Un jeune couteau
(Alix Alvarez) menant à un autre, nous retraversons l'Atlantique cette
semaine pour nous rendre Würzburg en Allemagne d'où Ralf Gum est
originaire. 2004 aura réservé son lot de bonnes surprises pour notre homme à qui
l'on doit quelques pépites sur son label (GoGo Music) à l'image de Raw
Artistic Soul récent auteur d'un Single Of The Week sur
IDMW.Com). Parmi les producteurs de l'album d'Hanna Haïs,
sans oublier le premier volume de la série éponyme dévolue à sa résidence au
Studio. De quoi vous le présenter plus amplement ci-après…
Servus Ralf.
Quelles nouvelles ? Bien des choses se sont produites depuis la dernière fois
que nous nous sommes vus à la Conference de Miami… Les raisons d'une telle
reconnaissance ?
J'aime à
penser que cela vient du soin que nous prenons à sortir des morceaux de qualité
et contribuer ainsi à établir une image en conséquence s'agissant du label.
L'Allemagne
n'est pas particulièrement réputée pour être une plaque tournante de la house.
Quel est l'état de la scène locale ? Quels sont les noms à suivre ?
Il n'y a
pratiquement plus de scène dévolue à la "house classique" en Allemagne. C'était
un peu mieux au milieu des années 90, alors qu'il y avait un début de
reconnaissance de la house. Beaucoup d'Allemands dont on aurait pu penser alors
qu'ils étaient en prise directe avec la house sont allés vers un son plus techno
ou electro quand ils ne sont par carrément partis ailleurs. Ce qui n'empêche pas
la présence d'une poignée d'acteurs et de labels intéressants. Principalement
des gens qui jouissent déjà d'une certaine réputation comme Needs ou le clan
Sonar Kollektiv. Quant à ce qui est des nouveaux venus, ils sont plus difficiles
à dénicher…
Quelques mots
à propos de Raw Artistic Soul…
Raw Artistic
Soul est sans doute le projet le plus excitant qu'il m'ait été donné d'entendre
en Allemagne depuis une éternité. La tête pensante en est Phil Kullmann, lequel
a un talent énorme. C'est un multi instrumentiste qui joué dans de nombreux
groupes qui ont eu un succès certain, en tant que percussionniste. Raw Artistic
Soul est son tout premier projet en tant que tel et il y a mis tout son Coeur.
Il est arrivé à constituer un groupe en recrutant des musiciens de premier ordre
aux quatre coins du globe. Ils jouent une fois tous les 15 jours dans un club de
jazz – le Hallmackenreuther à Cologne – et sont aussi bons en live qu'en studio.
L'album abordera différents styles de world music comme le Flamenco or l'Afro
avec une approche moderne et électronique. C'est un projet sans concession qui a
néanmoins un certain potentiel croover.
La couverture
médiatique locale et ses acteurs principaux ?
Il existe un
certain nombre de publications dévolues à la musique électronique en Allemagne,
dont les deux plus connues sont “Groove” et “Raveline”. Toutes deux couvrent
l'ensemble du spectre des musiques électronique, y compris la house (et ce qu'on
appelle de la house). Beaucoup de nouveaux magazines sont apparus à la fin des
années 90 en format pocket. Certains ont disparu Presque aussi vite à
l'exception notoire de “Subculture” and “Partysan. Ils sont très informatifs
quant à l'actualité des clubs, mais délivrent une info des plus succinctes en
termes d'interviews et de chroniques. On a bien aussi quelques émissions avec des
mixes sur les grandes radios, mais écouter de la musique de qualité et des
nouveautés relève de l'exception, sans parler de nombreuses webradios. Mais la
couverture de la house est finalement proportionnelle à l'étendue de la scène
locale : c'est-à-dire pas grand chose. On trouve des infos intéressantes sur
deux sites –
deepvibes.de et
couchsurfer.de – qui sont tenus par des passionnés
et non par ces opportunistes qui cherchent à faire de l'argent rapide.
As-tu eu
quelque héro localement parlant ?
Non, pas d'un
point de vue musical. Et a fortiori dans ma ville où personne ne joue plus du
son américain depuis longtemps.
De qui te
sens-tu le plus proche en Allemagne ?
