Mesdames et
Messieurs, votre attention s'il vous plaît : dernier appel…
Départ du train à destination de "cadeauland", attention à la fermeture
imminente des portes ! Alors que nos voisins britanniques se sont arrogés sa
présence pour quelques dates ces jours-ci dont la soirée du Nouvel An au Cargo
de Londres, nous avons l'honneur et le plaisir d'en avoir fait notre invité de
marque à l'occasion de cette semaine de Noël. Et quel meilleur choix que celui
d'accueillir un homme qui, pour nous avoir tant régalés ces douze derniers mois,
apparaît comme l'un si ce n'est le talent émergeant, tant en matière de DJing
que de production et post-production. Mesdames et Messieurs, ci devant vous :
Quentin Harris !
Hey Quentin,
un vrai plaisir de t'accueillir dans ces colonnes. Comment vas-tu ?
Très bien.
Juste en train de me préparer à la vague de froid ici à New York.
J'ai donc cru
comprendre que tu allais illuminer le Royaume-Uni de ta présence à l'occasion de
quelques soirées dont celle du Nouvel An au Cargo. Quelques projets de
production sur place durant ton séjour ?
Je serai au
Royaume-Uni du 26 décembre au 4 janvier. Je joue à la soirée On Hubert Street et
je fais le Nouvel An au Cargo avec Ron Trent. J'y serai derrière les platines,
mais pas seulement car je dois aussi jouer du clavier live. Quant à la
production, je ne m'en occupe guère lors de mes déplacements. J'ai déjà
suffisamment à faire chez moi, mais sait-on jamais…
Nous nous
sommes rencontrés pour la première fois à Miami en mars dernier. Tu y a joué à
plusieurs occasions et je dois dire que j'ai été très impressionné par le
magnétisme qui se dégage de tes prestations, tant derrière les platines qu'en
matière de production. Un commentaire ?
Je sens comme
si cela venait de plusieurs choses à la fois. A commencer par le fait que
j'adore danser lorsque je ne joue pas. Je peux me retrouver pendant des heures
sur la piste à l'occasion de telle ou telle soirée. Je sens également beaucoup
d'énergie en moi et je crois que cela doit se retrouver quelque part dans mon
travail.
Serait-ce
également le travail d'une grande concentration ?
Je suis
complètement à fond dans ce que je fais et même plus que ça encore. Encore une
fois, j'adore danser. Donc je joue comme un DJ qui danse.
En même
temps, tout cela semble venir naturellement…
Je crois que
c'est quelque chose qui doit en effet se ressentir..
Y a-t-il des
points communs entre le DJing et la production ? Et si oui, lesquels ?
Un de mes
amis m'a dit qu'un DJ est supposé avoir trois "fonctions" : INFORMER,
ÉDUQUER
et, avant tout, DIVERTIR. Autant de choses qui, pour ce qui me concerne,
s'appliquent à la production…
Peut-on
parler d'une sorte de formule qui serait en quelque sorte une carte d'identité à
l'image de ces producteurs des années 70/80, depuis Nile Rogers & Bernard
Edwards jusqu'à Jam & Lewis, Soul II Soul et Blaze. Mais aussi MAW et, plus près
de nous Mood II Swing, Ron Trent et DJ Spinna. Sans parler de Darryl James &
Fred McFarlane ou encore de Tyrone (Francis) et toi ?
Je ne suis
pas à la recherche d'une formule, bien au contraire, lorsque j'en viens à
produire. Cela dit, je reste moi-même et je crois pouvoir dire en ce sens que ce
qui en ressort est la résultante de ces années que j'ai passées à travailler au
sein de groupes ou au côté d'artistes divers. Il est probable que celui qui
achète mes disques retrouvera une sorte de patte, mais je m'efforce de donner
une feeling différent à chaque projet, tout simplement parce que chaque chanson
est différente. Je me suis dit par exemple que "Cloud 9" de Donnie ne devait pas
refléter le même climat que "Rocketship". J'ai envie, en tant qu'artiste, de
pouvoir sentir combien je peux changer et évoluer à mesure que je travaille.
