Quelque temps déjà que nous avions envie de vous parler de
jojoflores sur IDMW.Com. En fait, depuis cette soirée
mémorable durant la Conférence de Miami en mars dernier à l'initiative conjointe
de son label (Gotsoul) et de celui d'Osunlade (Yoruba). C'était la toute
première fois que nos chemins se croisaient, me donnant l'occasion de découvrir
un personnage aussi cool que des plus concentrés sur son affaire. Un homme dont
le talent derrière les platines, doublé d'une simplicité et d'un charme évident,
n'est sans doute pas pour rien dans l'ascension qu'il connaît actuellement dans
le (DJ) Box Office. Il a fini par bien vouloir se livrer à la question juste
avant son départ pour l'Afrique du Sud où il est actuellement en tournée.
Salut m'sieur
Flores. Comment les choses se sont-elles passées pour vous depuis Miami ?
Mieux que ce
à quoi je pouvais m'attendre. En fait, je n'ai pas arrêté de bouger. Cette
Conférence aura été pour moi de loin la plus intéressante à ce jour…
On n'a guère
entendu parler de toi à ce jour de ce côté de l'Atlantique, bien que tu sois un
DJ/producteur des plus réputés sur le continent nord-américain. (Re)faisons donc
les présentations si tu veux bien…
En fait, il y
a quelques endroits en Europe dans lesquels j'ai commencé à me faire un nom,
mais c'est vrai que ce n'est pas un marché sur lequel je me suis
particulièrement concentré jusque alors. Cela devrait changer dans les mois qui
viennent. J'ai passé ces dernières années à travailler le marché nord-américain.
Pour tous ceux qui ne me connaîtraient pas encore, je m'appelle jojoflores (tout
attaché, caractères minuscules). Je viens de Montréal, Canada. Je suis le
fondateur et le dirigeant du label Gotsoul. Jamsteady est un autre de mes
projets, ce que peu de gens savent. J'organise une soirée hebdo à Montréal sous
le nom de Therapy, que l'on retrouve par ailleurs une fois par mois à Toronto,
New York et Los Angeles. J'ai commencé à jouer il y a 22 ans (soit plus de la
moitié de ma vie à ce jour) ; si bien que je suis plus connu en tant que DJ que
producteur. Ce que je préfère, tant je n'apprécie guère ce système actuelle qui
consiste à booker quelqu'un au prétexte qu'il a une production.
Ton nom a une
consonance latine. D'où ta famille est-elle originaire ?
Je suis né
aux Philippines, mais j'ai la nationalité philippino-canadienne.
Ton enfance ?
Ton environnement a-t-il influé sur ce que tu es ? Ton background ?
J'ai eu une
très belle enfance. J'ai un frère et trois sœurs, si bien qu'il y a toujours eu
du monde à la maison. J'ai grandi aux sons de ce qu'écoutaient mes parents et ma
sœur aînée. De la musique des années 50 aux années 80, que ce soit du rock, du
disco, le son Motown, du funk, de la soul et du hip hop. Mon père a été un temps
DJ, ce qui, comme tu peux le constater, a eu quelque effet sur moi…
Habitant à
Montréal (Québec), j'en déduis que tu vis au beau milieu de la seule minorité
francophone du continent nord-américain. Cela a-t-il quelque influence au niveau
de ton quotidien et, par extension, ton travail. Est-ce quelque part un
inconvénient ou bien cela constitue-t-il un avantage ?
Cela
n'affecte pas plus ma vie de tous les jours que mon travail, quand bien même ma
première langue est l'Anglais. Parler le Français est définitivement un
avantage, en ce que cela peut aider à créer des opportunités.
Comprends-tu/parles-tu le Français ?
A little.
Quelques mots
à propos de la scène locale et ses principaux acteurs. Est-vous proches les uns
des autres ? Solidaires ?