Il n'y a
guère qu'une poignée de gens dont je me sens proche ici. J'ai plutôt tendance à
lorgner vers l'étranger. Je me suis nourri de diverses influences, tant en
matière de musique que de concepts de mix si bien qu'il m'est difficile de
retenir un nom plutôt qu'un autre. Cela va des grands maîtres de la bossa nova
ou du jazz aux grands noms des années 70 comme Chaka Khan. Mais aussi les
Masters At Work et plus particulièrement Louie Vega, Rainer Trüby (derrière les
platines), Incognito et Jamiroquai à ses débuts.
Quant à la house, je pourrais
citer
Urban Blues
Project, Todd Edwards, Phil Asher, et d'autres aussi. Plus prosaïquement,
j'essaie d'être ouvert à toutes formes de musique de qualité…
La question
de rigueur : Ton enfance, ton environnement, ton background ?
Mon enfance
n'a pas été des plus excitants, bercée par des leçons de piano ou quoi que de
soit dans le genre, d'autant que mes parents n'avaient pas la fibre musicale.
J'ai commencé à m'intéresser sérieusement à la musique durant mon adolescence et
je collectionne les disques depuis lors. Le virus m'a littéralement pris et j'ai
commence à jouer derrière les platines à l'âge de 17 ans, à l'époque de la vague
Chicago house, puis à produire 3 ans plus tard. Je me suis fait tout seul en la
matière. En studio, je suis celui qui programme les drums, joue des percussions,
fais les arrangements et le mixage. Je travaille depuis 1997 avec CrisP qui
s'occupe des partitions claviers, guitare et basse. Nous travaillons les
harmonies ensemble, mais je lui laisse carte blanche pour ce qui est de
l'enregistrement des instruments, voire à d'autres musiciens.
Supposons que
ton destin eut été différent. Qu'aurais-tu fait ?
La question
qui tue… Je ne me verrais plus faire autre chose aujourd'hui, bien que j'ai fini
mes etudes en ingénierie civile et économique !
Ce qui t'a
décidé à créer ton propre label ?
Plusieurs
raisons. D'abord parce que je ne me sentais pas particulièrement d'atome crochu
avec quelque label que ce soit en Allemagne. Aussi, parce que je n'appréciais
guère leur politique en matière de développement d'artistes. Je suis donc passé
d'un label à l'autre pendant les années 90 jusqu'à ce que la création de ma
propre société m'apparaisse comme une nécessité. Enfin, j'ai voulu faire la
prévue qu'il pouvait y avoir de la place pour un label allemande dit soulful et
m'en servir de plateforme pour donner un aperçu de mes goûts.
Ton équipe ?
Ma petite
amie, Tina m'aide en dehors de son travail pour ce qui concerne les questions
financiers et contractuelles Elle m'est d'un grand secours et il est clair que
je ne pourrais faire tourner le label sans elle.. Steffen Meder, qui fait partie
de notre projet SUGAR BEAT s'occupe du design de notre site. Roberto De Carlo
aura la charge de notre propre agence de booking (B-King.org), que nous lançons
en janvier. Et Sammy, un autre de mes amis, conçoit les pochettes de nos
disques. Je suis heureux de les avoir à mes côtés ; ce qui me laisse toute
latitude pour régler les questions qui sont de mon ressort. Je ne pourrais me
permettre d'avoir une équipe plus étoffée pour des raisons financiers, ce qui
rend les choses un peu difficile plus particulièrement au moment où je dois
passer du temps en studio ou lorsque je vais jouer ici ou là.
A quoi
s'attendre dans les semaines/mois qui viennent
?
Le GOGO 011 :
“Matteo Ionescu featuring Wendy Lewis avec "Angel” dont la sortie est
prévue à
la mi-janvier. Il y aura un remix de Benny Pecoraio et un autre par moi-même. Il
sera suivi du second EP de Raw Artistic Soul EP début février avec remixes de
SUGAR BEAT et Can7, sans oublier notre compilation maison mixée. Puis d'autres
productions suivront au printemps, avec Roberto De Carlo, un autre EP de Raw
Artistic Soul (avec remix de S.U.M.O.) puis l'album.
Et tes
propres projets dans tout ça ?
Il m'a fallu
passer beaucoup de temps à m'occuper du label et de nos artistes, tant et si
bien que mes propres projets ont été reportés. J'ai quand même eu le temps de
faire deux compilations et finir un ou deux remixes, mais je sens qu'il est
temps d'y retourner. J'ai enregistré les partitions vocales pour plusieurs
morceaux dont je vais terminer la réalisation dans les semaines qui viennent.