Ton point de
départ ? Tes héros et les gens qui t'ont amené à ça ?
J'ai commencé
à produire de la musique à l'âge de 12 ans pour le groupe de hip hop de mon
oncle. Pour ce qui me concerne, il n'est pas sorti un morceau de Prince, James
Brown ou encore Parliament/Funkadelic qui ne m'obsède pas à l'époque. Je dois
aussi rendre grâce à ma famille de m'avoir amené à la musique.
Joues-tu d'un
autre instrument hormis le clavier ?
Je joue de la
trompette et du baryton.
Supposes que
tu sois quelqu'un de différent, qu'aurais-tu fait ?
Je ne me vois
pas faire autre chose que de la musique…
Je crois
également comprendre que tu es originaire de Detroit. En quoi (et si oui), cette
ville et son environnement sont-ils dans ce que tu es devenu aujourd'hui ?
Avoir grandi
dans un tel endroit a été pour beaucoup dans mon enrichissement d'un point de
vue musical, en même temps qu'il aura été pour beaucoup dans le fait que j'ai su
garder les pieds sur terre, par opposition à une ville comme NYC avec ses strass
et ses paillettes. Detroit a conservé ce côté rassurant des villes ouvrières.
Tout y est diversifié, semblant parfois venir d'une autre époque et en même
temps pas très beau. Et je crois que cela a beaucoup à voir dans la musique qui
en provient.
Comment
perçois-tu la scène locale ? Toujours en contact avec ses acteurs ? Avec Lathun
pour qui tu as fait un remix ?
Je crois que
la scène locale a toujours constitué une énigme en soi pour ceux qui ne viennent
pas de Detroit. On a plutôt tendance à faire notre truc sans nous occuper de ce
qui se passe ailleurs. Par exemple, la techno, la ghetto-tech, le Detroit hip
hop ou la house de Detroit. Je suis en relation avec beaucoup d'acteurs de la
scène de Detroit. De mon oncle, Phat Kat, à Omar S, en passant par Mike Huckaby
et Scott Grooves. Quant à Lathun, il travaille en ce moment à un nouveau projet
et j'espère pouvoir collaborer avec lui à nouveau.
Le travail
de production en commun – comme avec Tyrone par exemple - est-il différent
? Qu'apporte un tel exercice ?
Travailler de
concert avec autrui signifie l'obligation de trouver des compromis. Certaines
idées que l'on a à l'esprit peuvent ne pas convenir à l'autre, mais on finit
toujours pas trouver une solution. Cela donne aussi l'opportunité de réaliser
combien le chemin que tu empruntes n'en est qu'un parmi tant d'autres et ne
saurait être considéré comme le seul possible…
Quand vous
êtes-vous rencontrés et dans quelles circonstances ?
Tyrone et moi
nous sommes rencontrés chez Satellite Records pour qui nous travaillions à
l'époque. Je dois dire que notre première rencontre aurait pu nettement mieux se
passer dans la mesure où on en est presque arrivés aux mains. Mais c'est déjà
bien loin tout ça et je crois que notre respect mutuel et le fait qu'aucun de
nous n'a jamais cherché à prendre l'avantage sur l'autre ont fini par se
transformer en une amitié qui dure maintenant depuis trois ans.
Tu sembles
également lié à Darryl (James) et Fred McFarlane.
Verrais-tu quelque inconvénient à nous dire quelques mots à propos de leur
label (Fall out), ou bien cela doit-il rester secret ?
Je ne me sens
pas en position d'aborder le sujet.
Que signifie
Epod ?
C'est le nom
que j'utilise en tant que producteur dans le hip hop. Quand j'ai commencé à
produire de la house, j'ai pensé le faire sous mon propre nom, mais en même
temps, j'ai tenu à ce que ceux qui me connaissaient pour avoir fait du hip hop
sachent que je n'avais pas disparu pour autant. Epod est un jeu de mots.