A l'image de
la plupart des villes d'Amérique du Nord, la scène de Montréal est de taille
réduite. Mis à part Therapy, il y a une autre soirée hebdo, Soul Mekka,
organisée par Uzi et Natacha qui comptent ici parmi les principaux investigateurs
dans le genre. Nous avons déjà travaillé ensemble par le passé et la porte est
ouverte à de nouveaux projets. Montréal compte quelques grands noms en matière
de DJing dont vous avez sûrement déjà entendu parler comme Fred Everything,
Bougie Soliterre ou Miguel Graca, et ce sont loin d'être les seuls. On a aussi
Christian Pronovost, le patron d'Inbeat Record Shop et Tony Desyprius qui
présente l'émission radio Utopia Paradise. Tous deux ont eu un rôle déterminant
dans l'ouverture de Montréal à la house et participent activement à la promotion
de ce courant. Et puis, il y a également Pat Boogie, Simon B et Michael Terzian
qui sont de jeunes talents en devenir. J'essaie d'aider tous ceux qui font
partie de la scène locale. Ce n'est pas toujours facile et ça ne marche pas à
tous les coups, mais je sais que j'aurai au moins essayé…
Y a-t-il, à
l'image de Chicago, Detroit ou encore Baltimore, un son qui différencierait
Montréal de Toronto par exemple ?
Non, en tout
cas pas en ces termes. Bien que j'aille jouer dans ces deux villes, j'ai
constaté une différence en matière de son et de technique, même si elle tend de
plus en plus à s'estomper. Montréal a reçu l'influence (disco et garage) de New
York, tandis que Toronto s'est rapproché de Detroit.
On se
souvient de la scène canadienne pour avoir été particulièrement prolifique à
l'époque du disco avec des artistes et groupes comme Gino Soccio, France Joli,
Lime, Géraldine Hunt et autre Chantal Curtis. Ont-ils eu un quelconque impact
sur ton approche ?
Je ne dirais
pas la scène canadienne, en ce que cela a été bien plus un truc propre à
Montréal. Et s'ils ne m'ont pas particulièrement influencé, le disco m'a
probablement aidé à m'améliorer en termes de DJing. Mixer du disco n'a rien
d'évident et exige une certaine concentration. C'est dire si quand tu sais
vraiment mixer du disco, la house, c'est du gâteau !
Y a-t-il une
différence entre Canadiens et Américains au niveau de la sensibilité, de
l'approche ?
Les Canadiens
sont à mon avis plus pacifiques et moins patriotiques. La plupart de ceux que je
connais au Canada ne connaissent même pas les paroles de l'hymne national ! Je
pense que nous sommes plus libéraux…
Ceux dont tu
te sens proches à l'étranger ?
Je me sens
très proche de mes amis américains. Je me rends souvent aux Etats-Unis si bien
que j'ai eu l'occasion d'y tisser des liens profonds au fil des ans. Et il en va
de même en Grèce, à Singapour ainsi qu'aux Philippines.
De retour sur
cette fameuse soirée Yoruba/Gotsoul de Miami qui, pour certains, reste parmi les
meilleurs souvenirs de la dernière WMC', nous avons pu constater l'existence
d'un lien fort entre Osunlade et toi. De quoi est-ce parti ? Que ressentez-vous
en commun ? Quelque possibilité de vous voir travailler sur des projets de
concert en termes de production ?
J'ai
rencontré Osunlade il y a cinq ans à Miami lors de la Masters At Work party.
Saint, un producteur que nous connaissions tous deux nous a présenté l'un à
l'autre. J'éprouvais un grand respect à l'égard de ses travaux si bien que cela
a été un grand plaisir pour moi de faire sa connaissance. Nous sommes restés en
contact et je l'ai booké à Therapy ; le reste étant, comme l'on dit, de
l'histoire… Therapy a été l'un de ses premières soirées en tant que DJ. Osunlade
et son label font partie de la famille Gotsoul et réciproquement. Nous aimons
chacun des formes différentes de musique soulful. Nous nous amenons l'un l'autre
à découvrir des trucs toujours plus excitant ; des morceaux, des artistes à
suivre… Son opinion est très importante à mes yeux ; il a un tel goût. Il est
aussi l'une des raisons principales à l'existence de Gotsoul.
Tu as
visiblement un emploi du temps de ministre. Que prépares-tu en ce moment ?
