Encore un de ceux qui ont activement participé à l'écriture des
chapitres essentiels de l'histoire du groove contemporain, longtemps resté dans
la liste de ceux que nous voulions faire passer à la question. Ci après, le
Chicagoan Glenn Underground, qui, en dépit de ses nombreuses productions
de tout premier ordre - dont une participation à l'album Extensions d'Elements
Of Life – et de ses performances incroyables en tant que DJ, reste parmi
les plus sous-estimés dans le circuit mondial et ce, malgré deux décennies
d'activités…
Nom, prénom ?
Glenn Crocker
Date et lieu
de naissance ?
33 ans,
Chicago…
Numéro de
passeport ?
Hahahahahaha
hehehehehe!
Ton enfance/environement/études/background
?
Une enfance
tout ce qu'il y a de classique, comme beaucoup. Je suis issu d'une famille très
liée qui a fait tout ce qu'elle a pu pour moi. J'ai obtenu les diplômes de base
; école, lycée, puis un petit collège. Quant à la musique, je l'ai assimilée
dans les rues de Chicago où j'ai appris par moi-même à jouer du clavier…
Tes
héros/Ceux qui t'ont amené à la musique/à la house ?
En tout
premier, le Dieu de la création. Il est la source d'inspiration de tout C'est
mon oncle, David Collins, qui m'a amené au DJing. Il a été un grand dans le
genre, de 1977 jusqu'à l'arrivée de la house dans les années 80. Et puis, il y a
mon beau père qui m'a beaucoup aidé lorsque je me suis lancé dans la production.
Sans parler de Larry Heard ainsi que de Lil'Louis qui a littéralement boosté la
scène dont Larry a posé les fondations.
Quand
était-ce ? Le tout premier disque que tu as acheté ?
Je ne m'en
souviens plus exactement… En 1984. C'est à cette période que j'ai commencé à
acheter des disques et jouer dans les clubs…
Ta toute
première soirée ? Production ?
Ma première
vraie soirée a été 'Its House Social Club'. C'était en 1986 quelque part dans le
Sud/Est de Chicago d'où le son house est originaire, tout comme d'ailleurs les
plus grands DJ's de la ville. Quant à la deuxième partie de ta question, ma
première production est un morceau intitulé 'Sounds Of The Underground' qui date
de la même année. Avec le recul, je réalise combien il sonne comme une bonne
première prod ; c'est plutôt marrant quand j'y repense.
Chicago à
l'époque ?
Il faisait
bon y vivre. Je fais tout mon possible pour contribuer au retour de cet état
d'esprit, alors que tous les grands ont quitté la ville. Mais il m'arrive aussi
d'envisager que je pourrais tout arrêter…
Le Chicago
des premiers jours de la house ?
Sûrement le
plus bel endroit sur terre… La scène house a amené les hommes à devenir des
hommes et les femmes devenir des femmes. Sérieux ! Elle a aidé à ce que le crime
disparaisse des rues. Cela a été une époque surréaliste…
Comment
décrirais-tu Chicago comparée à des villes comme Detroit, Philadelphia, NYC, San
Francisco ?
J'emploierais
probablement les mêmes mots aujourd'hui. Difficile de faire la comparaison, mais
ces villes que tu cites ont toutes été des berceaux de création en matière de
dance music. Cela dit, pour ce qui concerne la house, c'est nous (à Chicago) qui
leur avons tout appris !
Qu'est-ce
qu'être un DJ à Chicago aujourd'hui ?
Tu devrais
plutôt me demander : qu'en est-il d'être un DJ black à Chicago !!! Quant à la
réponse, je te dirais : dur, comme pour toutes les formes de musique noire. Nous
(les Blacks) avons cette tendance maladive à perdre l'essentiel de vue. Ce que
nous créons, d'autres l'observent en douce avant de le reprendre à leur compte
tout en perdant la substance originelle avant de nous éjecter, tant et si bien
que je ne suis même plus un DJ dans ma propre ville, même si je le reste à tes
yeux ou ailleurs…
La scène
locale aujourd'hui, en termes de clubbing/de production ?
Elle est
exsangue. Quant à la production, rien de bien excitant, hormis les travaux
d'Anthony Nicholson (mon préféré du moment), Ron Trent, Mr Ali et Mark Grant à
l'occasion. Pour le reste, pas de quoi se retourner…
Lil'Louis m'a
dit un jour, combien il n'y a jamais eu de véritable communauté à Chicago.
Autrement dit, pas vraiment de contact entre les activistes à l'époque…
C'est vrai,
du fait de l'absence d'un guide véritable à l'époque, comme me l'a expliqué
Larry Heard… Parce que tout le monde a débarqué à peu près en même temps. Lil'
Louis a toujours été un solitaire, mais il aurait pu être ce guide à un moment,
fort de son succès d'alors…
Tu as un
temps collaboré avec Boo Williams. On te retrouve aujourd’hui au sein du
collectif Urban Heirs. Serait-ce à dire que tu te sens mieux dès lors que tu es
entouré ?
