Le propre même de l'évolution est de se régénérer au gré de cycles
incessants d'une période, un mouvement, une génération à l'autre… Une réalité à
laquelle la house music ne saurait échapper avec l'arrivée de jeunes couteaux
bien décidés à écrire leur part dans l'histoire du genre qu'il s'agisse de
Quentin Harris, Tyrone Francis, Aaron Ross ou encore Franck
Roger. Sans oublier Mr V qui, aux côtés d'Alix Alvarez a donné
naissance au label SOLE Channel. Ce dernier a bien voulu nous en dire plus lors
de son récent séjour à Paris.
Hola Alix,
quelles nouvelles ? Tu sembles en pleine forme vue la qualité de tes travaux.
D'où te vient cette énergie ?
La seule
chose que je puis dire est que je me suis préparé à cela de longue date.
Pouvoir avancer sans être gêné
aux entournures… Beaucoup sont ceux qui veulent produire, remixer, jouer, mais
nombreux sont ceux qui ne s'y prennent pas bien car n'ayant aucune vision quant
à la direction emprunter pour avoir quelque chance d'y arriver. J'évolue dans le
milieu musical depuis mon plus jeune âge et j'ai réalisé que j'avais la
possibilité d'aller plus loin en restant moi-même et en accomplissant ce que
j'ai envie de faire. La musique n'est pas seulement une occupation comme une
autre à mes yeux. Elle représente ce que je suis au plus profond de moi-même.
C'est une façon de vivre, un rituel. Être capable de faire de la musique, d'être
respecté pour cela et susciter l'adhésion est ce que l'on peut souhaiter de
mieux. Je crois que c'est de là d'où me vient toute cette énergie, en même temps
que des buts que je me suis fixé et de la détermination qui est la mienne.
Ton enfance ? Ton environnement ? Ton
background ?
J'ai grandi
dans le Bronx, NY. Mes parents sont Porto Ricains mais ont eux-mêmes été élevés
à NY, ce qui en fait de vrais Nuyoricans. Mes parents ont toujours eu le chic
d'écouter de la bonne musique à la maison, de Prélude à Fania all-stars en
passant par TSOP. Il n'y avait qu'à demander ! Mon frère a commencé à jouer en
1983. Il avait des tonnes de disques. Mon cousin aussi était DJ. C'est lui qui
m'a fait découvrir la house et la techno. Ma sœur avait l'habitude d'aller au
Zanzibar à Jersey et a participé à l'enregistrement de quelques morceaux
house...
Ta première expérience avec la musique ?
Le tout premier disque que j'ai acheté
est ou l'album "Appetite For Destruction" de Guns And Roses qui n'a pas pris une
ride ou bien cet album d'Information Society dont j'ai oublié le titre, mais qui
fait référence au mot 'Running'.
Tes premiers
héros ?
Mon premier
héro en tant que DJ est mon cousin. C'est lui qui m'a donné le virus. Je me
souviens également avoir écouté des DJ's comme Kid Capri, Red Alert, John
Robinson et David Morales à la radio. J'avais à peu près 12 ans. J'enregistrais
les morceaux qu'ils passaient sur cassette en jouant des touches 'stop' et pause
(je suis sûr) que beaucoup d'entre vous verront ce que je veux dire).C'était la
première fois que j'entendais leurs noms, sans connaître ce qu'ils jouaient,
mais je me souviens des paroles…
Ta première expérience derrière les
platines ?
C'était une
house party à Brooklyn pour des cousins et amis. J'ai installé tout le matériel
dans la maison, ce qui m'a bien pris la tête. Il y avait tous ces Asiatiques qui
en pamaient pour la house. Mon cousin m'a finalement laissé joué un peu. Un peu
partout, j'entendais les gens dire : "yaooo??????? Ce gamin joue ?" En mon for
intérieur, j'étais du genre : Eh oui. J'en veux et je vais vous en mettre !!!
Hahhahaha!!!
Ton premier
grand événement ?
Mexico City,
au Mexique, pendant l'été 2000. Je venais d'avoir 21 ans et me souviens de ce
sentiment de bien être devant ces gens qui m'avaient réservé un vol, une chambre
d'hôtel et bien payé en plus. Il devait y avoir 400 à 500 personnes. C'était
vraiment bien…
Il y a sans
aucun doute beaucoup de concurrence à NY. Comment es-tu parvenu à te faire un
nom ? As-tu bénéficié de quelque soutien ?
La liste de
tous ceux qui m'ont apporté leur soutien de manière directe ou non serait trop
longue à énumérer. Je suis de ceux qui aiment à ce que leurs travaux parlent
d'eux-mêmes. On a commencé à parler de moi, puis de fil en aiguille… Le bouche à
oreille, il n'y a rien de tel à NY. La détermination et le travail sont ce qui
peut le mieux aider.
Crois-tu en la nécessité d'une formule
propre destinée à favoriser l'identification propre à chacun ? Si oui, quelle
est la tienne ?
Oui. Je crois
pouvoir dire qu'il se dégage quelque chose de ma musique. Je ne suis pas là pour
faire des coups. Ma vision se situe dans le long terme. Je crois qu'il ne faut
pas ménager les efforts. Au plus loin tu regardes, au plus loin tu as de chances
d'aller.
De qui te sens-tu proche hormis Mr V ?
Je ne suis
pas du genre à vouloir faire des guili-guilis à tout le monde. Je préfère me
concentrer sur ceux dont je me sens proche et que je considère comme étant de ma
famille d'un point de vue musical. Des gens avec qui j'échange des ponts de vue
et je parle régulièrement, comme Franck Roger, DJ Deep, Osunlade, Siji, etc. Non
pas que je tienne à exclure tous les autres avec qui je peux m'entendre par
ailleurs, mais ceux dont j'ai cités les noms passent en premier.
