. Quelle en est ta perception ?
On peut effectivement avoir une
impression de concept à l'écoute de cet album, mais tout ou presque résulte
davantage de l'improvisation. L'idée de cet album est venue plus ou moins
spontanément. J'ai toujours rêver de pouvoir produire une sorte de musique
cyclique où chaque note contiendrait ce petit quelque chose de la suivante et
inversement. La dernière reflétant mais aussi permettant l'expression de l'idée
entrevue dans la précédente. En fait, raconter une véritable histoire via le
langage musical. Des idées que j'ai si tôt oubliées quand je me suis plongé dans
cet album ! J'ai simplement essayé de retranscrire au mieux l'état d'esprit qui
était le mien à cet instant précis avec l'envie de créer quelque chose qui
vaille l'envie d'être écouté et je me suis rapidement retrouvé dans une sorte
d'extase créative. Je crois que ces atmosphères méditatives m'ont fait réagir
inconsciemment et j'ai été surpris de retrouver la trace de ces visons cycliques
(certes, en moins intenses que je l'aurais espéré) au moment d'enregistrer. Je
crois à tout le moins que cela m'a donné la force et le courage nécessaires pour
faire face à l'humeur massacrante qui était la mienne à l'époque…
Il porte également une signature évidente.
Comment la définirais-tu ?
J'aime pouvoir évoluer à partir de la
palette d'expressions la plus large, d'une manière créative et respectueuse
avant d'essayer d'intégrer ces influences et expériences dans un champ
émotionnel. Il est pour moi important d'arriver avec un son auquel les gens
peuvent se sentir en prise directe. Il doit y avoir un élément… humain et la
musique doit procurer une sensation de bonheur, qu'on l'écoute ou que l'on danse
dessus. Le fait que beaucoup de la musique que je produis repose sur une certain
vibration house ne veut pas dire que je me limite ou me réduise moi-même d'un
point de vue musical. Je mélange diverses influences comme la soul, le funk, la
musique brésilienne et des sons de house classique avec des éléments de modern
jazz, sans pour autant chercher à créer un autoproclamé genre. Pas plus que je
ne me dis ouvert d'esprit parce que c'est supposé faire bien. Tout cela est
naturel.

Par qui dirais-tu que tu as été
influencé ?
Beaucoup de noms me viennent à
l'esprit. Bien sûr, des gens comme John Coltrane, Pat Metheny,
Brian Wilson & The Beach Boys, Keith Jarrett, Lyle Mays, Milton Nascimento, Ivan
Lins, Larry Mizell, Leroy Burgess, Stevie Wonder, Donnie Hathaway, Curtis
Mayfield, Marvin Gaye, Herbie Hancock et bien d'autres encore.Enfant, je passais
mon temps à écouter les disques de mon père : les Beatles, mais aussi beaucoup
de classique et de rock. Quant à la house, nous éprouvons beaucoup d'amitié et
de respect à l'égard d'Anthony Nicholson, Ron Trent, Mad Mike, John Robinson,
Lil Louis, Kerri Chandler, Blaze, Joe Claussell, les Burrell Brothers etc. pour
la qualité de leurs travaux. Malheureusement il n'y a plus tant aujourd'hui de
house qui inspire et fout la chair de poule…
La scène allemande, bien que comptant
quelques adeptes de deep grooves, les voit manifestement plus tournés vers le
dénommé nu jazz. Vous sentez-vous en faire partie d'une manière ou d'une autre ?
Non, mais alors pas du tout et ce à
l'égard de quelque scène ou autoproclamé mouvement que ce soit. Il y a bien ici
et là quelques personnes avec qui nous partageons les mêmes centres d'intérêt,
mais cela ne nous affecte pas plus que cela en définitive Ce qui nous intéressé
par définition, c'est la bonne musique, d'où qu'elle vienne….
Il n'y a manifestement pas tant de nom
que cela dans le circuit deep house local. Comment se porte la scène ?
Je dirais qu'il n'y en a pas vraiment en
fait. D'ailleurs, il n'y a pas guère de diversité dans la house aujourd'hui.
Nous manquons manifestement de spiritualité. Il y a juste les quelques
irréductibles qui restent fidèles à eux-même. En matière de DJing, on apprécie
vraiment ce que font des mecs comme Gerd Janson, Thomas Hamann et Sven Helwig,
qui ont une soirée mensuelle qui s'appelle Liquid et viennent de lancer Running
Back qui est un très bon nouveau label
Et votre propre mensuelle au Robert
Johnson ?
Cela fait maintenant quatre ans
qu'elles existent, avec Marek, Yannick et moi aux platines. Nous avons décidé de
faire un break cet automne mais devrions les relancer d'ici quelques mois. .
Y a-t-il quelqu'un avec qui vous aimeriez travailler, en Allemagne ou à
l'étranger ? De qui vous sentez-vous le plus liés au sein de la communauté ?
Anthony Nicholson. C'est vraiment un
frère d'un point de vue spirituel, de même qu'un ami très proche. Nous avons
travaillé sur un certain nombre de projets en commun récemment et sommes
effectivement très proches. J'apprécie beaucoup ce projet sur lequel je
travaille avec DJ Kabuki en ce moment. Bien sûr, il y en a beaucoup d'autres qui
nous ont témoigné leur soutien et dont nous sentons la proximité.
Les projets à venir ?
Des remixes ainsi qu'un certain nombre
de sorties excitantes à venir sur notre label Attention à cette série de 12"
sous le nom de 'Dancers Delight', dans un trip boogie soulful. J'ai un nouveau
morceau intitulé 'Friendship First' qui ne devrait pas tarder à sortir non plus
(sur Especial/Quality Records) et, avec Needs, nous avons une compilation – The
Black Edition – qui doit sortir au Japon à la fin de l'année.
Ton sentiment quant à l'état actuel de
l'industrie du disque ?
Je ne sais que dire, mais j'espère que
nous allons revenir à un niveau sain où la musique se verrait réhabilitée à la
place qui doit être la sienne (la première !).A une plus grande échelle, il faut
s'attendre à des changements radicaux à plus ou moins court terme. Je crois de
plus qu'en dépit de l'influence des media généralistes, beaucoup sont ceux qui
vont réaliser combien il peut y avoir autre chose que cette culture du
prêt-à-porter et du jetable qu'on leur sert jour après jour. Le temps de la
révolution a sonné…
LARS BARTKUHN & HIS PASSION DANCE ORCHESTRA Dreamland CDLP
(out now on Needs Music)
More info :
needsmusic.com
Needs selected DJ dates : Dublin, Ireland (10/15), City Limits - Cork, Ireland (10/16), Republic – Salzburg, Austria (10/23), Passage –
Wien, Austria (10/25), Tbc - Roma, Italy (10/29), Mosaic w/Jazzanova Frankfurt
A/Main, Germany (11/04), Tba Journey - Lisboa, Portugal (11/12), La Scene
Bastille/Guys & Dolls – Paris, France (11/19), Warm/Sonar Kollektiv - London, UK
(11/27)