Boo est comme
mon frère. Quant aux autres, j'essaie de les aider, mais c'est parfois
difficile, quand ils s'obstinent à ne pas vouloir écouter. Bien qu'Urban Heirs
soit également l'une de mes sociétés, j'ai toujours été solitaire. Je n'ai
jamais vraiment ressenti le besoin de compagnie dans mon sillage. Pour autant,
nous avons grandi ensemble et essayons de faire preuve d'unité…
Dis m'en un
peu plus à propos d'UH ? Ses participants ? Vos objectifs ?
Craig
(Alexander) Matt et moi évoluons sous le nom d'Urban Ensemble et travaillons sur
un projet intitulé "Back Action Pt 2" qui quelque peu tendance à traîner On est
plus ou moins fainéants sur le coup. Enfin, surtout eux !
(rire)
Ton plus gros
succès à ce jour ? Tom morceau préféré ? Un album à venir ?
Je crois que
ce qui me ressemble le plus, c'est "Funky Ghetto", mais je me suis fait mettre
sur cet album. Quant à mon nouveau préféré, c'est "Mental Black Resurrection".
On retrouve
quelque part des influences africaines dans ta musique. Que représente l'Afrique
à tes yeux ?
Ce sont les
Africains qui ont fait des Nègres des esclaves, si bien que ce continent
signifie peu pour moi. J'ai eu l'opportunité de m'y rendre néanmoins en tant
que touriste ou DJ, mais je ne revendique rien d'africain dans ma musique. Ces
instruments qui figurent dans mes productions sont issus de l'héritage des
esclaves nègres, mais ne sont pas africains. Nous (les Nègres) et les Africains
avons la même couleur de peau, mais ces derniers ne sont pas les géniteurs de la
race nègre, quand bien même j'apprécie la musique africaine.
Parle-nous d'
Abicah Soul...
L'abstract
house de Chicago par excellence. Rien de vraiment latin dedans, bien que j'ai
des racines cubaines…
Eprouves-tu
le besoin d'accomplir des recherches ? As-tu une idée d'où viennent tes ancêtres
?
Je vais te
dire les choses de cette manière. Nous venons d'un endroit quelque part dans le
Nord Est de l'Afrique initialement appelé le pays de Canaan
(*) connu aujourd'hui sous le nom d'Israël.
Cela étant, nous ne sommes pas des Cananéens non plus, mais nous descendons bien
d'Abraham. Alors, à toi de résoudre cette énigme. Après tout, c'est ton boulot !
(lol)
Il semble que
tu sois de plus en plus reconnu auprès de labels new yorkais comme Shelter and
MAW. Un commentaire ?
C'est vrai,
parce que ces labels sont bien mieux structurés en termes de business et pas
seulement, alors c'est cool.
L'expérience
que tu tires de ta participation à la réalisation de l'album Extensions d'Elements
Of Life ?
En fait, un
ami de New York m'a donné ce morceau de Louie qui m'a plu tout de suite. J'en ai
alors fait un reedit sur lequel j'ai joué du clavier. Je l'ai alors fait écouter
à Louie par téléphone, il a apprécié à son tour et m'a envoyé les partitions
originales et tout est parti de là. Je lui sais gré de m'avoir donné
l'opportunité de faire partie de ce beau projet.
Comment et
quand as-tu fait la connaissance de Louie ? Vous êtes en contact régulier ?
Je l'ai vu
pour la première fois à Miami, même nous nous sommes officiellement rencontrés à
Chicago par le biais d'amis communs. On s'est fait quelques petits dejs en ville
ensemble. C'est quelqu'un de très cool et nous sommes restés en contact. Il
m'envoie même régulièrement ses nouveaux morceaux. Je produis en ce moment un
morceau sur lequel il doit écrire les textes et c'est une nouvelle expérience
qui devrait être intéressante. Je lui avais d'ailleurs fait part de ce projet
peu avant et j'espère bien arriver à le matérialiser.
Tu es pour
moi l'un des meilleurs DJ's au monde et en même temps, tu restes paradoxalement
l'un des plus sous-estimés (en tout cas, ici en Europe). Comment se fait-il et
que ressens-tu de cette situation ?
Sous estimé,
c'est bien vrai… Parce que je porte sur moi les marques de Chicago, mais
j'espère bien revenir bientôt en Europe où je ne me suis plus retourné depuis
1996.
La situation
actuelle, d'un point de vue global ?
Ce n'est que
prophétie. Tenons-nous le pour dit. C'est le meilleur moyen d'avoir un lendemain
meilleur.
Ton plus
grand défi ?
Etre Noir en
Amérique, mais j'aime en ce que cela m'aide à rester conscient…
Ton vœu le
plus cher ?
Pour tous,
d'aller dans la Gloire de Jésus.
La prochaine
étape ?
Payer mes
factures (lol).
Ta prochaine
sortie ?
Black
Resurrection, un album que je vous suggère et qui, sincèrement, mériterait un
Grammy…
(*) : Réunion de
la Palestine et de la Phénicie
GLENN
UNDERGROUND Black Resurrection LP (Life Line)
More info :
cisco-records.co.jp