Comment
perçois-tu la scène actuelle et que faudrait-il faire pour aider à sa
reconnaissance ?
Les choses
pourraient aller bien mieux si l'on se mettait à penser le business autrement..
Il ne faut pas s'arrêter aux seules ventes de disques et aux techniques de promo
actuelles qui ont fait leur temps. Ceux que l'on appelle les cadres doivent
penser à investir et utiliser leurs réseaux de connections de meilleure manière.
Certains acteurs ont établi des ponts à l'intérieur de la musique elle-même et
l'on doit leur en savoir gré, mais la house ne dispose pas d'artistes
instantanément identifiable mis à part les DJ's. Le public ne connaît pas les
titres des morceaux, pas plus que ceux qui les ont produits, mais il sait
reconnaître qui va jouer tel ou tel soir La scène pourrait avoir recours à des
artistes avec une image identifiable de manière à ce que l'individu lambda
puisse s'y identifier et dire : Ah oui, j'aime leur musique. Je vais sortir et
aller leur témoigner mon soutien. A partir du moment où l'on arriverait à une
telle situation, tout irait alors bien mieux. Peut-être faut-il suivre cette
piste actuelle qui consiste à remixer les morceaux de chanteurs R&B. Les kids se
sentent proches d'Alicia Keys, de Jil Scott si bien que s'ils écoutent leurs
morceaux, fut-ce sur un tempo différent, ils ne se sentent pas perdus et peuvent
même demander le cas échéant à ce que ce remix passe à la radio…
Le fait d'avoir justement réalisé des
remixes pour des artistes à la musique à vocation disons plus organique ou
encore pour des artistes R&B tels Alicia Keys a-t-il été d'un quelconque apport
dans ton travail de production ?
C'est clair.
Je regarde avec bienveillance tout type de musique que je peux incorporer dans
mon propre son, qu'il s'agisse de Tortured Soul ou Alcia Keys. La seule
obligation quand je viens à faire un remix étant qu'il doit s'agir de bonne
musique au départ. Je titre mes influences de nouveaux venus comme de grands
noms et suis toujours ravi de me voir confier du matériel de qualité et voir
quelle direction je vais bien pouvoir emprunter.
Il y a
toujours quelque chose à apprendre de ce genre d'exercice.
Parle-nous de ton label et ton
association avec V ?
Nous nous
connaissons depuis 5/6 ans. On a attendu que V soit vraiment impliqués avant de
lancer officiellement SOLE Channel. Nous avons établi une sorte de plan de
bataille s'agissant de nos soirées à NY, la production de disques et le
lancement du label. Lorsque V et moi travaillons ensemble, c'est comme du papier
à musique. Et plus encore pour ce qui s'agit du label. On se décide autour d'un
projet et on fait tout pour le concrétiser. Nous avons sorti notre première
référence le mois dernier et le retour a été super. En fait, nous ne nous y
attendions pas. Nous sortons nos propres morceaux en ce moment, mais sommes
également entourés d'amis talentueux dont tu ne dois pas avoir encore entendu
parler à ce jour et sommes impatients de pouvoir sortir leurs travaux sur SOLE
Channel.
A quoi s'attendre de toi dans un proche
avenir ?
De nouvelles collaborations avec
d'autres producteurs. Produire des albums pour d'autres artistes. Peut-être
aussi lancer mon propre label, sans oublier évidemment l'inattendu !
Quelque projet déjà pour la prochaine
Conférence de Miami ?
Je pense
sortir du matériel enregistré avec Arnold Jarvis que j'ai produit avec Franck
Roger. Nous avons donné les partitions à Arnold et il a écrit les paroles.
Franck aura le remix sur son label une fois que j'aurai sorti l'original sur
SOLE Channel. V a aussi quelque chose en préparation sur SOLE Channel pour la
Conférence, ou l'on devrait avoir une soirée avec Real Tone et quelques amis en
commun. On croise les doigts.
Que fais-tu mise à part la musique ?
D'où trouves-tu ton inspiration ?
Je mène une existence des plus calmes.
Il m'arrive parfois de partir en vrille avec tout ce que je me suis fixé de
faire dans une journée, mais à part ça, c'est cool. Ma vie tourne
essentiellement autour de la musique, les voyages et la maison. Je ne vois pas
mieux pour ce qui me concerne.
!
Tu te réveilles soudain sur une île
déserte avec la possibilité de te faire envoyer 3 choses (nourriture mise à
part). Que choisis-tu ?
Un Ipod, une
bonne paire de lunettes de soleil et un bateau gonflable pour f***** le camp au
plus vite !
Tu te
retrouves dans l'obligation de laisser tes activités de côté. Que fais-tu ?
Faire un tour
au parc. Lire un bon bouquin.
Ecouter quelques jams ou voir un bon film.
Ton meilleur
souvenir en 2004 ?
Quelque chose
que je conserve fermement à l'esprit et que je garderai pour moi si tu veux
bien.
Ton vœu le
plus cher pour 2005 ?
Que notre
scène soit enfin reconnue à sa juste mesure. Il y a tant de talent dans
l'underground. Le mainstream ne connaît rien à cette musique, c'est dire quant à
ce qu'il convient de faire pour la vendre ! Il faut arriver à faire savoir au
public que notre scène a une voix qui peut être entendue. Elle dispose du
potentiel pour attirer un public bien plus large, mais le mainstream ne lui
donne guère de chance de se faire entendre. Nous faisons ici de l'aussi bonne
musique qu'ailleurs, si ce n'est même meilleure…
ALIX ALVAREZ
& Mr V "The SOLE Channel EP" (SOLE Channel)
Merci à Lionel Marciano @
Real Tone pour son aide précieuse