Nous savons
tous combien la house a un besoin crucial d'identification. Le fait de la voir
mélangée à du R&B – comme tu l'as fait notamment avec Jill Scott, Jesse Powell
et Lathun pour n'en citer que quelques-uns – constitue-t-il une possibilité de
voir les fans de R&B amenés à "ton" univers ? Ou bien faut-il voir là plus
généralement une volonté délibérée de la scène R&B d'emprunter une forme plus
"dance-able" ainsi que c'était le cas il y a 20 ans ?
Les choses ne
peuvent faire autrement que changer musicalement, dans la mesure où tout
fonctionne de manière cyclique. "Loose My Breath" de Destiny's Child tourne à
119 bpm, mais voir l'univers du hip hop/R&B se tourner vers la house implique
qu'il faudrait plus d'albums d'artistes et de sujets auxquels un public en
dessous de 30 ans puisse s'identifier.
Dans le même
temps, Kiss FM semble se débarrasser de ce qui a fait sa réputation au fil des
ans, en mettant aujourd'hui fin au mix show de Darryl James. Un commentaire ?
Je crois que
cela n'est pas très bon, mais il arrive des moments où tu te demandes fatalement
ce qu'il convient de faire. WBLS, Kiss FM… Ce sont des histoires de business
avec ce que tout ce que cela sous-entend. Changer leurs programmes peut être
ressenti comme un besoin qu'ils éprouvent. Tu ne peux rien changer dès lors que
tu n'es pas en position de contrôle. Les mix shows, c'est vraiment bien pour la
scène, mais si, en même temps, l'auditeur ne sait pas ce qui passe à la radio
pas plus que l'endroit d'ailleurs où il pourra le trouver, c'est de nature à
constituer un sérieux frein à ce genre d'émissions…
Ne serait-ce
pas non plus une histoire de politique ?
Je n'en sais
rien précisément. Il y a toujours de la politique dans le business. C'est comme
si on n'arrivait pas à en sortir…
Jusqu'à ces
propos de Glenn Underground dans un entretien qu'il nous a accordé à paraître
prochainement (Je cite) : Nous (les Noirs) perdons la mesure de la réalité.
Nous créons avant que les autres qui nous observent en cachette ne s'approprient
notre travail, perdant à leur tour ce qui en fait la consistance et ne finissent
par nous éjecter. Ce qui fait que je ne suis même plus un DJ dans ma propre
ville de Chicago !!!
Tout ce que
je puis dire à ce sujet, c'est que notre musique a un sens et que les gens en
penseront ce qu'ils voudront, mais à partir du moment où tu es arrivé à toucher
ne serait-ce qu'une seule personne avec ta musique, c'est que tu as fait
correctement ton job. Dès lors, je crois qu'il est inutile de chercher à voir
plus loin. Tout finit par venir en son temps…
C'est plutôt
ce qui se passe à Miami depuis quelques années maintenant, n'est-ce pas ?
J'aurais
tendance à dire oui et non. Les gens iront là où ils se sentent le mieux. Je me
souviens avoir dit lors d'une autre interview que si les DJ's prenaient un peu
plus de risques, alors le public viendrait un peu plus nombreux. J'essaie de
rester ouvert d'esprit. C'est ce qui me permet de grandir peu à peu.
A quoi
s'attendre de (toi et Tyrone) dans un futur proche ?
Je travaille
sur un projet d'album avec Cordell McClary, sans parler du mien propre et j'ai
quelques projets en matière de hip hop.
Et à propos
du label Space Kat ?
Nous avons un
maxi à venir avec Cordell intitulé "Got 2 Love".
Ton vœu le
plus cher pour l'année qui vient ?
Continuer à
m'étoffer en tant que producteur.
JILL SCOTT Golden – Quentin
Harris Mix (white)
QUENTIN HARRIS featuring
CORDELL McCLARY "Got 2 Love" (to be released on Space Kat)
MONIQUE BINGHAM You Can't
Have New York – Quentin Harris Shelter Mix (to be relased on Shelter)