Je suis
toujours à la recherche de nouvelles villes où établir une résidence Therapy.
Cette année, nous avons ouvert New York et Los Angeles et j'aimerais y ajouter
Boston. Il y a là une telle vibration et quelques personnes qui n'hésiteraient
pas à retrousser les manches. . Je travaille parallèlement au lancement d'un
festival Funk&Soul à Montréal ainsi que celui de l'Asian Music Festival aux
Philippines. Et il y a aussi ce Therapy CD mix que j'essaie de finir depuis
l'été dernier. Enfin, nous avons quelques sorties à venir sur le label et j'ai
toujours des mini tournées ici ou là.
Miami 2005 ?
Nous
travaillons activement à l'organisation d'une soirée Gotsoul/Therapy. Plus
d'infos sous peu…
On a une
impression d'affaire de famille de la façon dont tu gères tes activités. Est-ce
finalement plus facile de travailler à la manière d'un clan que seul ?
Oui, ma sœur,
Bic et mon vieil ami, Mike Fresco sont mes associés pour ce qui concerne Gotsoul.
Ma sœur et moi dirigeons également et elle s'occupe d'un certain nombre de mes
bookings. Le reste de l'équipe Misayo, Raphaelle et Jean Aime fait partie de
notre famille de cœur. Nous passons beaucoup de temps ensemble, au bureau ou
lorsque nous sortons si bien que nous sommes très proches.
D'où vient le
nom (Therapy) de tes soirées ?
Je cherchais
un nom simple à retenir, mais avec une double signification. Lorsqu'une personne
qui vient à nous soirées dit : "je vais à Therapy", beaucoup sont ceux qui
pensent qu'elle se rend à une séance chez un psy, tandis que ceux qui nous
connaissent savent qu'elle va se rendre au Jello Bar ! Je pense, tout comme ceux
qui nous font confiance, que la musique que nous jouons à Therapy a un côté
thérapeutique. D'où ce nom !
Ce nom a
l'air d'être bien établi tant au Canada qu'aux Etats-Unis. Un tel résultat
a-t-il pris beaucoup de temps ?
Pas du temps,
mais beaucoup de travail, d'investissement personnel et de constitution de
réseau.
Quand
aurons-nous la chance de te voir jouer en Europe ?
Je viens une fois tous les deux mois en
Grèce. J'ai une résidence au club Home d'Athènes.
A moins d'être mal informés, on n'a pas
entendu grand-chose en provenance de ton label ces dernières semaines/mois ? Une
raison particulière ?
Nous avons essentiellement consacré
l'année qui s'achève à la signature de nouveaux projets qui ne devraient plus
tarder à voir le jour…
Comment cette
année a-t-elle été pour toi et comment t'en souviendras-tu ?
Ma meilleure
année à ce jour en tant DJ… C'est celle qui m'a vu commencer à être reconnu à
l'étranger. J'ai beaucoup mûri du fait de tous mes voyages et continue
d'apprendre jour après jour…
Qu'est-ce qui devrait être fait au
regard de la situation de l'industrie du disque ? De la scène house ?
Les
producteurs devraient faire plus attention à qui ils donnent leurs morceaux. Je
suis toujours heureux de recevoir des inédits. D'autant que je ne suis pas du
genre à les refiler à qui que ce soit. Mais d'autres ne réagissent pas de cette
manière et balancent le morceau comme si c'étaient leurs labels. Plus facile à
dire qu'à faire… Il vaudrait donc mieux sortir le morceau tout de suite et ne
pas attendre des mois comme parfois…
Est-ce à dire
que tu réagis différemment pour ce qui concerne ton label ?
Oui. Chaque label a son approche qui lui
est propre. Je ne dis pas que la mienne est nécessairement la meilleure, mais en
tout cas, elle me convient ainsi…
Qu'espères-tu/à quoi t'attends-tu pour
2005 ?
Encore plus de succès. A la manière de
Run DMC, je n'arrêterai pas avant que sonne l'âge de la retraite !
Plus d'infos :
gotsoulrecords.com /
therapynights.com /
jojoflores.com