Ta résidence
au Studio ?
Une aubaine !
Il a ouvert il y a deux ans. Le vendredi est dévolu à la fusion et au nu-jazz,
tandis qu'on a droit à de la house dans la petite salle le samedi.
L'endroit
lui-même. Quelques invités en perspective ?
L'endroit a
une capacité d'accueil de 400 à 500 people au total, tandis qu'un mur
transparent sépare le club du lounge. Tout a été conçu avec goût d'un point de
vue architectural. Le lounge est vraiment l'endroit pour le bon son et je n'ai
jamais accepté le moindre compromis. Sa taille est suffisamment réduite pour
qu'il soit plein d'une clientèle de fans, meme ici à Wuerzburg. Les clubs
ouverts à la deep house étant des plus rares ici en Allemagne, nous sommes
arrives à nous faire une reputation dans tout le pays. Nous avons eu récemment
Alf Tumble de S.U.M.O. à l'occasion du deuxième anniversaire du club et je
prévois de faire revenir Kiko Navarro. Mais la capacité réduite du lounge fait
que l'on ne peut se permettre des bookings que pour des occasions spéciales.
Pour le reste, c'est l'affaire des résidents : autrement dit Benny (Pecoraio) et
moi.
La
compilation ?
Comme je te
l'ai dit, j'ai travaillé sur deux compilations au printemps dernier. La première
vient de sortir au début du mois pour le second anniversaire du club. Elle est
tout simplement intitulée “Studio – the finest in lounge and house music” et est
sortie sur CKP, un label allemande spécialisé dans les compilations de qualité.
Le package est vraiment bien fait. Quant à l'autre -“GO!” -, c'est la première
compilation du label. Elle sortira en février et se veut le résumé de nos 3 ans
d'activités, auquel s'ajouteront quelques inédits. Elle sera accompagnée d'une
tournée dans les clubs en février et mars…
Déjà des
projets pour Miami 2005 ?
Nous n'avons
pas prévu d'avoir notre propre soirée à Miami. On m'a proposé d'y jouer, mais je
n'ai aucune confirmation à ce jour…
Certains et
pas des moindres ont évoqué ici même l'arrivée d'une révolution (d'un point de
vue musical, s'entend). Tu es d'accord ?
Je suis
d'accord et serais même tenté de dire qu'elle est déjà en route. Il est devenu
très difficile de vivre de la musique aujourd'hui, que ce soit pour les artistes
comme les labels. Avec la possibilité de reproduire à l'identique d'un CD à
l'autre, mais aussi celle de télécharger pratiquement tout ce qu'on veut,
beaucoup de consommateurs ont fini par perdre de vue la notion élémentaire de la
valeur de la musique. Ils ne se soucient guère des droits d'auteurs et ne voient
pas la nécessité de payer, tant qu'un changement dans les mentalités ne sera pas
opéré. C'est ce changement sur lequel il est impératif de travailler, tant du
côté de l'industrie du disque, que des fans et des artistes.
Cela dit,
tout ne vient pas des seuls consommateurs. Beaucoup de DJ's que je ne saurais
considérer – et pour cause – comme consommateurs en la matière, n'achètent plus
de musique non plus et se laissent aller à ne plus jouer que leurs propres
morceaux, contribuant à tuer le mouvement. Mais il y a aussi la politique de
programmation des grosses radios qui ne laissent plus guère de possibilités aux
petits labels de toucher une audience plus large. Enfin, il y a l'industrie de
la house music elle-même qui s'est quelque peu assoupie et a manqué de s'adapter
aux changements dictés par la situation avec l 'absence de structures destinées à
la vente de CD's en magasins. Tout cela bout à bout a conduit à une
surproduction de musique de moyenne quand ce n'est pas de mauvaise qualité. Et
ce, dans la mesure où les efforts consentis pour créer de la musique fraîche et
originale, ne paient pas à leur juste valeur.
Ton meilleur
souvenir en 2004 ?
Faire la
connaissance de gens qui, depuis, sont devenus de vrais amis.
Ton voeu le
plus cher pour 2005 ?
Santé et
créativité.
On se voit à
Miami…
J'espère… ;-)
V/A:
Studio - The Finest In Lounge & House Music - Compiled by Ralf Gum CDLP (CKP)